— À ma fille et à son arrivée parmi nous ! Bienvenue Pard ! Tu es ici chez toi ! cria pour la dixième fois Othrys en brandissant son verre.
— À Pard ! beuglèrent les soldats en réponse, ravis de pouvoir avaler verre après verre sans remontrance.
Les plats circulaient de table en table sous le regard effaré de la jeune fille qui n'avait pas imaginé qu'autant de monde logeait dans la forteresse. Engaris lui, était parfaitement à son aise, bâfrant et buvant comme personne. La métamorphe en revanche se sentait agressée par tout ce bruit, ces yeux qui se tournaient vers elle et scrutaient ses gestes, cette nourriture enfin, trop riche, trop abondante, trop grasse... Les odeurs assaillaient son nez délicat. Ces messieurs n'étaient pas les gens les plus propres du monde. Les effluves de sueurs se mêlaient aux flatulences et aux odeurs de nourriture, sans compter la fumée de la cheminée et le crottin collé sous les semelles de la plupart des convives.
— Tu n'as pas faim Pard ? demanda son père d'une voix inquiète. Tu es souffrante ?
— Ce n'est pas ça, répondit Engaris à sa place. Cette demoiselle est incommodée par son flair.
— Son flair ? répéta Othrys avant de réaliser... Nous puons messieurs ! Tous aux baquets ! Savon et eau chaude pour tout le monde ! Vous m'avez entendu ? Allez vous laver et plus vite que ça !
Il frappa du poing sur la table et la salle se vida en un instant. Engaris s'étira paresseusement.
— Vous allez avoir une pénurie d'eau chaude mon seigneur, dit-il.
— Il y a des sources d'eau chaude dans les sous-sol de la forteresse, répondit Othrys avec un large sourire. En revanche, pour le savon, ce sera plus délicat. Tu te sens mieux ma fille, maintenant que tous mes gars sont partis ? Pardonne-moi, j'oublie que tu n'es pas accoutumée à un tel remue-ménage et j'étais tellement heureux et fier de te présenter à tout le monde !
— Je vous remercie, c'était une délicate attention, fit Pard en souriant elle aussi. Mais un bon bain ne fera de mal à personne j'imagine... Bien au contraire !
— Pourquoi nous regardes-tu ainsi ? s'offusqua Engaris. Nous sentons meilleurs que ces soudards, non ?
— Vous devriez vous mettre un petit morceau de savon de côté, conseilla la jeune fille. Juste au cas où...
— Tu dois avoir envie de te reposer et de te rafraichir toi aussi, fit Othrys en se levant. Viens, je vais te montrer ta chambre !
La pièce en question aurait pu contenir la maison d'enfance de Pard. Elle était assez peu meublée, mais Loyal y avait fait dresser le nécessaire un lit, une grande armoire et un petit cabinet de toilette. Un grand baquet d'eau chaude avait été monté pendant le repas et n'attendait plus que la jeune fille qui en resta bouche bée.
— Nous améliorerons ton confort dans les jours qui viennent, fit le géant près d'elle. J'espère que tu seras suffisamment à l'aise en attendant.
— Père, d'ordinaire, je dors perchée sur une branche ou au creux d'un fourré...
— Comment m'as-tu appelé ? dit-il d'une toute petite voix.
— Père... Vous préférez que je vous appelle seigneur ? demanda la jeune fille craignant de l'avoir vexé.
— Seigneur ? Non ! Non ! Père c'est très bien... C'est magnifique ! Bon, je te laisse un peu d'intimité. Si tu as besoin de moi, je suis juste à côté. À demain ! Bonne nuit ma fille !
Il allait sortir de la pièce lorsque la jeune fille, mue par un élan irrépressible , se jeta à son cou pour l'embrasser. Il toussota pour masquer son émotion et lui caressa les cheveux les yeux brillants.
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Pard
FantasyParce qu'elle est différente Pard doit partir sous peine d'être exécutée par les siens... En quête d'identité et d'une place en ce monde, elle se lance dans un voyage sans destination précise.
