Chapitre 9 : Cauchemar

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« La souffrance ne se repose jamais, elle ne fait que se tapir dans l'ombre en attendant le moment le plus critique pour resurgir. »

- Anonyme -


Alors que Jackson disparaissait à l'intérieur de la maison, mon corps me semblait aussi lourd que du plomb. Mes poings étaient si serrés que mes ongles finirent par entailler mes paumes jusqu'au sang. Le liquide pourpre et chaud pulsait dans mes tempes au même rythme effréné que les battements de mon cœur.

Même des semaines après la mort de mes parents, j'avais toujours l'impression de ressentir un coup de couteau en pleine poitrine à chaque fois que je m'autorisais à penser à eux et de ne pouvoir le retirer tant il faisait mal. Dans ces moments là, ma poitrine me faisait souffrir comme si j'étais en enfer alors que les pendules continuaient de se balancer secondes après secondes sans se soucier de ceux qui nous quittaient.

Derrière les sourires de façade, des blessures immatérielles rampaient sous ma peau et me consumaient un peu plus chaque jour. Depuis que mes parents m'avaient abandonné, mon cœur n'était plus que rongé par la colère. Ce n'était sûrement pas l'avenir que je m'étais imaginé. Je ne désirais plus que sortir de cette douleur que je ressentais pour avoir enfin la sensation d'être à nouveau proche de la réalité.

Sans réfléchir, je posai la main sur la poignée de la portière. Je sortis pour rejoindre les quelques marches menant à la porte d'entrée, le corps ankylosé. Lorsque je poussai le battant entrouvert, mes jambes faillirent me lâcher devant la quantité de sang qui maculait le sol à mes pieds. Je m'engouffrai à l'intérieur de la maison dans laquelle un silence assourdissant régnait en maître.

Je rentrai dans la pièce principale avant de me sentir défaillir en apercevant deux corps immobiles allongés sur le sol. Ils avaient de nombreuses plaies d'où coulait beaucoup, beaucoup de sang et une peau déchirée sur une grande partie. Je tombai à genoux avant de porter une main secouée de spasmes vers l'un des deux cadavres pour dégager les cheveux blancs qui couvraient son visage. Je découvris avec horreur les yeux vides de ma grand-mère avant de reconnaître le vieux pull préféré de mon grand-père sur le deuxième corps inerte face contre terre.

Je hurlai à m'en user les cordes vocales, sans pouvoir m'arrêter. J'agrippai la racine de mes cheveux pour tirer dessus dans le but de ressentir une douleur physique qui prendrait le pas sur la douleur qui me détruisait à l'intérieur et qui menaçait de me rendre dingue. Je ne pouvais pas imaginer qu'un sentiment puisse être pire que celui que je ressentais à cet instant précis. J'étouffais. Ma cage thoracique semblait se refermer sur moi et m'engloutir toute entière.

J'avais l'impression de replonger dans le passé quand un mois plus tôt, j'étais rentrée de l'Université pour ne trouver que des cendres à la place de ma maison. Je revoyais des agents sortir deux corps recouverts d'une house noire des débris après l'incendie qui avait ravagé les lieux et que la police avait déclaré comme accidentel.

Je m'apprêtais à être totalement submergée par la douleur et la folie quand deux bras m'entourèrent la taille pour me tirer en arrière. Je frappai la personne qui m'emmenait loin d'eux pour qu'elle me lâche, sans succès. Mon dos se retrouva plaqué contre un torse avant qu'une main ne m'attrape le visage pour pour me forcer à détourner les yeux des corps sans vie de mes grands-parents. Il m'était impossible de me calmer alors qu'un sanglot déchirant me prenait d'assaut.

Bien que je me débattais toujours, Jackson garda mon corps dans ses bras jusqu'à ce que je cesse de m'agiter comme une possédée. Je remarquai vaguement que nous étions désormais dans la cuisine alors que le chagrin et le désarroi me frappaient de plein fouet. Je m'agrippai à ses mains à l'instar d'un naufragé à sa bouée de sauvetage. S'il me lâchait, je risquais de m'effondrer à ses pieds comme un château de carte instable. Il me soufflait des mots à l'oreille mais j'étais incapable de comprendre ce qu'il me disait.

Between Two SidesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant