Chapitre N.11

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« J'ai peur d'accepter qui je suis. »


Hakim Akrour.

Casque sur les oreilles, casquette sur la tête, l'instru' martelant mes tympans, j'aligne les mots avec rapidité et fluidité. Je laisse le morceau m'entraîner, m'apaisant.

Je ne fais attention à rien, si ce n'est la musique qui défile, ma voix qui emplit la cabine et les émotions que je tente de transmettre à travers ce couplet.

Aucun des gars n'est présent. Deen est cloîtré chez lui, l'inspiration ayant refait surface.

Ken est en rendez-vous professionnel avec une marque de luxe. Idriss et Mélanie doivent être en train de dormir, comme deux larves. Théo est avec sa femme, ils sont sortis hier soir.

Mohamed joue à la play et a eu la flemme de venir, JUSTE pour m'entendre enregistrer un couplet que j'ai écris cette nuit, à toute vitesse, l'inspiration m'ayant réveillé.

Me voilà seul, en studio. Une solitude que j'apprécie. Un moment de répit. Être constamment entouré de mes frères, est fatiguant parfois.

Moi qui suis assez indépendant, assez renfermé, j'aime être seul face à moi-même. J'aime m'entendre penser, j'apprécie le silence d'un moment de solitude.

L'instru prend fin, je pose le dernier mot, me provoquant un soupir de soulagement. Je repose le casque et rejoins la grande pièce, dans laquelle je m'affale nonchalamment sur un fauteuil.

Je soupire, tout en sortant une clope de ma poche. Je l'allume et tire une longue latte, renforçant mon bien-être.

Ce que ça fait du bien.

Je ne pense plus à rien. Je me sens comme coupé du monde, seul sur ce fauteuil en cuir. Je laisse la fumée de ma clope m'enivrer, la chaleur du tabac me brûler la gorge. Je me laisse aller, le temps d'une seconde.

Je plane, j'ai la sensation d'aller bien, ne serait-ce qu'un instant.

Je ferme les yeux, tout en recrachant une énième fois la fumée de ma cigarette. L'une des fenêtres étant ouvertes, un léger vent s'infiltre et vient me chatouiller le visage, me faisant grogner.

Alors qu'un songe paisible semble prendre possession de mes pensées, une paire d'yeux bleus foncés me dévisagent, une lueur malice animant ces beaux iris couleur océans.

Une voix suave, presque rauque vient me chuchoter des horreurs de tout genre, tandis qu'un sourire désarmant vient se moquer de mon air renfrogné.

—Putain de bonne sœur, de ta mère. Sah, tu peux pas me laisser juste deux minutes ?

Je grogne tout en me levant rageusement, tiraillé par la colère. J'envoie valser mon poing dans le premier mur que je rencontre, me faisant hurler de rage.

Je souffle tant bien que mal en quittant les lieux, capuche et casquette sur la tête, la colère faisant bouillonner mon sang.

Je rejoins la rue parisienne dans laquelle se situe le studio et décide de marcher un peu, dans l'espoir de me calmer grâce au contact de l'air frais contre mon visage fermé.

Je longe les avenues de la capitale en prenant le temps de détailler chaque petit recoins qui pourrait m'échapper lorsque je passe en bagnole.

À force de vivre ici, je ne prends plus le temps d'observer cette ville que je connais comme ma poche. Je passe, sans m'arrêter.
Je vais et je viens, sans réellement détailler les rues de ma ville.

Avant tu riais- Mekra.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant