Chapitre 5

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Le visage de la princesse ne marqua aucune émotion lorsque Pard reprit forme humaine. Elle s'assit sans s'inquiéter de savoir si la métamorphe allait en profiter pour s'enfuir et celle-ci se demanda ce qui la rendait si sûre d'elle.

— Êtes-vous magicienne ? interrogea-t-elle après un instant de réflexion.

—"Tu"... Tu peux me tutoyer, nous avons le même âge. Je connais quelques sorts, mais je ne suis pas magicienne, j'aspire seulement à le devenir. C'est pour ça que je suis partie. Je veux réaliser mon rêve. Si je reste auprès de mon père, il me mariera à un de ces crétins efféminés qui pullulent à sa cour et on me relèguera au rôle de mère nourricière de tous les rejetons que mon époux voudra bien me faire. Tu crois que c'est une vie, toi ?

Pard rit.

— Non et tu as raison de partir. Je t'aiderai si je le peux, mais pour le moment, j'ai les mains liées car ton père dispose d'un moyen de pression sur moi. Ma famille adoptive vit sur ses terres et même s'il m'a assuré le contraire, j'ai peur qu'il ne se venge sur eux...

— Tu as tort, fillette, fit une voix grave. Je tiens toujours mes promesses et toi, tu as tenu la tienne. Je sais à présent que ma fille se porte à merveille.

La jeune fille se leva d'un bond. Elle ne voyait le seigneur nulle part. Ce fut au tour de la princesse de rire.

— Ne t'inquiète pas, dit-elle. Ce n'est qu'un sort jeté par mon père... Il n'est pas vraiment là. Il a juste apposé un sceau sur toi, à ton insu.

— Pardon ? Il est mage lui aussi ?

— Ni plus ni moins que moi... Où crois-tu que j'ai appris le peu de magie que je connaisse ? fit la princesse. Bonjour père, ajouta-t-elle ensuite. Je suis navrée que tu te sois fait du souci, mais je savais que tu ne m'aurais jamais laissée partir si je t'avais demandé l'autorisation d'aller étudier la magie. Je reviendrai prendre ma place quand ma formation sera complète.

— Aucun homme n'acceptera d'épouser une sorcière, rétorqua son père.

— Magicienne, pas sorcière, répliqua la princesse. Je n'ai pas besoin qu'un homme m'épouse. Je peux parfaitement régner à ta suite. J'ai une tête, je sais m'en servir. La magie me permettra de soumettre ceux qui voudront contester mon autorité. C'est la seule offre que je peux te faire. Sinon, renie-moi et adopte officiellement un de tes nombreux bâtards...

— Tiana ! s'offusqua le seigneur. Qu'est-ce que c'est que cette manière de parler à ton père ?

— Je ne voulais pas te manquer de respect, dit-elle. Je m'efforçais juste de t'indiquer toutes les options dont tu disposais... Alors ? Me laisseras-tu étudier la magie ?

— Reviens et nous en discuterons....

— Non père... et inutile d'essayer de gagner du temps, je sais que tes hommes approchent. Ton sceau leur sert de balise n'est-ce pas ? Ils ne pourront pas me ramener. Je ne me laisserai pas faire. Tu risques de perdre la face et pour quel bénéfice ? En revanche, si tu acceptes ma proposition, tu auras un successeur compétent et suffisamment puissant pour maintenir la paix sur tes terres.

— Et où irais-tu étudier ?

— À Drys, leur académie de magie est très réputée...

— Et comment t'acquitterais-tu des frais d'entrée ? lui opposa-t-il encore.

— Les élèves qui réussissent l'épreuve de qualification avec brio sont exemptés de ces frais. J'ai confiance. Je réussirai !

Un long silence accueillit cette dernière tirade, puis le seigneur capitula :

PardOù les histoires vivent. Découvrez maintenant