Chapitre 17 :

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Narrateur : Léandre :

« On peut m'expliquer pourquoi il tient une avant-première un vendredi soir, ce débile ? ».

Mes collègues se sont payé ma tête à ma précipitation. Dire que je dois travailler au poste pour ma sécurité... J'ai dû me changer aux toilettes, une sale histoire. Le résultat reste propre, je suis présentable. Le strict nécessaire. :

« Ma veste va m'encombrer par contre... ». :

« T'as même pensé au parfum... Tu fais ça pour ton élève ou quoi ?

— Mon élève ? De qui tu me parles ? ».

Pitié... Qu'on m'explique pourquoi il me colle, lui. Phileas s'est proposé de jouer le taxi pour nous emmener sur place. Son col-roulé sombre se mêle bien avec son teint mâte. Il se moque, mais monsieur s'est apprêté pour l'occasion. Le produit appliqué dans ses cheveux avant de partir donne un effet ''sorti de la douche'' à ses mèches bouclées. :

« Paie ta permanente. ». :

« Je parle de la fille avec le masque qui te dévorait du regard quand je suis venu à la fac. ».

Mon regard ennuyé le pousse dans son rire. Elle était inquiète, rien de plus. Ce crétin ne sait pas de quoi il parle. Pour Milla comme pour... beaucoup de choses. :

« Si seulement je pouvais le voir... ».

Une vibration de mon téléphone personnel me dérange dans ma prise d'informations. Je pouffe du nez aux émojis de partout et aux majuscules excessives des cinq messages envoyés par Milla. Pour résumer : ''grouille-toi'' et ''j'ai froid''. Ajoutez huit mille plaintes par ligne, et nous avons le résultat final. :

« Elle est disponible du coup, la petite. », sourit le lourdaud. :

« Vraiment ? Elle est étudiante.

— Elle n'a clairement pas l'âge de ses copains qui entrent à la fac. Je le lui demanderai quand on la rencontrera. ». :

« Non. ».

Attends... Du calme Léandre. J'ai failli partir à nouveau dans mes mauvais travers. Milla est libre, point final. Si ce débile de méchu rentre dans ses critères, grand bien lui fasse. :

« ... Non. ».

Inconcevable. En tout point. Je joue peut-être l'hypocrite, mais... Ah mince ! Pourquoi je réagis comme ça ?! Milla est libre ! Elle fait ce qu'elle veut, avec qui elle veut ! :

« Elle m'intéresse, c'est un fait. Mais nous sommes colocataires. Notre relation s'arrête là. C'est très bien comme ça. ».

Je dirige mes sourcils froncés et mon soupir de mécontentement vers l'extérieur. Suivre la route sous ce crépuscule magnifique m'aidera à... :

« ... ».

Deuxième soupir. Pourquoi je lutte ? La dissonance cognitive n'a rien de bon.

Je l'avoue : mon cœur... ne suit pas ma pensée. Mon indécision ne me mènera nulle part. Notre collaboration est limitée dans le temps, point barre. Je dois me résigner et me forcer à enterrer mes sentiments.

Nos vies se sépareront quand elle et Caroline seront prêtes. Cette petite bulle rencontrera sa fin, nous reprendrons nos vies. Chacun de nos côtés... Ce sera douloureux, mais nécessaire.

Avec cette pensée en tête, je calme mes ardeurs à propos de celles exposées par Phileas. La voiture s'arrête au milieu d'un large parking plein à craquer.

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