Alors, oui. Bonjour. Ce n'était pas prévu mais surprise hihi.
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-Tu peux tout me dire, Tae. Tout.
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-En fait... Mon anniversaire approchait à grand pas, oui encore un, c'était l'année d'après.. Je me doutais bien que je n'allais pas avoir de cadeaux et honnêtement, je m'en fichais. Je n'avais besoin de rien.. Ou du moins, presque rien. La seule chose que je souhaitais était une réponse, ou plutôt des réponses à toutes les questions que je me posais concernant ma mère. Parce que je me sentais toujours aussi mal par rapport à ça. C'est comme si le fait de ne pas savoir qui j'étais et d'où je venais réellement m'empêchait d'avancer. Je faisais du sur-place, je nageais en eau trouble et à mes yeux, ma vie ne menait vraiment à rien. Alors un soir, lorsque mon père est rentré, j'ai pris mon courage à deux mains. Mon ventre se tordait depuis des heures tant j'étais anxieux à l'idée de lui en parler, de lui demander. Je ne savais absolument pas à quoi m'attendre comme réponse ni même s'il m'en donnerait et j'avais des nausées affreuses rien que d'y penser. C'était comme si j'étais au bord d'un précipice et que je n'avais d'autre issue que de sauter, et, soit je survivais, soit je me fracassais le crâne. Sauf que je ne pouvais plus attendre, je devais lui demander. C'en devenait vital. Donc, quand la porte a claqué et que mon père a crié «Je suis rentré », je me suis avancé, tout tremblant dans la pièce principale. Il semblait épuisé et n'avait pas l'air de très bonne humeur mais ça ne l'a pas empêché de venir m'embrasser le front comme il le faisait chaque jour. Je t'ai dit qu'il était distant, c'était vrai cependant il continuait à dormir avec moi et me soutenir, comme avant. Seulement, je le voyais beaucoup moins. Tu sais.. ce truc là.. l'instinct maternel ou bien paternel, qui est plus le cas dans cette situation-là.. Bah, mon père l'a eu. Il a senti que quelque chose me tracassait alors il s'est assis sur le canapé, verre à la main et m'a dit « Que se passe-t-il ? » d'un air mi-inquiet mi-indifférent, ouais je sais c'est étrange mais il semblait vraiment ressentir les deux à la fois... Bref. Stressé, j'ai faillit tomber rien qu'en m'asseyant face à lui, puis j'ai fermé les yeux très forts, tellement forts que j'ai bien cru ne jamais pouvoir les ouvrir à nouveau et j'ai balancé des mots au pif indiquant clairement ce que je voulais. Un truc du genre « Maman je veux savoir dis-moi maman ». Je crois bien que mes ongles se sont enfoncés dans la peau de mes cuisses au point d'y laisser des marques tellement j'avais mal rien qu'en respirant. Putain.. Je t'ai dit que je m'attendais à tout, non ? Bah pas à sa réponse. Vraiment, j'avais préparé toutes les éventualités dans ma tête, tout sauf ça... Il m'a répondu, en me regardant droit dans les yeux « Elle ne représente plus rien pour moi et elle ne devrait rien représenter pour toi non plus. Jamais. Elle est morte. »...
Sa voix s'est étranglée sur la fin de sa phrase, comme si même après tant d'années, ces mots l'affectaient toujours au plus profond de lui-même.
-J'ai cru être paralysé, Kook. Cette phrase a eu l'effet d'une bombe dans mon coeur. Il n'en restait plus rien, rien du tout. Quelques cendres impossibles à raviver. J'étais totalement détruit par ses paroles. Il haïssait ma mère, le ton de sa voix le trahissait clairement. Et putain, ça me fendait le coeur de savoir ça. Je ne comprenais pas réellement ce qu'elle avait fait mais je savais pertinemment que mon père ne me donnerait jamais de réponse. Alors je me suis tût, me retenant de pleurer.. Et je suis simplement parti sans rien ajouter, de toute manière, il n'y avait rien à ajouter. Sauf qu'à peine arrivé dans ma chambre, j'ai fondu en larmes, toujours aussi silencieusement pour qu'il ne se doute de rien. La seule chose que j'avais appris était aussi la seule que je ne voulais pas savoir, enfin.. que je ne voulais surtout pas accepter... Pendant des heures, je me suis demandé si ma mère était réellement décédée, s'il ne préférait tout simplement pas que je la considère comme tel... Je me suis demandé des trucs du genre « Mais qu'a-t-elle pu bien faire pour qu'il ne veule même pas en parler ? ». Putain, ça me torturait. Je m'étranglais avec mes propres sanglots tout simplement parce que je ne pouvais plus respirer clairement, que je me faisais violence pour être le plus silencieux possible afin de ne surtout pas éveiller les soupçons de mon père. Puis, lorsqu'il m'a appelé pour manger.. J'ai vérifié l'état de mon faciès, s'il n'était pas couvert de plaques rouges à cause de mes larmes, j'ai passé mes mains sous l'eau pour nettoyer ensuite mon visage, je me suis mouché un bon coup.. Et après ça, j'ai rejoint mon père. J'ai mangé dans le plus grand des calmes, j'ai agi comme s'il ne s'était rien passé, comme si cela ne m'avait rien fait. Je ne voulais pas qu'il sache à quel point ça me rendait triste de ne pas savoir qui j'étais, sinon il se serait inquiété et j'avais peur que tout devienne hors de contrôle.. Donc voilà, le lendemain, à l'école, j'étais encore plus discret qu'habituellement, je ne suivais même plus les cours. En plus, Linda était malade alors je n'avais personne avec qui discuter, aucune épaule sur laquelle pleurer.. Pendant des semaines je ne mangeais plus, je dormais à peine, je ne parlais pas, je récoltais les mauvaises notes et Linda était très sincèrement inquiète à mon propos. Et tu sais ce que mon père faisait en attendant ? Il s'était fait viré de son travail et partait se bourrer la gueule et dépenser le moindre de nos centimes dans de l'alcool, de l'alcool, de l'alcool et encore de l'alcool. Que ça. Il rentrait tard, ne dormait plus avec moi, ne faisait presque plus à manger, ne faisait plus le ménage non plus, plus rien. C'était l'enfer sur Terre pour moi et je m'imaginais presque fuguer tant j'étais épuisé d'avoir tout ce poids sur les épaules. Je me souviens même qu'un jour, j'ai pris un train, à seulement 11 ans, pour aller voir ma grand-mère en maison de retraite.. J'avais tant besoin de soutien de sa part, besoin de réconfort. L'avenir me terrorisait alors que je n'avais clairement pas l'âge de penser à cela. Non, j'étais plutôt censé m'éclater dans la cour avec mes copains, ramener des bonnes notes à ma famille, que j'aurai espéré nombreuse. J'étais censé avoir un gros chien poilu et puant, des petits-frères chiants et une grande sœur protectrice, un père aimant et un mère tendre. J'étais censé avoir une vie de gamin Kook, non ? Et au lieu de ça, je me retrouvais à devoir me démerder par moi-même pour essayer de remettre de l'ordre dans ma.. famille ? Ouais, c'est ça. Remettre de l'ordre dans ma famille. Même si je n'étais pas sûr d'en avoir une. Bref. Quand je suis arrivé devant la porte de la chambre dans laquelle résidait ma grand-mère, j'ai stressé de malade.. Je me disais qu'elle m'avait certainement oublié et qu'il y avait peu de chances d'avoir une discussion avec elle. J'ai été vachement surpris de voir que c'était tout le contraire : elle était ravie de me revoir. Elle a directement hurlé « Mon petit Tae, que je suis heureuse de te voir ! » et bordel, je me suis dit que c'était un cadeau du Ciel et qu'après tous les malheurs qui m'arrivaient, enfin un événement positif se passait. Je crois que j'ai dû passer deux ou trois bonnes heures à discuter de tout et de rien avec elle. Bon, elle avait parfois des petits trous de mémoires, des genres d'absences.. Mais elle restait agréable et souriante et merde ça m'avait fait l'effet de trois millions de médicaments, elle m'avait soigné. Moi, je voulais même rester là et ne plus jamais repartir, attendre que mon père se rende compte de mon absence et réagisse enfin... Et... Tu sais... je ne lui en voulais même pas un peu d'être comme ça. J'avais beaucoup trop de respect et d'amour envers lui pour lui reprocher quoi que ce soit. Il avait le droit à ses moments d'égarements et ce n'était pas son fils de 11 ans qui allait lui apprendre la vie, si ? Je veux dire.. Après tout ce qu'il avait vécu, tous les efforts qu'il avait fait pour me faire vivre correctement. Après tout ce qu'il avait sacrifié pour mon bonheur, la moindre des choses était d'accepter ses choix en silence. C'est ce que je croyais en tout cas..
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« 𝚂𝙴𝙲𝚁𝙴𝚃𝚂. » ᵗᵃᵉᵏᵒᵒᵏ
Romansa"-Il est à la fois mon poison et mon antidote. Il peut me détruire comme il peut me faire sentir vivant et heureux. Tout cela en un claquement de doigts." [jeon jungkook x kim taehyung.]
