CHAPITRE 3 ~ Revivre ( Pharell ) 1/2

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Si j'avais su ce matin en me levant que le soir même j'allais me retrouver projeté deux ans en arrière en arrivant au boulot, j'aurais pris mes dispositions et bu quelques verres bien corsés pour faire passer la pilule. En fait, non ! Si j'avais fait ça, je lui aurais foncé dessus pour tout lui raconter. L'alcool a tendance à me rendre bavard et c'est la pire des choses qui pourraient arriver.

J'attends ce moment depuis tellement longtemps que j'ai du mal à croire que ça arrive vraiment. Elle est là, à quelques mètres devant moi, concentrée sur la préparation d'un cocktail. Je me félicite mentalement d'avoir eu la bonne idée de suggérer à Phil qu'il propose à sa meilleure serveuse de l'équipe de jour de remplacer Lola qui nous a quitté. J'avais trouvé que c'était beaucoup plus simple d'avoir quelqu'un déjà formé. Au début, il était contre car il n'aime pas mélanger ses équipes. Nous ne nous croisons jamais et ne connaissons rien les uns des autres. Disons qu'il a une vision managériale assez particulière mais qui fait ses preuves aux vues du succès de ses affaires. Quand je pense qu'elle travaille ici depuis plus d'un an sans que je ne m'en sois aperçu !

La dernière fois que je l'avais vu, elle était dans le coma depuis deux mois et j'avais dû retourner aux États-Unis pour raison professionnelle. N'étant pas de la famille, je n'ai pu l'approcher que quelques heures par semaine quand son médecin était absent. Il faut dire que je ne lui inspirais pas confiance, allez savoir pourquoi. Mais ce sentiment était réciproque. Les infirmières ont eu pitié de moi en me voyant presque camper dans la salle d'attente alors elles m'ont permis d'aller la voir à condition de rester discret et de sortir dès qu'elles me le demandaient.

Alors à mon retour en France, quand j'ai appris par les médecins qu'elle avait perdu six ans de mémoire, j'ai cru devenir fou. Cela signifiait qu'elle ne se souvenait pas de moi. Mais le plus horrible a été quand j'ai compris qu'elle s'était volatilisée après avoir signé une décharge. D'après eux, neuf jours après son réveil, elle a péter un plomb et a décidé de partir.

Tous les jours passés à son chevet, je lui avais répété de m'attendre mais comment l'aurait-elle fait puisque, pour elle, je n'existais pas. Ils n'ont rien voulu me dire de plus à cause du secret professionnel et ont insisté sur le fait que tout lui révéler, si je la retrouvais, pourrait la traumatiser davantage. Alors j'ai effacé toutes traces de moi dans sa vie pour ne pas l'influencer, au risque de la perdre pour de bon. Mon appartement ne se trouve qu'à quelques rues de sa maison mais je me suis toujours forcé à ne jamais passer devant chez elle dans le but d'éviter de me torturer.

Et puis il y a quelques mois, j'ai découvert qu'elle était revenue aux États-Unis en la croisant au supermarché. D'ailleurs, j'avais cru perdre la tête en la repérant au milieu du rayon lessive. Je m'étais mis à tourner comme un lion en cage en réfléchissant à une manière de l'aborder et les gens me devisageaient avec appréhension. J'avais fini par capituler et rentrer chez moi frustré, abandonnant mon chariot à moitié plein. Depuis, je n'arrête pas de me dire que j'ai eu raison, me répétant sans cesse que si elle s'était souvenu de moi, elle serait venu me voir pour me dire sa façon de penser. En effet, notre dernier face à face avant son agression avait été plutôt chaotique et je m'en veux car, sans ça, je me serais sans aucun doute trouvé avec elle et j'aurais peut-être pu empêcher le drame.

Depuis notre échange silencieux quand elle était sur le podium, elle ne bouge plus du bar et évite à tous prix de croiser mon regard. Alors j'en profite pour la détailler comme si c'était notre première rencontre. Je suis heureux de constater qu'elle n'a pas abandonné la danse et qu'elle rayonne toujours autant dans ces moments là. Je l'ai toujours trouvé splendide mais le manque me fait apprécier davantage ce corps que j'ai souvent tenu dans mes bras par le passé. Je n'ai jamais compris comment une femme aussi magnifique peut être autant blindée de complexes. Je me souviens encore de la façon dont elle se dénigrait.

— On pourrait m'appeler Titanic ! Je suis une espèce de grand bout de bois avec deux énormes flotteurs qui me servent de pieds et, entre mes grosses fesses et ma poitrine généreuse, je suis bardée de bouées de sauvetage. J'ai la peau si blanche et le regard tellement glacial qu'on dirait des icebergs. À quoi bon vivre en Floride quand on est obligé d'utiliser un écran total pour ne pas ressembler à une écrevisse ! Et puis franchement, c'est quoi cette couleur qui ne ressemble à rien ! J'ai les yeux "pers ", c'est même pas une couleur qui existe ! Pour couronner le tout, j'ai les cheveux aussi foncés que ma peau est claire, vive le contraste ! En plus, je suis obligée de les garder longs sinon je ne peux rien en faire. Une fois, je les ai coupé. Comme ils bouclent, je me suis retrouvée avec une espèce de choucroute sur la tête. On aurait dit un nid de cigogne !

Ce jour là, elle était arrivée au studio de danse en furie en se plantant devant le miroir et s'était débarrassée de ses vêtements pour se retrouver en short et brassière de sport. Elle avait passé au moins dix bonnes minutes à se regarder sous tous les angles. Elle venait de surprendre son petit ami en tenue d'Adam dans sa propre salle de bain avec une espèce de Barbie enroulée autour de lui. Après l'avoir flanqué dehors dans son plus simple appareil et avoir balancé toutes ses affaires sur le trottoir, elle m'avait appelé pour une séance d'entraînement censée l'aider à se défouler.

Elle m'avait d'abord raconté ce qu'il s'était passé puisque j'étais son ami le plus proche, à mon grand désespoir. Après m'avoir avoué qu'elle était plus vexée que triste parce qu'elle n'avait plus de réels sentiments pour lui, elle s'était mise à déblatérer des horreurs sur elle-même, persuadée de ne pas pouvoir rivaliser avec le physique de la blonde parfaite.

C'est après sa longue tirade sur ses points communs avec un bateau que j'avais fondu sur elle pour l'embrasser en lui disant qu'elle était la plus belle pour moi, chose qu'elle avait pu aisément vérifier au niveau de ma braguette en constatant l'étendue de ma joie de la voir en petite tenue. J'étais persuadé qu'en moins de deux elle allait me repousser alors qu'au final, elle a été beaucoup plus entreprenante que moi. Quand j'y repense, j'avais fini avec une sangle trouvée dans sa voiture en guise de ceinture après avoir cassé le zip de mon jeans.

Rewound Love ~ Une Empreinte Au Coeur ( Tome 1 ) Des histoires addictives. Découvrez maintenant