Chapitre 27

1 0 0
                                        


     L'esprit de Gorok était tour à tour un petit lumignon qui clignotait ou un phare dont la lumière la guidait et l'attirait. Pard se hâtait. Le jeune homme n'était pas dans la forêt, mais dans la cité de Drys elle-même. L'idiot ! Pas étonnant qu'il se sente si mal, se dit-elle. Cet endroit n'était pas fait pour lui. La ville était en liesse. Il y avait des fêtards à chaque coin de rue et le seul dont le cœur n'était pas en joie était Gorok. Il était pourtant un de ces héros qui leur avait ramené leur précieuse princesse. Tous ces honneurs étaient pour lui. Hélas, ce n'est pas ce après quoi il soupirait. La jeune fille eut le souffle coupé en découvrant l'étendue de l'amour qu'il portait à son amie Aliéka, l'inconnue de la clairière. Il l'aimait assez pour renoncer à elle. D'autant qu'elle était éprise de son autre compagnon, Ran le guerrier. La métamorphe secoua la tête. Pauvre garçon ! S'il s'était déclaré avant toute cette aventure, peut-être aurait-il eu sa chance !

Elle le trouva seul sur un rempart, regardant sans le voir le paysage toujours printanier offert par les Champs Bénis. Chatte, elle s'assit à hauteur de ses yeux et il fut bien obligé de remarquer sa présence. Il grogna.

— Que me veux-tu le chat ? demanda-t-il.

— Moi ? Rien... C'est toi qui m'a appelée ! répondit-elle.

— Et puis quoi encore ? fit-il sortant complètement de sa rêverie. Je n'ai besoin de ni de toi ni de personne. Tu peux retourner d'où tu viens !

— Pour que tu reviennes pleurnicher dans mon esprit dès que j'aurai tourné les talons ? Non merci ! Tu devrais avoir honte de t'apitoyer sur ton sort de cette manière ! Tes amis sont heureux et en vie. Tu es en vie et en bonne santé. Ton petit cœur vient de connaître son premier chagrin d'amour ? La belle affaire ! Tu t'en remettras ! Dès que tu auras fini de geindre naturellement...

— Je ne geins pas ! protesta-t-il. Je... tu ne peux pas comprendre !

— Explique-moi ! proposa-t-elle. Là, tu as mal et c'est normal. Mais tu sais très bien qu'on ne peut pas forcer les gens à nous aimer. Et puis, elle ne te déteste pas, c'est déjà ça...

— Non, c'est pire ! dit-il. Je l'ai attendue toute ma vie... toute ma vie et elle m'offre son amitié ! Quel imbécile je suis ! Évidemment qu'elle ne pouvait pas tomber amoureuse d'un homme des bois ! Les femmes n'aiment pas les sauvages....

— Tu serais surpris d'apprendre ce que les femmes aiment ou non, déclara Pard en plantant son regard félin dans le sien. Heureusement, la vie ne se résume pas aux relations amoureuses. Il y a d'autres choses qui valent la peine d'être vécues !

— Comme quoi ?

— Comme la forêt et ceux qui y vivent... Ton maître t'a bien appris ça non ? Cette forêt est spéciale, surtout pour les gens comme nous.

— Les gens comme nous ? dit-il. De quoi parles-tu ?

— Des changeurs de forme... Nous oscillons entre deux mondes et nous peinons à trouver notre place. Pourtant, ce monde qui nous est si hostile a désespérément besoin de nous.

— Qui a besoin de moi, je te le demande...

— La forêt, car il lui faut un gardien maintenant que Ti Anh n'est plus, tes amis, parce qu'ils t'aiment réellement et que tu les aimes aussi, moi...

Il la regard en fronçant les sourcils.

— Pourquoi aurais-tu besoin de moi ? Tu te débrouilles très bien toute seule ! Je ne t'ai jamais vu pleurer ni quémander l'aide de personne !

— Ce n'est pas parce que tu ne m'a jamais vu pleurer que je ne pleure pas... Et si je ne quémande pas d'aide, c'est que j'ai toujours été seule. Mais bon ! Reste là à bouder puisque tu aimes ça ! Moi je vais retrouver la forêt

PardOù les histoires vivent. Découvrez maintenant