Chapitre 18

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« Celui qui désire se venger ne fait qu'entretenir sa douleur par crainte qu'elle s'apaise. »

- Anonyme

Le regard fixé sur ce paysage vide d'humanité, le seul sentiment qui traversait Troy depuis des heures était la colère. Comment avait-il pu être aussi naïf ?

Jamais. Jamais il n'aurait la chance d'avoir Éléonore à son bras. Il n'était pas assez comme ce maudit Alrick. Ni rebelle, ni provocateur. 
Il pensait à la façon dont son amie le regardait. Elle le dévorait des yeux. S'en rendait-elle compte au moins ?

Il a participé à la mort de Loïs, de toute l'armée galïenne se rappela Troy, en serrant les dents pour ne pas hurler de rage. C'était comme si elle l'avait oublié. Ça le brisait. Il la perdait. Il le sentait de plus en plus au fil des jours qui s'écoulaient. Et dans cette périlleuse aventure, il l'observait un peu plus à chaque minute passée.

La solitude lui collait à la peau désormais. Et pourtant, il sentait Éléonore présente dans les moindres recoins de son âme.

— Il va bientôt faire jour. On doit partir.

Cette voix... Troy eut envie de se lever d'un bond et de lui trancher la gorge. Mais il ne fit rien. Alrick eut donc, pour seule réponse, un silence mortel. Il décida alors de se rapprocher du guerrier qui restait assis face au désert de roches.

— Tu sais, Troy... commença Alrick qui avait saisi la raison du comportement du Galïen.

— Je n'ai pas besoin de ta compassion, cracha Troy en se relevant.

Il allait chercher le reste de ses armes lorsque qu'une main puissante attrapa son bras. 
Le guerrier ne tourna pas la tête vers Alrick mais posa son regard sur Éléonore qui semblait se réveiller.

— Ce qu'il s'est passé, tu n'aurais jamais dû le voir, avoua Alrick en chuchotant.

— Ah oui ? Et pourquoi ? demanda Troy en lâchant un petit sourire hypocrite.

— Ce n'était pas correct de ma part.

— Tu crois ?

Le ton montait à chaque syllabe prononcée. Éléonore ouvrit alors clairement les yeux et se releva doucement pour ne pas attirer l'attention.

Ils se disputent encore... pensa la princesse, lasse et impuissante.

— Ça n'aurait jamais dû arriver, affirma Alrick en lâchant le bras de Troy.

— De quoi ? Votre quasi-baiser ? Ou votre attirance l'un pour l'autre ?

— Les deux, Troy ! cria presque Alrick.

Ce dernier était en colère contre lui-même. Céder à ses pulsions le rendait dingue. Ça ne lui était jamais arrivé. Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi avec elle ?

— Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Troy sur les nerfs, lui aussi. Tu sembles pourtant bien content d'avoir Éléonore à tes pieds.

— Éléonore n'est pas à mes pieds. Tu délires ! Tout ça n'était qu'une erreur ! Tu comprends ? C'était une erreur.

La respiration de la princesse se bloqua alors. Plus un souffle ne s'échappa de sa bouche. Elle sentit son cœur se serrer, ses membres se raidir, son sang se glacer.

« Une erreur ». Ces mots tournèrent alors en boucle dans la tête d'Éléonore. Ces quelques secondes de blocage se transformèrent en une éternité pour la jeune femme. Soudain, elle se mit sur ses jambes et récupéra ses armes. Elle éteignit le feu comme elle le put, ses pensées brouillées par une rancœur monstre.

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