- Nos chemins semblent se croiser, décidément, señorita, s'exclama l'homme, et elle perçut un très léger changement dans la voix masculine, comme si elle n'avait plus cette pointe d'amusement charmeur.
Elle se retourna vers lui et lui sourit aimablement. Elle ne savait que dire. C'était bien la première fois qu'elle était incapable de trouver quoi que ce soit à dire.
- Que faites-vous donc seule? demanda alors don Diego, sauvant la jeune femme sans vraiment le savoir.
- Je me promène; le couvert des arbres et la beauté des lieux sont tous deux beaucoup plus agréables que la route, voyez-vous. Et vous, que faites-vous, seul?
- Oh! mais je ne suis pas seul. Bernardo m'accompagne.
Amara haussa un sourcil. Ne se séparait-il donc jamais de son serviteur? Elle hésita à lui demander s'il venait souvent se promener dans la forêt - pour ne plus y retourner elle-même; il était trop dangereux d'y retourner fréquemment si la forêt n'était pas un lieu solitaire - mais se retint.
- Ce fut une très agréable surprise, don Diego, et je suis navrée que cette rencontre prenne fin si rapidement, dit-elle en esquissant un mouvement pour contourner Diego et ainsi avoir l'occasion de lui fausser compagnie.
Amara ne savait pas exactement pourquoi, mais elle ne se sentait pas à l'aise du tout en compagnie du caballero, surtout lorsque don Alvaro ou Sombra occupaient son esprit. De plus, elle ne voulait surtout pas lui donner l'occasion de nourrir des soupçons à son égard. Ayant prétexté une balade dans la forêt, il serait bizarre qu'elle reste dans cet endroit, certes accueillant, mais tout de même peu propice à se promener.
- Permettez-moi de vous accompagner, señorita, dit alors don Diego, qui semblait avoir très bien compris qu'elle cherchait à l'éconduire et qui semblait s'amuser de ses difficultés à rester polie tout en se débarrassant de lui. Il espérait sans doute soit l'accompagner véritablement, soit découvrir ce qu'elle cachait, pensa paranoïquement Amara; dans les deux cas, elle était coincée, et il était en position de force, ce qui l'énervait considérablement.
Amara tentait de trouver une autre figure de politesse pour écarter son offre, mais ne sut que dire. Refuser serait impoli, se rétracter suspect... Elle était bien forcée d'accepter le bras galant que lui offrait le jeune homme. Elle remarqua qu'il portait un costume moins précieux qu'à l'ordinaire. Il était même quelque peu tâché en certains endroits. Il dut sentir son regard appuyé car il s'expliqua, d'un ton évasif et amusé à la fois:
- Bernardo et moi apprenons de nouvelles figures à notre meilleur cheval.
Amara eut un "aah" en levant la tête en arrière, mais l'explication ne la satisfaisait pas. Que faisaient-ils dans la forêt, avec leur cheval, pour l'entraîner? Et où était le cheval en question? Mais elle n'osa en dire plus, sachant très bien que chaque question pouvait lui être retournée. Elle voulait mettre en peine le jeune homme sans pour autant se découvrir. Il serait ridicule d'être démasquée avant même d'avoir commencé quoi que ce soit. Elle jeta un dernier regard en arrière avant de partir, comme pour supplier le magnifique cheval de venir la sauver.
- Nous attendons quelqu'un? demanda ironiquement don Diego en sentant son regard s'attarder derrière eux.
Sa répartie, pensa-t-elle douloureusement...
Elle n'arrivait pas à trouver quoi que ce soit à dire, et elle se dit que don Diego allait la trouver bien fade et faible d'esprit. Mais, au final... n'était-ce pas parfait? Elle aurait ainsi l'occasion de se fondre dans la masse. Elle se connaissait cependant assez bien pour savoir qu'elle ne serait jamais assez bonne actrice pour cela, Mais si ce genre de situations continuaient à la montrer comme une femme n'ayant rien à dire, alors elle n'aurait même pas à jouer ce rôle... Arriverait-elle seulement, se demanda-t-elle cependant, à supporter de passer pour moins intelligente qu'elle ne l'était?
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Sombra
FanfictionLorsque'Amara Verdana revient en Californie après cinq ans d'absence, elle n'est plus la jeune fille éprise de musique et de poésie que connaissaient ses parents. Sa fougue naturelle l'a menée à apprendre le maniement des armes, et les nouvelles ven...
