— Bravo mon gars ! Bien joué ! Première nuit ici et tu trouves déjà le moyen de lui faire peur !
Elle vient de se réfugier dans sa chambre et je n'ai pas l'intention d'insister d'avantage. J'ai lu un tas d'émotions différentes dans son regard et je n'arrive pas à définir ce qui l'emporte sur le reste. J'y ai décelé du désir avec une pointe d'envie, de quoi regonfler mon ego, mais aussi mon entrejambe déjà pas mal imposant à ce moment là puisque je n'ai pas eu le temps d'aller jusqu'au bout de ma manœuvre de soulagement. J'étais persuadé qu'elle était déjà couchée et que le bruit de l'eau camouflerait mon plaisir. Alors j'ai laissé s'exprimer mon bien-être à voix haute. Grossière erreur !
Je n'ai jamais été pudique mais de là à lui imposer ma nudité dans toute sa splendeur seulement quelques minutes après l'avoir embrassé, il y a un fossé béant. Les joues rosies, elle a lentement détaillé mon corps avant de tomber sur mon regard lui indiquant mon incompréhension face à sa présence ici et au fait que mon tee-shirt se trouvait dans sa main. D'ailleurs je ne sais pas ce qu'elle a fait avec mais son parfum est partout. Elle était à la fois surprise et pleine d'embarras et de honte, ce qui n'a pas manqué de m'amuser.
Après ça, elle s'est sauvée sans se retourner et n'a pas daigné m'accorder la moindre attention quand j'ai voulu la retenir. Elle a pris un ton si désabusé pour stopper ma tentative d'échange que je n'ai pas réussi à aligner un mot de plus. Je viens peut-être d'anéantir tous les efforts fournis pour lui montrer à quel point je veux qu'elle fasse partie de ma vie. Quoi de plus ambigu sur la nature d'une relation que l'on veut sérieuse que de courir s'astiquer le manche tout de suite après ! Complètement désarçonné, j'ai fixé la porte close de sa chambre un bon moment sans bouger avant de me résigner à faire demi tour.
Le tic tac de l'horloge murale m'envoie des signaux d'alerte pour me forcer à m'endormir mais c'est complètement impossible. Il est presque sept heure du matin et j'ai rendez-vous dans moins de quatre heures au studio avec un petit chanteur local pour la finalisation de sa maquette. La journée a été longue, pourtant je suis en train de faire une insomnie de fou.
Suite au sauvetage et à la dispute d'hier matin, j'ai foncé chez Andréa pour emballer toutes mes affaires. J'ai profité du sommeil alcoolisé d'Alana pour prendre mes quartiers dans la chambre d'ami sans qu'elle ne s'en aperçoive. Puis je suis allé au studio pour ma journée de boulot, entrecoupée de micro siestes entre deux enregistrements. Après avoir récupéré ma moto et l'avoir déchargé non sans peine, avec son aide, s'en sont suivis confessions, quiproquos, nuit de travail, baiser fougueux et masturbation interrompue. Ce qui me ramène à l'état dans lequel je suis, l'esprit complètement perturbé par les événements et le corps pétri de douleur par mes bijoux de famille remplis à ras bord. Je suis bien avancé maintenant !
Je me retourne dans tous les sens pour trouver la position la plus confortable. Finalement, je m'installe sur mon épaule gauche pour contempler la danse des ombres et lumières qui se reflètent sur le mur. Malheureusement, mon activité cérébrale est toujours aussi intense. Je m'interroge sans cesse sur la façon dont elle me perçoit à présent. Est-ce que je la dégoûte ? Elle n'ignore sûrement pas que c'est une pratique courante chez les hommes en cas de frustration. Mais le savoir et le voir, ou du moins l'entendre dans son cas, est tout autre chose. Arrrrrgh ! Bon sang, mais comment font les femmes pour avoir les neurones en ébullition en permanence sans devenir folles ?
L'aube laisse doucement place à un soleil radieux qui inonde maintenant tout le mur que j'observe. Le week-end, je ne supporte pas de dormir les volets fermés. Je vis principalement la nuit et j'ai besoin de voir un peu de clarté pour me sentir bien. Comme je ne suis pas du genre à m'imaginer un énorme troupeau de moutons sautant par-dessus une haie, je m'oriente vers les fines rayures grises de la tapisserie se trouvant dans mon champ de vision. Compter m'aidera peut-être à ne penser à rien d'autre. Arrivé à cinquante sept, je reprends en sens inverse pour vérifier que le compte est bon. Et ainsi de suite jusqu'à ce que je sente enfin la fatigue abaisser mes paupières.
Quarante-neuf, cinquante, cinquante-et-un, cinquante ... La musique duveteuse que j'ai choisi pour me réveiller en douceur grâce à mon téléphone me paraît soudain stridente et horripilante. D'un glissement de doigt sur l'écran tactile, je mets fin à mon calvaire et mes yeux se referment machinalement. Cependant, mon cerveau se reconnecte dans la foulée, me provocant un sursaut énorme qui me fait tomber du lit.
