PROLOGUE

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Alana, tu m'entends ?

Cette voix, d'où vient-elle ? Ce timbre m'est familier. Cette voix grave, suave et apaisante que je ressens jusqu'au plus profond de mon être essaye de me sortir de cet abysse dans lequel je plonge. Mais je n'arrive pas à refaire surface, mes yeux restent clos et d'innombrables décharges de douleur m'inondent le corps.

Je t'en pris, réponds-moi !

J'essaye de toutes mes forces d'ouvrir les yeux mais rien ne se passe. Mes paupières sont comme scellées par du ciment et j'ai l'impression d'avoir des morceaux de mon cœur disséminés un peu partout en sentant de multiples pulsations lancinantes.

Fais-moi un signe, serre mes doigts, n'importe quoi, je t'en supplie !

Je ressens une telle douleur dans ces paroles que j'en ai le souffle coupé. J'entends à présent des bips de machines, différentes voix autour de moi mais je n'arrive pas à distinguer de qui elles proviennent ni ce qui se dit.

Puis un choc me soulève la poitrine et tout devient de plus en plus flou dans ma tête. Les voix ne sont plus que des murmures et les bruits de l'agitation alentour s'éloignent. Un deuxième choc et mon souffle revient petit à petit sans pour autant m'éclaircir l'esprit. Mes oreilles sifflent et je ne réussis plus à me concentrer sur autre chose. Alors je me débats en me roulant dans tous les sens pour mettre un terme à cette agonie.

Soudain, tout s'arrête et laisse place à un silence pesant. Je me rends compte que cette lutte acharnée n'était qu'intérieure et que je n'ai pas bougé d'un millimètre, sentant enfin le poids écrasant de mon corps meurtri. Mes petites bouffées d'air se transforment progressivement en de longues inspirations régulières et la panique laisse place au soulagement lorsque tout devient noir et que je sens la douleur s'atténuer et le sommeil me gagner.

Mais ce répit est de courte durée. Je me laisse envahir par des images et des conversations toutes plus incohérentes les unes que les autres, comme une bande annonce de film d'horreur avec des morceaux choisis où l'on essaye de comprendre l'histoire au travers. Je vois des ombres de personnes, entends des insultes violentes, des objets contondants s'abattre sur moi, du sang gicler, des pneus crisser. . . . Je n'y tiens plus, me mets à hurler, me débats pour chasser toute cette atrocité. Et soudain plus rien, le trou noir, le néant puis la douleur et les sifflements à l'intérieur de mon crâne.

Je n'ai aucune idée du temps qui s'est écoulé mais j'ai l'impression que cela fait des jours que je lutte. Dans ma détresse, une seule image me pousse à m'accrocher pour ne pas sombrer. Je ne sais pas ce que cela signifie mais deux yeux d'un vert opaline apparaissent sans cesse, comme pour me dire de ne rien lâcher.

J'aperçois un trait de lumière et je réalise que je suis en train d'ouvrir les yeux. Une odeur aseptisée m'emplit les narines et je commence à paniquer quand je ressens une sensation de fourmis partout sur le corps. Tout est blanc et je ne reconnais rien autour de moi. Je tente alors de me lever mais j'atterris comme un poids mort sur le sol, entraînant avec moi les draps immaculés.

S'il vous plaît ! Dis-je d'une voix enrouée, comme si mes cordes vocales n'avaient pas servis depuis longtemps

Mais personne ne vient. Y a-t-il seulement quelqu'un à proximité ? Je prends mon courage à deux mains et m'agrippe au lit pour me redresser. J'ai bien l'impression qu'il n'y a pas que ma bouche dont je n'ai pas fait usage ces derniers temps. Je chancelle sur la droite et viens me cogner le flanc contre la barrière aux pieds du lit, ce qui m'arrache un cri venu tout droit des enfers. En baissant les yeux pour voir si je n'ai rien, je comprends que je suis à l'hôpital grâce à la blouse tablier que je porte. Je sonde ma mémoire à la recherche d'un indice me permettant de comprendre ce que je fais ici mais suis interrompu par la porte qui s'ouvre sur une infirmière.

Appelez le docteur Laurent, la patiente de la 312 est réveillée !

Elle accourt vers moi pour me soutenir et m'ordonne de m'allonger sur le lit, puis me recouvre. S'en suit tout un tas d'examens et de questions pour évaluer mon état, puis elle sort de la chambre, me laissant perplexe.

Tout à coup, un homme d'une quarantaine d'années, que j'identifie comme le docteur Laurent, fait irruption dans la pièce et soulève le draps pour agripper ma blouse. Je l'arrête dans son élan en me cramponnant fermement à son poignet.

Ne vous inquiétez pas mademoiselle, je suis votre médecin et je voudrais vérifier ce qui a provoqué cette tâche de sang sur vos côtes

Je le laisse faire en comprenant que je me suis blessée en tombant. Après m'avoir désinfecté sans un mot, il prend enfin la parole.

Je suis le docteur Laurent et je me suis occupé de vous depuis votre arrivée. Vous êtes à l'hôpital Pasteur de Nice. Pouvez-vous me dire votre nom et la date approximative ?

Mais qu'est-ce que je fabrique à Nice bordel ! Comme s'il n'y avait pas d'hôpital à Montpellier !

Alana Carson et nous sommes en avril

De quelle année ? Me demande-t-il en fronçant les sourcils

2006 ? Je réponds dubitative

Je vois. Quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez ?

L'enterrement de mes parents, ils sont morts dans l'incendie de notre immeuble le jour de mes seize ans. J'ai fait un malaise en sortant de la cérémonie, c'est ça ?

Je reçois un coup à la poitrine en me remémorant cette tragédie et une larme vient rouler sur ma joue. Une seule car je m'empresse de revêtir mon masque d'indifférence, mon père m'ayant appris à ne pas divulguer mes émotions négatives pour rester digne et forte.

Bien. Alana je vais aller droit au but. Vous étiez dans le coma depuis quatre mois suite à une agression d'une rare violence. Vous avez souffert d'un traumatisme crânien important, de multiples contusions et fractures mais tout est rentré dans l'ordre. Vos cicatrices sur le bras gauche et l'épaule droite proviennent de coups de couteau. Un jeune homme américain vous accompagnait et c'est lui qui a prévenu les secours ce soir là. Comme nous ne pouvions pas le laisser rentrer, il nous a remis votre portefeuille puis a disparu sans nous laisser son nom

Le seul américain que je connaisse est mon père et il n'est plus de ce monde. Je vois dans les yeux du docteur qu'il hésite mais il finit par lâcher sa bombe.

Nous sommes le 11 juin 2012. Vous êtes arrivée chez nous en février. Apparemment, vous souffrez d'une amnésie rétrograde et la seule chose sur laquelle je peux vous éclairer est le fait que vous êtes enceinte de cinq mois et demi. Nous ne connaissons rien de vous à part les informations sur votre carte d'identité car personne ne s'est manifesté depuis

J'en reste pantoise un moment puis, instinctivement, pose ma paume sur mon ventre en constatant la protubérance que je n'avais pas remarqué avant. Je suis trop jeune pour devenir mère et, autant que je saches, je n'ai pas de petit ami. Est-ce que l'agression en question était un viol ? Impossible, les dates ne correspondent pas. Mais soudain je viens de comprendre que je n'ai pas seize ans mais vingt-deux. Un abyme de six ans que je ne pourrai pas combler seule ! Et pourtant je n'ai personne sur qui compter. Je m'évente de l'autre main en sentant la colère, la frustration et la panique rougir mon visage.

Non, non, non, non, non ! Ça ne peut pas être vrai !

Ne vous inquiétez pas, nous allons tout faire pour vous aider du mieux que nous pouvons

Je sens la crise d'angoisse me submerger quand je m'entends hyper-ventiler puis je m'effondre sur le lit en perdant connaissance. Une phrase que je ne comprends pas se répète en boucle dans mon esprit. En me réveillant quelques secondes plus tard, je m'enfonce dans un mutisme complet. Je m'assois en me balançant d'avant en arrière, les genoux ramenés sous le menton. Je ferme les yeux fortement et me bouche les oreilles de mes mains pour ne plus rien entendre ni voir. Ce qu'on ne connaît pas ne s'oublie pas, non ? La seule chose que j'arrive à faire est de me répéter mentalement cette phrase déconcertante entendue plus tôt " Tu as de la ressource, puise dans ton cœur et reviens moi ! Reviens moi ! " en ayant l'impression que par le passé, elle m'a souvent sauvé.

Rewound Love ~ Une Empreinte Au Coeur ( Tome 1 ) Des histoires addictives. Découvrez maintenant