« Il est difficile de dire adieu lorsqu'on veut rester, compliqué de rire lorsqu'on veut pleurer, mais le plus terrible est de devoir oublier lorsqu'on veut aimer. »
- Anonyme -
Mon doigt était immobile, suspendu au-dessus de l'écran de mon téléphone depuis quelques minutes déjà. Je relisais le prénom de Jackson en boucle sans parvenir à cliquer dessus. Un seul clic. Aller. Je soupirai et glissai une fois de plus mon téléphone dans ma poche sans avoir trouver le courage de le joindre. Que pourrais-je bien lui dire ? Je relevai les yeux vers le miroir face à moi et pinçai les lèvres en détaillant mon visage. Mon teint était aussi pâle que celui d'un cadavre. Des cernes soulignaient mes yeux et mes joues étaient creusés par la fatigue.
J'ouvris le robinet devant moi et passai mes mains sous l'eau froide pour me nettoyer le visage. Après avoir coupé l'eau, j'essuyai rapidement mon visage avec les serviettes en papier du distributeur et récupérai le sac en plastique que j'avais posé à côté de l'évier. Je m'enfermai dans une cabine de toilette puis me débarrassai de mes vêtements tachés de sang. J'enfilai à la place un jogging, un t-shirt et un sweat propres.
J'avais passé ma nuit et ma matinée dans la salle d'attente des urgences sur une chaise dure qui m'avait meurtri le dos, entourée d'une ambiance pesante et mortuaire. J'avais regardé pendant des heures des gens tristes et affolés entrer et sortir par la grande entrée des urgences, écouté des enfants pleurer et des adultes hurler leur peine, sans trouver le courage d'aller voir Hayley dans sa chambre. D'après les quelques messages que j'avais échangé avec Evan, elle ne s'était toujours pas réveillée.
Ne supportant plus cette attente qui me tuait à petit feu, j'avais passé le début de l'après-midi à errer sans but dans les rues de la Nouvelle-Orléans. Les nombreux regards effrayés des passants sur ma tenue déchirée et maculée de sang m'avaient obligé à m'arrêter dans un magasin à proximité de l'hôpital pour acheter de quoi me changer. Après avoir soufflé un bon coup, je roulai en boule mes vêtements sales et les jetai dans une poubelle avant de sortir des toilettes de l'hôpital où je m'étais réfugiée, il y a presque une heure.
Je marchai comme une automate jusqu'à la salle d'attente, luttant intérieurement contre mon angoisse qui croisait à chaque pas. Alors que je m'apprêtais à m'assoir sur l'une de ces maudites chaises où j'avais passé des heures entières, je m'arrêtai. Je lançai un regard effrayé aux lourdes portes battantes au fond de la salle. Celles-ci donnaient sur un long couloir blanc qui conduisait aux différentes ailes de l'hôpital. J'avançai d'un pas dans leur direction avant de me raviser et de me diriger vers la sortie.
Mes pas ralentirent cependant alors que je m'approchais des grandes portes coulissantes de l'hôpital. Qu'est-ce que je fichais ? J'avais besoin de savoir si Hayley allait bien. Je ne pouvais pas partir avant d'en avoir la confirmation de mes propres yeux. Je serai les poings et me forçai à marcher jusqu'à l'accueil avant de changer une fois de plus d'avis. Je me raclai bruyamment la gorge pour attirer l'attention d'une femme d'âge mur qui se tenait derrière le bureau.
- Bonjour. Que puis-je faire pour vous ?
- Bonjour, répondis-je d'une voix hésitante. Pourriez-vous m'indiquer la chambre d'Hayley Reyl, s'il-vous-plaît ?
- Oui, bien sûr, me dit-elle en appuyant sur les touches de son ordinateur. Hayley Reyl, c'est bien ça ?
- Oui.
- Elle est en unité de soins intensifs, m'expliqua-t-elle en détachant ses yeux de son écran d'ordinateur. Seule la famille et les proches ont le droit de lui rendre visite.
- Je suis de la famille.
Quand la secrétaire me lança un regard inquisiteur, j'essayai de paraître la plus convaincante possible. Finalement, elle m'indiqua le numéro de la chambre d'Hayley. Après l'avoir remercié, je me dirigeai d'un pas rapide vers l'ascenseur pour m'engouffrer à l'intérieur avant de me laisser gagner par l'appréhension et de me dégonfler. Lorsque les portes s'ouvrirent au bon étage, je m'avançai pour en sortir. Mais mes pieds restèrent cloués au sol en découvrant le couloir interminable qui s'étendait face à moi.
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Between Two Sides
WerewolfAprès la mort de ses parents, Taylor espère pouvoir prendre un nouveau départ à la Nouvelle-Orléans, une ville qui a vu grandir sa mère mais où elle n'avait étrangement jamais mis les pieds avant ce tragique événement. Pourquoi ? Cette question ne...
