Chapitre 15

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Mme Livya s'enferme dans ses appartements le reste de la journée, nous libérant tous.

Je descends en cuisine, espérant croiser Lucas dans les parages. Tout est éteint. Les domestiques et les esclaves sont partis. En me retournant pour sortir, je heurte quelqu'un.

"Lucas, c'est toi ?

Un rire moqueur et supérieur se fait entendre.

-Non mieux encore. Jonathan.

Je cache ma déception face au garçon afin de ne pas l'irriter, lui qui a l'air d'humeur joyeuse.

- Je ne peux m'empêcher d'apprécier les repas comme celui-ci réunissant la famille, se réjouit-il tout sourire.

-N'auriez vous pas croisé Lucas par hasard? lui demandé je en changeant de sujet.

Il fait mine de ne pas comprendre et continue:

-On peut vraiment voir à quel point les Livya sont soudées et aimant. Nous devrions faire ça plus souvent.

-Excusez-moi, je vous ai posé une question, j'insiste.

-Oui, vous avez raison. Pardonnez moi, dit-il pas du moins affecter. Non, je ne me souviens pas de l'avoir revu après manger (il pose un doigt sur sa tempe).

-Merci quand même"

Je tourne les talons et m'éloigne à grand pas le laissant à sa réflexion.

"Mademoiselle Rebecca" m'interpelle Jonathan.

Je n'ai pas le temps de me retourner qu'il est déjà derrière moi. Le jeune homme attrape mon poignet et m'entraîne à sa suite.

"Qu'est ce que vous faites? je m'inquiète.

-Vous verrez bien."

Il me guide à travers des passages que je n'avais jamais emprunté jusque là. Les couloirs sont plus étroits et moins éclairés, l'absence de décoration m'étonne. Nous descendons plusieurs escaliers avant d'atterrir dans un dernier passage. Au bout du corridor humide, une lourde porte en bois bloque l'accès. Il y a une vieille serrure rouillée, probablement cassée, qui attend d'être ouverte.

Jonathan me lâche momentanément pour glisser sa main dans sa poche et en sortir une clé aussi ancienne que la serrure. Il vérifie une dernière fois que personne ne nous observe, puis insère la clé à l'intérieur de la serrure. Un "clic" raisonne, signe que la porte est désormais déverrouillée.

"Les dames d'abord, chuchote le jeune homme en me laissant passer devant."

J'avance hésitante dans le noir et regarde si Jonathan est bien derrière moi. Il s'engage à son tour et referme la porte.

L'obscurité ambiante me permet uniquement de voir la lueur des yeux verts du jeune homme.

J'ai soudainement chaud en constatant la proximité à laquelle je me trouve de lui. Il ne semble pas le remarquer et pose même sa main sur le bas de mon dos.

"Où m'emmènez vous? lui demandé je légèrement suspicieuse.

-Là où Lucas vous attend."

Je ne sais pas si je dois lui faire confiance, mais c'est un peu tard pour me poser la question. Nous marchons jusqu'à ce que Jonathan me signale de m'arrêter pour qu'il puisse partir en éclaireur dans une cage d'escalier en colimaçon.

Je m'accroche à lui pour ne pas risquer de tomber. Les marches sont hautes et glissantes, je trébuche à deux reprises en aggripant plus fort le vêtement du jeune homme qui soupire à chaques fois.

Il entame une chanson en sifflotant gaiement l'air, ce qui m'agace légèrement et me déconcentre. Je perds mon équilibre et bascule en avant. Je tente de me rattraper à Jonathan, mais il a prit trop d'avance sur moi. Je tombe durant un moment qui me semble infini et atterris aux pieds du jeune homme.

Il me regarde quelques secondes lamentablement, puis part dans un incontrôlable fou rire. Les larmes me montent aux yeux et le rouge aux joues. Je ne supporte pas de subir une humiliation de plus face à lui. Je tente de me ressaisir et d'arrêter le flot de larmes qui menace de me submerger.

"Où est Lucas?

-Ne pleurez pas mademoiselle.

Jonathan tend sa main pour venir essuyer une larme. Le jeune plonge ses yeux verts dans les miens. Je sais ce qu'il veut faire et je le laisse. Une seconde après, mes yeux sont secs et je me sens même euphorique.

-Merci.

- Il ne faut vraiment pas. C'est moi qui vous ais causé ce chagrin."

Un fracas raisonne, interrompant notre conversation. Il pose un doigt sur ses lèvres et me fait signe de le suivre. Je reste bien sagement derrière lui pendant que nous avançons. Le bruit est de plus en plus bruyant et persistant. On croirait presque entendre des pas.

Au croisement, une lumière apparaît. Le son de pas s'arrête et Jonathan souffle, soulagé.

" Tu comptes réveiller tous le monde? Apprends à être plus discret!

-Excusez-moi, mais contrairement à certain, je ne veux pas arriver en retard.

-Qui a dit que je ne serai pas à l'heure? Je suis toujours là à temps. Et puis, c'est la faute de Rebecca à traîner.

-La prochaine fois, j'irai la chercher.

-Bonne chance alors, elle est extrêmement lente.

Je respire un bon coup pour me retenir de m'énerver.

-Ne parlez pas de moi comme si je n'étais pas là avec vous, me plaigné je.
- Il ne t'a pas trop ennuyer? me questionne Lucas.

-Trêve de bavardage nous devons nous rendre dans la salle circulaire, coupe Jonathan."

RebelleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant