CHAPITRE 10 ~ Enfoncer Le Clou ( Alana ) 1/2

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Assise sur l'accoudoir du canapé, je me laissais bercer par les légers ronflements de Chrissy. J'avais réussi, non sans peine, à trouver la force de me relever et étais venue m'installer près d'elle, mon pilier émotionnel. Je l'observais dormir, si paisible, baignée dans le halo de lumière que renvoyait la lune à travers la fenêtre du salon. Toujours étonnée, je me livrais à mon jeu favori qui consistait à comprendre dans quelles mesures elle arrivait à se retrouver dans une position aussi loufoque qu'inconfortable.

Elle était allongée sur le ventre, les deux bras croisés sous sa poitrine. Une de ses mains ressortait au niveau de son cou et était plongée dans sa chevelure dorée, donnant l'impression qu'elle se maintenait la tête dans la direction opposée. Elle avait une jambe repliée sous son ventre et l'autre en hauteur, la cheville posée sur le haut du dossier. Je sais qu'elle dort très mal depuis la mort de Connor mais comment arrive-t-elle à se retrouver dans la position que seul un enfant de moins de deux ans pourrait supporter sans se réveiller ? Elle risque d'avoir de sacrées courbatures en se levant. Lorsqu'elle dort profondément, elle se livre à une bataille intérieure qui fait ressurgir ses angoisses et son chagrin en se manifestant par une grande agitation. C'est le seul moment où elle montre de la vulnérabilité et je me dis que j'ai de la chance d'avoir cette merveilleuse femme forte à mes côtés dont les conseils avisés me seraient très utiles.

La fatigue commençait à se faire sentir et, même si je venais de prendre conscience que je devais reprendre ma vie en main, je décidais d'arrêter ma réflexion pour cette nuit et d'aller me coucher. J'avais grandement besoin d'une épaule compatissante et de soutien mais ça pouvait attendre le lendemain. Doucement, je réveillais mon amie et l'accompagnais sur le pas de sa porte, se laissant guider dans son demi-sommeil, avant d'aller plonger moi-même dans les bras de Morphée. Il fallait un peu de répits à mes neurones largement trop sollicités.

Malheureusement, comme à chaque fois que mon esprit se torture, mes nuits en deviennent agitées. Mon sommeil a été entrecoupé de cauchemars et de réveils en sursaut. Je ne réussis pas à me souvenir de tout à chaque fois mais ce sont des scènes de mon agression qui se rejouent dans ma tête car j'ai toujours une impression de déjà vu. En deux ans de supplices nocturnes, je sais maintenant que je me suis fait renverser par une voiture dans un coin de rue sombre, que les occupants du véhicule m'ont battu à coups de pieds et de barres de fer, que les trois cicatrices rondes sur mon poignet gauche proviennent de cigarettes écrasées et que j'ai reçu deux coups de couteau. Pour avoir entendu mon prénom au milieu des insultes, je pense que ce n'était pas un hasard mais bel et bien dirigé contre moi. Mes agresseurs étaient quatre et les voix que j'entends sont celles de trois hommes et une femme, j'en suis persuadée même si je ne vois jamais leurs visages. Ces flashbacks nocturnes se terminent tous de la même manière, tout est noir et j'entends une voix essayer de me réveiller mais quand j'ouvre enfin les yeux, je me retrouve dans mon lit, en sueur, continuant à me débattre comme si ma vie en dépendait.

Voilà maintenant cinq bonnes minutes que j'essaye de calmer les battements de mon cœur et de reprendre figure humaine tout en me remémorant les événements de la veille. Le réveil indique 10h53 et j'entends les rires de Cameron et Chrissy s'élever depuis le salon. Je repousse vivement les draps pour m'extirper de mon carcan de terreur, bien décidée à entamer la première étape de ma rédemption.

