Chapitre 54 : Chantage

155 11 0
                                        

« Je me méfie. J'ai toujours peur que ça ne dure pas. Dès qu'il y a un moment de bonheur, de paix, je me répète que ça ne durera pas. Que le temps est un menteur. Qu'avoir quelque chose c'est commencer à le perdre. C'est comme cela que je fonctionne. C'est ce que la vie m'a appris.  »

- Thomas Vinau -


Je laissai un soupir de contrariété s'échapper de mes lèvres gercées par le froid alors que l'arrière de mon crâne retombait contre le mur en brique derrière moi. Pour la je-ne-sais-combien-t-ième fois, mon regard passa en revue les nombreuses tâches de salissures qui assombrissaient le plafond. J'avais perdu la notion du temps entre ces quatre murs. Peut-être cela faisait-il plus de vingt-quatre heures que j'étais prise au piège dans cette foutue prison, peut-être moins. La patience n'avait jamais été l'une de mes qualités. Le temps s'écoulait avec une lenteur démesurée qui menaçait de me rendre dingue.

Même si j'avais arpenté la pièce en long, en large et en travers, je n'avais toujours trouvé aucune issue de secours. La faim commençait à creuser douloureusement mes entrailles et la fatigue se faisait peu à peu ressentir. Essayant d'ignorer mon ventre qui criait famine, je croisai mes chevilles et tirai sur le bas de mon sweat pour couvrir mes cuisses nues. Le contact entre ma peau et le sol glacé m'aidait à garder les yeux ouverts malgré l'envie de plus en plus présente de fermer mes paupières lourdes.

Me transformer en loup face à Reagan n'avait pas été la plus brillante des idées : d'un, me changer à nouveau en humaine m'avait fait un mal de chien et de deux, après mon petit spectacle, il ne me restait plus que mon sweat, abandonné dans un coin de la cellule. Par chance, il était assez long pour me couvrir des épaules jusqu'au bas de mes fesses.

Seul point positif, Reagan et ses loups n'étaient pas revenus me voir depuis. Peut-être avaient-ils simplement décidé de me laisser pourrir ici ?

Je n'eus pas le temps de m'appesantir sur cette idée car au même moment le claquement de semelles de chaussures sur le sol bétonné du bâtiment se répéta en échos contre les murs du long couloir qui menait à ma cellule. Je me redressais aussitôt sur mes gardes. Je connaissais cette odeur. Reagan. Et il n'était pas seul.

J'inspirai profondément pour calmer les battements de mon cœur. Je laissai mon dos retomber contre le mur derrière moi avant de croiser mes bras sur ma poitrine afin d'adopter une posture faussement nonchalante. Quelques secondes passèrent avant que Reagan ne s'arrête devant ma cellule. Il était accompagné de deux de ses bêtas.

Le premier était un homme d'une trentaine d'années à la peau aussi sombre qu'une nuit d'hiver. Son t-shirt laissait apparaitre des bras musclés couverts de tatouages. Il régnait sur son visage un calme implacable qui attisait ma méfiance. Au contraire, le jeune homme qui l'accompagnait arborait un petit sourire au coin des lèvres, presque insolent. Ses traits trahissaient des origines sûrement amérindiennes. Deux épées en argent étaient sanglées à son dos. Les gants noirs qu'il portait l'empêchaient sûrement de se blesser sur ses propre lames.

Reagan planta ses yeux dans les miens. Je haussai un sourcil en soutenant son regard. Un simple mouvement du menton de sa part suffit à faire réagir ses hommes. Ceux-ci s'approchèrent de la porte de ma cellule et l'ouvrir avant d'entrer dans le petit espace qui me paraissait tout d'un coup étouffant. Je me crispai quand les deux loups-garous me saisirent les bras sans ménagement. J'essayai de me débattre mais ils étaient trop forts pour que je puisse leur résister.

En désespoir de cause, j'envoyai mon coude dans le ventre du jeune amérindien. Il grogna et me lança un regard noir avant de me tordre le bras dans le dos pour m'immobiliser. Les deux hommes me forcèrent ensuite à m'agenouiller face à l'alpha. Je serai les dents en fixant Reagan qui contemplait la scène d'un air indifférent.

Between Two SidesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant