Chapitre 43 : Solitude

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« Ce qui me bouleverse, ce n'est pas que tu m'aies menti, c'est que désormais, je ne pourrai plus te croire »

- Friedrich Nietzsche -


J'attendais assise sur la table d'examen quand la porte s'ouvrit sur le médecin qui m'avait pris en charge lors de mon arrivée aux urgences. Après m'avoir fait passer de nombreux examens de contrôle, il m'avait demandé d'attendre ici. Je ne doutais pas que celui-ci me laisserait partir. J'avais été admise il y a plusieurs heures et mes blessures avaient déjà guéri. Hayley au contraire avait été transféré en urgence au bloc dès son arrivée à l'hôpital. Quand l'un des pompiers qui s'étaient occupés de nous m'avait croisé en train d'errer comme un fantôme dans l'un des couloirs de l'hôpital, il avait essayé de me rassurer en en me disant que j'avais eu de bons réflexes et qu'Hayley allait peut-être s'en sortir grâce à moi. Quelle blague... Si seulement il savait que ce qu'il lui était arrivé était de ma faute.

- Il n'y a rien à signaler. Vos examens sont tout à fait normaux, m'informa le médecin. Vous pouvez y aller.

- Qu'en est-il de mon amie ?

- Je ne peux pas vous affirmer quoi que ce soit à l'heure actuelle mais sachez que mes collègues font de leur mieux pour la tirer d'affaire.

Je hochai la tête et le remerciai avant de sortir de la pièce, le regard vide. Je déambulai parmi le personnel soignant et les visiteurs, sans même savoir où aller. Alors que j'avançais sans but dans le long couloir blanc, je m'arrêtai en apercevant une silhouette familière. Evan se tenait debout non loin de là, entouré de sa famille. Sa petite sœur était accrochée à sa taille. Quant à ses parents, ils étaient assis sur des chaises à côté de lui, les yeux rougis par la peine. Ils étaient blottis l'un contre l'autre, essayant de se donner mutuellement de la force pour traverser cette épreuve. Je sentis la culpabilité et la honte s'abattre sur mes épaules.

Alors que je reculais de plusieurs pas pour faire demi-tour, je buttai contre le chariot d'une femme de ménage qui passait par là. Je m'excusai et me baissai précipitamment pour l'aider à ramasser les objets tombés au sol. J'attrapai une boîte de gants d'une main tremblante quand Evan tourna la tête dans ma direction. Je me figeai en sentant sur moi le poids de son regard. Je remarquai à peine la femme de ménage qui récupéra dans ma main la boîte que je n'avais toujours pas lâché. Il me sembla l'entendre me dire quelque chose mais je n'en étais pas sûre.

Je me levai lentement. Evan, qui me m'avait pas quitté du regard, fronça les sourcils. Il se baissa pour se mettre à la hauteur de sa petite sœur et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Celle-ci hocha la tête avant de s'asseoir à côté de ses parents. Il se redressa ensuite avant de se diriger d'un pas décidé vers moi. J'étais incapable de bouger alors qu'il dévorait l'espace qui nous séparait. Mes membres semblaient peser une tonne.

Quand il s'arrêta devant moi, il inspecta rapidement mon corps du regard puis attrapa mon coude pour m'entraîner un peu plus loin, hors de la vue de ses parents. Après que nous nous soyons éloignés des oreilles indiscrètes, il me fit face.

- Tu vas bien ? me demanda-t-il d'une voix éraillée.

Je hochai la tête, surprise que sa première question soit pour moi. J'allais bien, du moins physiquement. Je n'avais pas le droit de me plaindre alors que sa sœur et ma meilleure amie luttait actuellement contre les griffes acérées de la mort par ma faute.

- Hayley a été emmené au bloc, m'expliqua-t-il. On ne nous a toujours pas donné de nouvelles depuis.

- Oui, l'infirmière qui s'est occupée de moi m'a prévenu.

Between Two SidesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant