Chapitre 25 :

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Narrateur : Léandre :

La distance est raccourcie en moins d'un clignement de paupières. Il vise la rate, mon pas de côté m'écarte du danger. Son geste ample de l'épaule déchire deux larges caisses derrière moi. L'adrénaline coule à flots, ses trajectoires restent prévisibles tant que je reste à l'affût.

Son couteau vole dans tous les sens. Ses tentatives de m'empoigner se multiplient. D'en haut ou en bas ; à gauche ou de derrière... Sa main ou la pointe de sa lame viennent de partout. Un corps-à-corps est imposé par son rythme effréné. Son genou est bloqué par le mien, le couteau ne m'atteint pas la jugulaire grâce à mon avant-bras contre le sien. Son bras s'abaisse pour rejoindre l'autre... Oh non ! :

« Tu te débats bien... Amuse-moi !

— Arrête Johan ! Laisse-le ! », hurle Milla de sa cellule. :

« Sale... ».

Par un tour de passe-passe, son couteau a changé de main. Mon réflexe in extremis m'a sauvé la vie, au détriment de la douleur intense et froide à mon bras gauche. La lame s'est enfoncée et a frotté sur la longueur du radius... Et je ne suis pas sorti d'affaire pour autant.

Nos bras écartés durant notre lutte, j'ai le droit à l'image même de la folie en direct. Il prend son pied. Sa force physique dépasse la mienne. Je recule sans le vouloir et percute une série de caisses au passage. :

« Mais dégage ! ».

La douleur ne me freine pas. Je force sur mon bras blessé et libère ma main gauche de son emprise. Mon kick entre ses côtes le repousse. Je peux enfin respirer... Le sang coule encore de ma joue purée... Le bras s'en mêle, super. :

« Rien ne serait arrivé si tu étais resté à ta place, détective Toscane ! ».

Nouvelle caisse envoyée d'un coup de pied. Je ne me fais pas avoir à nouveau et abaisse mon centre de gravité pour le surprendre. Son coup de pied sauté ne brasse que du vent ; il me frôle l'épaule à la limite. Mon plaquage nous entraîne au sol pour une rixe. Deux crochets atteignent ses côtes endolories avant qu'une possible taillade me force à reculer. :

« Arrête de fuir ! ».

À mon tour d'être surpris par son plaquage. Ma jambe tirée vers le haut me provoque un haut-le-cœur. Ma tête tape la tôle au sol... Non, pas le temps ! La pointe de son couteau se rue sur moi ! Je lève les mains par réflexe et rencontre ses poignets déterminés à me l'enfoncer jusqu'à la base de la lame. :

« Johan ! Arrête ! Arrêtez de vous battre ! », se démène Milla. :

« Elle est à moi ! Tu comprends, pendejo ?! Bulan et tous ses hommes m'appartiennent ! On n'appartient pas à la même trempe ! ».

La fatigue commence à jouer... Impossible de lutter. Il est plus lourd et possède l'ascendant sur moi. Forcer vers le haut ne sert à rien, je ne rentrerai pas dans son jeu. Il commence surtout à me chauffer, le taré. :

« Milla est humaine, grand bouffon ! T'as juste un besoin d'exercer ton pouvoir sur les autres parce qu'au fond tu sais que tu vaux rien ! ».

Une pression vers la droite, et je laisse le couteau percuter la tôle à deux doigts de mon oreille. Il perd son équilibre à cause de mon accélération et rencontre une enfoncée de mes doigts dans la gorge. Son souffle est coupé sur l'instant, je le repousse d'un pied dans le ventre. Nous nous redressons de concert, haletants. Ce débile a perdu son arme... :

« ... C'est du sérieux. Trop bien. ». :

« Il est grand temps que quelqu'un t'apprenne une leçon.

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