En arrivant en bas des escaliers, j'aperçois des bras sortir de derrière le canapé, gesticulant dans des mouvements anarchiques. Nous sommes dimanche et il est l'heure de la séance hebdomadaire de chatouilles. Alors, sur la pointe des pieds, j'approche de mes victimes en me baissant pour ne pas me faire repérer. Puis, d'un bond, je leur saute dessus en grognant comme un ogre, entamant mon ballet de mains baladeuses. Je termine couchée au sol, essoufflée par la course poursuite vengeresse et le poids de mes deux assaillants qui pèse sur mes abdominaux. Ce que c'est bon de rire !

— Bon mon poussin, si tu allais jouer un moment dans ta chambre ! J'ai des choses à dire à Chrissy et après on ira manger dehors tous les trois si tu veux

— Ouaiaiaiaiaiais !!!! Me répond-il avant de disparaitre au fond du couloir

— Merde Al, qu'est-ce que tu t'es fait à la main ? Ton bandage est plein de sang séché !

— Je me suis coupée en cassant un verre, quatre points de suture

— Et tu as profité de ma somnolence cette nuit pour me le cacher sur le moment ? On a dû te faire mal tout à l'heure, non ? Me demande-t-elle en attrapant ma main et en entreprenant de défaire le pansement

— Non ça va, je t'assure, mais je veux bien de ton aide pour le refaire, la rassuré-je en ouvrant la paume pour faciliter sa démarche

Après avoir récupéré tout le nécessaire dans l'armoire à pharmacie, elle me rejoint dans la cuisine où je nous ai servi une bonne tasse de café. Enfin, je décide de me lancer.

— Écoute Chrissy, euh... Je suis désolée d'avoir été nulle comme amie et comme mère aussi ces derniers temps !

— Je ne te le fais pas dire mais l'important c'est que tu t'en rendes compte

— Il s'est passé quelque chose hier qui m'a fait réfléchir et, une chose en entrainant une autre, j'ai tout remis en question

— Raconte ! Me demande-t-elle en levant les sourcils de surprise

— Bon, je te fais un petit résumé rapide. Je t'ai expliqué que Pharell drague tous les vagins ambulants depuis le jour où il est venu à la maison et qu'il a tendance à passer le reste du temps avec Andréa. Et bien, ce soir, ils etaient à deux doigts de s'embrasser alors j'ai pris les nerfs et j'ai explosé un verre dans ma main en voyant leur complicité. Et puis Jane m'a remise en place quand je l'ai envoyé bouler. C'est Jim qui m'a emmené à l'hôpital car personne d'autre n'a levé le petit doigt ou demandé de mes nouvelles. Tu te rends compte, personne ! Pas même lui !

— Ça t'étonne ? Me questionne-t-elle sur un air ironique

— Non mais ça fait mal et ça fait réfléchir

— Conclusions ?

— Je suis amoureuse de lui pourtant je sais que je ne suis qu'un numéro de plus sur sa liste de conquêtes. J'ai peur de mes sentiments qui ne sont pas en accord avec mes convictions et ça me fait horriblement souffrir alors je le repousse. Et comme la situation m'énerve, je m'en prends à tout le monde et me renferme sur moi-même. Ils me détestent tous !

Les larmes commencent à poindre aux coins de mes yeux et, sentant la main réconfortante de Christina me masser l'épaule, je les laisse se déverser encore une fois sur mes joues sans un bruit. Moi qui pensais avoir épuisé tout mon stock cette nuit !

Ça va s'arranger, tu verras ! Et puis tu as dit " amoureuse ", bordel ! Ce n'est pas génial ça !

Je me mets à rire tout en continuant d'essuyer le liquide salé qui ne cesse de couler de mes yeux bouffis.

— Je ne vois pas en quoi mais si tu le dis !

— Oh c'est trois fois rien ! Tu viens enfin de mettre le mot juste sur ce que tu éprouves depuis des mois !

Rewound Love ~ Une Empreinte Au Coeur ( Tome 1 ) Des histoires addictives. Découvrez maintenant