Je ne sais pas depuis combien de temps il est sorti de ma chambre mais une chose est sûre, il a choisi le bon moment pour tout arrêter. Une seconde de plus et la situation aurait vite dégénéré. La seule ombre au tableau est que je ne connais pas la raison qui l'a poussé à s'en aller. Toujours collée au mur, je suis incapable de bouger tellement mes jambes flageolent. Mon cœur fait des saltos dans ma poitrine pendant que mon cerveau rejoue la scène à répétition, à croire qu'une salle de projection a élu domicile dans ma tête ces derniers jours. Par contre, je préfère amplement la séance actuelle à celle retransmise pendant mon bain. J'espère juste qu'il s'agit d'une bonne série à l'eau de rose et que le prochain épisode est pour bientôt.
Pour mon premier baiser, j'avais quatorze ans et j'étais raide dingue de Samuel. Nous étions en quatrième dans la même classe et nous approchions de la fin de l'année. Ce n'était pas le plus beau du collège mais il avait tellement d'humour et de charme qu'il avait beaucoup de succès. Je venais d'apprendre qu'il allait déménager pendant les vacances d'été et qu'il changeait d'établissement. Pour ne pas le voir partir sans avoir tenté ma chance, je lui avais glissé un petit mot dans son sac pour qu'il me rejoigne au fond du hangar à vélos, à l'abri des regards indiscrets. J'avais tellement peur qu'il ne vienne pas et qu'il se moque de moi que j'avais demandé à l'une de mes copines de se renseigner sur ce qu'il pensait de moi. Si je ne l'intéressais pas, je serais aller le voir pour lui faire croire que le message était une mauvaise blague. Autant que je me souvienne, il avait répondu qu'il était impatient de me retrouver en tête à tête. J'étais à la fois euphorique et morte de honte. Il avait compris mon stratagème puisqu'elle lui avait simplement demandé si j'étais à son goût.
Nous avions donc passé la moitié de la pause repas à nous bécoter, et l'autre à parler de nos futurs rendez-vous clandestins. Même si j'étais ravie d'être enfin avec lui, je ne m'attendais pas à ce que notre manque d'expérience me le fasse regretter la seconde suivante. J'avais pris le parti de faire comme si j'appréciais alors que ça n'avait été qu'une interminable torture. Seulement quelques secondes après avoir posé sa bouche sur la mienne, il débutait une sorte de va et viens rapide avec sa langue, donnant l'impression qu'il lapait, comme un chien le ferait dans une gamelle d'eau, la bave en prime. Pour couronner le tout, il ouvrait la bouche si grand qu'il me gobait les deux lèvres en même temps. J'en étais ressortie la bouche gonflée par ses sucions incessantes et, le lendemain, une myriade de petits boutons d'irritation encerclait ma lèvre inférieure.
Heureusement, après deux jours à tout entreprendre pour l'éviter comme la peste, je le surprenais en train de faire subir le même sort à une fille de troisième, ce qui m'a valu de tomber dans le mélodrame en sur jouant ma rupture pour ne pas montrer à quel point j'en étais soulagée. Je ne connais pas la longueur de ma carrière de petite amie mais j'espère ne pas avoir eu à endosser à nouveau un rôle aussi médiocre.
Après ce fiasco, il m'a fallu toute une année pour comprendre que sa manière de faire n'était pas universelle et qu'il était tout simplement très mauvais. Une petite école de danse en plein essor venait de faire le choix de dispenser des cours de street dance et de hip hop. À l'époque, j'étais loin de maitriser toutes les techniques que je connais maintenant mais j'étais tellement convaincue que c'était le style qui me convenait que j'avais harcelé mes parents toute une semaine à coups de promesses et de serviabilité pour les faire plier. Finalement, les deux seules conditions qu'ils ont exigés de moi étaient qu'il n'y ait pas de répercussions sur mes études et surtout de ne pas abandonner en cours de route parce qu'ils croyaient en moi et en mon talent. C'est comme ça que tous les soirs en sortant du collège, j'allais passer deux heures à apprendre toutes les subtilités de mon art favori sous la directive d'un prof d'à peine quatre ans de plus que moi. Yanis était leader d'un crew qui commençait à faire parler de lui dans le milieu de la danse et avait décidé de faire partager ses connaissances. Très vite, nous nous sommes rapprochés mais ce n'est qu'à la fin de mon année de troisième qu'il m'a avoué avoir un faible pour moi et m'a embrassé sans que je ne m'y attende.
