Chapitre 20 :

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Narratrice : Milla :

Rencontrer mon reflet dans le miroir me dégoûte. Celui d'une traîtresse. Les conditions affreuses de mon départ... Je m'en veux. Je m'en veux de l'avoir abandonné.

Léandre ne méritait pas ça.

Un petit reniflement sous la couette attire mon attention. Caro... Je lui adresse un long baiser sur le front avant de quitter notre chambre. Pour elle... Je dois rester forte. :

« Bah alors Milli ? On est dans la lune ?

— Laisse-moi tranquille, Zoé. ».

Qu'elle est collante... À l'aide. Ses cheveux décolorés puent en plus. Sérieux... Depuis quand date son dernier shampoing ? Entre la tâche de la vaisselle ; ses dernières histoires d'amour inintéressantes au possible ; l'odeur de poulet basquaise horrible... On est proche de l'enfer. :

« Dis-moi... J'avais pas remarqué mais...

— Quoi encore ?

— T'as pas mal changé pendant ta fugue. », m'inspecte-t-elle de près. : « Alors... Raconte.

— Tu me fatigues. Laisse-moi tranquille.

— Oh aller... Va pas me faire croire que Milla Bulan ne s'est tapé personne. ».

Mon regard noir l'éloigne, sans couper son rire d'hyène. Les hommes d'affaires derrière nous s'interrompent à son allégation lourde dans tous les sens du terme, les sourcils relevés. Le plus important d'entre eux se lève de sa chaise pour nous rejoindre au gros évier. Plusieurs insultes s'échappent de mes lèvres... :

« Est-ce la vérité, Milla ? As-tu rencontré d'autres hommes durant ton absence ? ».

La voix de mes cauchemars. Les mains sur mes épaules me donnent envie de pleurer par leur simple contact. Cet homme que j'ai fui avec ma sœur... :

« Non, père.

— Combien de fois t'ai-je répété de m'appeler monsieur ?

— Désolée monsieur. ». :

« Oh non... J'avais oublié. ».

Mon bras est attrapé et tiré vers l'une des salles du repère. Le torchon vole sur le côté, il ne me laisse pas le choix. J'ai beau m'excuser maintes et maintes fois pour mon affront... Sa punition va encore me tomber dessus. Lutter ne sert à rien... Encore... :

« Tiens... Salut mi corazón. ».

Cet accent... Cette voix, provenant des stocks à l'étage inférieur... Mon corps entier se crispe au simple surnom. Ma main couvre mon ventre par réflexe. Pitié... Pourquoi ils ne l'ont pas viré ?!

Mon regard terrifié rencontre celui de ce pervers horrible. Non... Je ne dois rien montrer. Je donne tout pour ignorer cette inquiétude exprimée contre mon gré. :

« Je ne vais rien te faire si tu te comportes bien, mi corazón. », jubile-t-il à ma crainte. : « Tu as de la chance, je suis envoyé en Allemagne pour...

« Plus tard, Johan. », le calme mon père. : « Je te remercie pour ce petit service que tu m'as rendu à l'hôpital Ollivier, mais je dois lui enseigner une leçon d'urgence. ».

Le sourire sadique de mon fiancé horrible me rappelle bien ma place. Je manque de m'étouffer sur place. Tout me revient. La folie partagée des gens d'ici. Leur perversion et leur manque d'empathie... Johan m'adresse un coup d'œil sale alors que la porte se ferme.

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