10h07, il ne me reste que huit minutes pour me préparer si je veux être sûr d'arriver à l'heure. Estimant que mes trois pauvres heures passées sous les draps n'ont pas entaché les bienfaits de mes deux douches successives, je me contente du minimum. Un bon jet d'eau fraîche sur le visage sans oublier l'hygiène dentaire, un peu de parfum et un petit coup de brosse pour ajuster ma coiffure et le tour est joué. Il faut vraiment que je prenne rendez-vous chez le coiffeur, la longueur de ma chevelure m'est devenue insupportable.
Avant, je prenais le plus grand soin de mes cheveux épais, estimant que c'était un atout majeur pour un homme à l'heure où la calvitie est de plus en plus répandue. N'allant pas au dessus de cinq centimètres sur le dessus, j'arborais un style décoiffé saut du lit qui plaisait aux femmes. Mais ce que j'aimais le plus était la façon qu'avait Alana de jouer avec dans nos moments intimes. Ces deux dernières années, comme je ne supportais pas qu'une autre femme y mette les mains, je les ai laissé pousser jusqu'à ce que je puisse les attacher et ne les coupais que rarement. Mes origines cubaines paternelles m'ont poussé à opter pour le chignon, m'évitant ainsi toute raillerie concernant les pointes ondulées. Maintenant qu'elle est à nouveau à mes côtés, je vais enfin pouvoir redonner figure humaine à mon cuir chevelu. Je ne compte pas donner l'occasion à une autre d'y plonger les mains, de toute façon. Je préfère largement une longue nuit blanche comme celle-ci que d'aller satisfaire ma frustration ailleurs.
Il me faut quinze minutes pour arriver au studio et je dois encore m'habiller et déjeuner. Je crois que je vais préférer ma moto à mon pickup histoire de gagner du temps en me faufilant entre les voitures. Je prendrai aussi mon café là-bas car je n'ai plus assez de temps. J'enfile mon jean noir et ma chemise assortie que je laisse ouverte. Un polo gris clair de marque en dessous pour donner un côté moins sombre et moins négligé à ma tenue m'évitera les regards acerbes de mon patron. Si je l'écoutais, je travaillerais en costume trois pièces tous les jours.
C'est avec cinq minutes de retard que j'arrive au studio et mon boss m'attend sur le trottoir en tapant du pied.
— Bonjour monsieur
— Vous êtes en retard, monsieur Sánchez, pour ne pas changer ! Je vous ai déjà prévenu que si ça continuait, je ne vous laisserais plus le studio pour faire votre propre maquette
— Je sais monsieur Smith. Mais comme je vous l'ai dit, ce n'est pas un problème. J'irai travailler dans un autre studio qui me laissera faire. Ce ne sont pas les propositions qui manquent, je lui réponds, sûr de moi
— Vous avez de la chance d'être très bon, sinon, vous ne seriez déjà plus chez nous
Amusé, je lui passe devant pour ouvrir la porte en étouffant un petit rire. Un léger rictus en coin presque imperceptible, il m'emboite le pas sans décrocher une parole et part s'enfermer dans son bureau. Cet homme affiche un air sévère en permanence mais je sais pertinemment qu'au fond, il m'aime bien. Surtout, je me suis constitué une petite notoriété au fil des années qui lui apporte de plus en plus de contrats importants. Depuis mon arrivée, nous avons dû changer deux fois de local pour contenir le nouveau matériel acquis grâce à l'argent récolté sur mon dos.
Comme à son habitude, le chanteur avec qui j'ai rendez-vous n'est pas encore arrivé, ce qui me laisse le temps d'aller me préparer mon litre de caféine quotidien. Entre la fatigue et ce qui m'attend avec lui, je vais en avoir besoin. C'est un artiste un peu loufoque qui se produit dans quelques petites salles de Floride mais qui se prend pour la future star interplanétaire de l'année à venir. D'après lui, on ne fait pas attendre les artistes, ce sont eux qui se font désirer.
Étant un ami de notre très cher maire, il se croit au dessus de tout le monde et à une tendance exagérée à l'abus de pouvoir. Ce qu'il ne sait pas c'est qu'aujourd'hui, comme nous nous voyons enfin pour la dernière fois, je n'hésiterais pas à lui expliquer que ses menaces de me faire renvoyer si je ne fais pas tout ce qu'il demande n'ont aucun effet sur moi. J'ai ma botte secrète !
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Rewound Love ~ Une Empreinte Au Coeur ( Tome 1 )
RomanceOn dit de deux âmes sœurs qu'elles sont la moitié de l'autre et qu'un fil rouge les relie, les destinant à se rencontrer. Si, par malheur, elles ont été séparées, chacune aspire à retrouver la part manquante dont elle a gardé la marque dans sa chair...