Nous sommes sortis ensemble six mois durant lesquels j'ai appris l'art du baiser agréable. C'était à mille lieues de ce que j'avais pu connaître avec la ventouse dégoulinante. Notre différence d'âge, qui peut paraître ridicule maintenant, a fini par nous séparer car nous étions dans des phases complètement différentes. À quinze ans, je ne me sentais pas prête à aller plus loin alors que lui, du haut de ses dix-neuf ans, était en pleine découverte de sa vie sexuelle. Petit à petit, nous nous sommes éloignés pour laisser place à une amitié sincère qui m'a permis de mériter mon entrée au sein de son crew et dont les membres m'étaient aussi chers que lui. Malheureusement, je n'ai aucune idée de ce qu'ils sont devenus puisque mon cerveau a décidé de les envoyer aux oubliettes à partir de mes seize ans. Je sais que je ne faisais plus partie de la team parce que, dans le cas contraire, je n'aurais jamais quitté la France.
Comme ces deux dernières années je n'ai eu de cesse de décourager tous les hommes tentant de m'approcher d'un peu trop près, je ne peux me raccrocher qu'à ces deux histoires juvéniles pour tenir la comparaison avec le rapprochement charnel dont je viens de faire l'expérience. Je n'ai jamais rien ressenti de tel, une véritable palette d'émotions contradictoires entremêlées.
Au début, j'étais anxieuse et honteuse de dévoiler mon inexpérience. Comment pouvait-il apprécier de m'embrasser après l'avoir fait avec toutes ces filles pleines d'assurance ? Puis, j'ai commencé à le suivre dans ses mouvements, remplaçant mon stress et ma gêne par une pointe de jalousie et une grosse détermination. Je cherchais à tous prix à lui montrer que je pouvais m'adapter et faire aussi bien qu'elles, voire même mieux, comme si je concourrais pour la première place du podium.
Ensuite, c'est une certaine colère qui m'a envahi. Comment pouvais-je accepter de m'abandonner dans les bras d'un collectionneur de femmes ? Pourquoi laissais-je ses lèvres toucher les miennes alors qu'elles avaient joués avec tant d'autres auparavant ? Pourtant, c'était si agréable et si doux que je décidais de poser les mains sur lui pour profiter pleinement du contact physique. J'étais partagée entre l'envie de le repousser et le besoin de le sentir. Quelques heures plus tôt, je lui avais livré mes sentiments. Je m'étais montrée honnête, pensant déclencher une réaction enthousiaste de sa part. Mais il était resté de marbre devant ma confession, me laissant envisager une nouvelle fois que toute cette mascarade n'était qu'un jeu pour lui. Seulement, le monologue qu'il m'a servi aux toilettes m'a désarçonné. J'étais à la fois nerveuse de ne pas savoir à quoi m'attendre en rentrant à la maison et complètement paumée à cause des signaux contradictoires qu'il m'envoyait ces derniers temps. Les hommes sont réputés être constants et non versatiles, non ? C'est censé être une caractéristique technique des femmes.
C'est à ce moment là que j'ai réalisé qu'il était comme moi, tout simplement humain avec ses défauts et ses doutes. Il peut se tromper de méthode, faire des erreurs et adopter un comportement qui m'échappe. Qui suis-je pour lui tenir rigueur d'une attitude que je manie à la perfection ? Je lui avais dit être sûre de mes sentiments et je ne pouvais plus revenir en arrière comme avant. Cette évidence a eu un effet apaisant sur tout mon corps. Je me sentais enfin libre d'avancer dans le présent sans le poids du passé accroché aux chevilles. Je n'étais plus lestée de mon fardeau et je remontais à la surface pour de bon.
Quand il a fini par s'aventurer dans mon cou tout en me caressant le dos, j'ai été submergée par un sentiment de bien-être total. C'était comme si ce geste, qui m'était étrangement familier, nous permettait de nous retrouver après une longue séparation. J'avais la sensation d'être chez moi, à la place qui me revenait de droit.
Et puis tout c'est arrêté brusquement. Sans justifier ce revirement, il m'a souhaité bonne nuit et a quitté ma chambre. Maintenant, je suis là, toujours au même endroit à essayer de comprendre où j'ai bien pu faire une erreur. Il a peut-être senti toutes les phases par lesquelles je suis passée et en a déduit que je n'appréciais pas ce moment en percevant mon hésitation. Je ne peux pas le laisser croire que je me suis simplement laissée faire en attendant que ça passe. Je viens enfin de me convaincre que me laisser aller avec lui n'était pas une mauvaise chose alors il faut absolument qu'il le sache.
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Rewound Love ~ Une Empreinte Au Coeur ( Tome 1 )
RomanceOn dit de deux âmes sœurs qu'elles sont la moitié de l'autre et qu'un fil rouge les relie, les destinant à se rencontrer. Si, par malheur, elles ont été séparées, chacune aspire à retrouver la part manquante dont elle a gardé la marque dans sa chair...
