Pard contempla les quatre petites boules de poils qui étaient venues se réfugier sur son lit et qui dormaient à poings fermés. Les enfants de Matka, comme leur mère, semblaient affectionner la forme de loup... à moins qu'ils ne fussent encore trop jeunes pour en adopter une autre. En prenant soin de ne pas les réveiller, la jeune fille se fraya un chemin jusqu'à la porte. Le village était déjà très animé. Les mégamorphes étaient de grands travailleurs. Tous les ateliers retentissaient du bruit des outils et des cris des ouvriers. Une file d'agriculteurs escortés par des soldats se dirigeaient vers les champs, au sud de la forêt. Les soldats eux-mêmes étaient soit placés en sentinelle, soit à l'exercice. Elle décida de les rejoindre pour les observer.
Cela faisait une bonne semaine qu'elle vivait parmi eux et elle s'étonnait encore de la facilité avec laquelle on l'avait acceptée. Elle était des leurs, nul ne se sentait le besoin d'en savoir plus. Elle s'émerveilla de la dextérité des guerriers qui échangeaient des coups sans blesser ni se blesser. Elle se sentait pour sa part incapable d'être aussi rapide. Combien d'heures d'entraînement avaient-ils dû subir pour atteindre un tel niveau ? D'un geste de la main, le capitaine l'invita à descendre sur le champ de manœuvre. Elle hésita, mais ne voulant pas passer pour une pleutre, s'exécuta. On lui donna pour adversaire un jeune homme tout en muscles et en sourires. Pard sourit en retour, puis sans crier gare, lui décocha un coup de pied dans la mâchoire, qu'il esquissa sans mal. Il attaqua à son tour et la toucha successivement à la tête, à l'épaule, au thorax... Elle eut beau multiplier les tentatives, pas une fois elle ne le prit en défaut.
Après avoir salué les soldats, elle se laissa entraîner par des lavandières en compagnie desquelles, elle battit avec énergie du linge qui n'avait rien demandé à personne. Puis elle façonna des petits pâtés avec les bouchers et récolta de l'osier avec un groupe de femmes qui lui montrèrent comment tresser de petits paniers. Le repas du midi lui fut offert par une vieille femme qu'elle avait aidée à transporter des fagots de bois. La solidarité et la bienveillance se rencontraient à chaque coin du village. Rien de commun avec son ancien clan où chaque famille tentait de tirer la couverture à elle, quitte à dépouiller ses voisins ! Matka vint à sa rencontre en fin d'après-midi. Elle semblait soucieuse. Pard marcha en sa compagnie, attendant qu'elle se confie, ce qui ne tarda pas.
— Un bateau a été repéré au nord, dit-elle sans préambule. Nos guetteurs ont vu deux colonnes de guerriers en sortir. Ils progressent vite et devraient être là demain ou après-demain. Je voulais te prévenir pour que tu puisses faire ton choix et partir avant leur arrivée si tu le souhaites. Personne ne t'en voudra. Ce village n'est pas le tien. Tu as déjà donné beaucoup de toi-même en nous aidant dans nos tâches quotidiennes. Nous ne saurions t'en demander plus.
— Tu me proposes de fuir ? résuma la jeune fille. La réponse est non. Je reste et je me bats. Je ne suis pas une guerrière comme ceux d'ici, mais mon pouvoir devrait vous aider, même modestement.
Matka sourit.
— J'avais un peu peur que tu acceptes de partir, fit-elle. Alors n'en parlons plus. Tiens-toi prête ! Ils peuvent surgir à tout moment.
Ils vinrent à la nuit tombée. Silencieux, le visage peint en noir pour passer inaperçus. Ils sentaient l'acier, le sang et la fumée... la peur aussi. Dans l'obscurité, au creux de l'arbre d'où elle les observait, Pard sourit. Ils faisaient bien d'avoir peur, même s'ils ignoraient ce qui les attendait réellement. Elle patienta, laissant les soldats du village les accueillir et en abattre un certain nombre, mais lorsque le premier mégamorphe fut blessé, elle sortit enfin. Tous les combats se suspendirent quand le gigantesque dragon survola les guerriers et les envahisseurs reculèrent lorsqu'il se posa sur la place centrale. C'était des hommes bien entraînés constata Pard, car en dépit de leur peur, ils ne prirent pas la fuite, mais se regroupèrent autour de leurs chefs. Tant pis pour eux ! Ils avaient laissé passer leur chance...
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Pard
FantasyParce qu'elle est différente Pard doit partir sous peine d'être exécutée par les siens... En quête d'identité et d'une place en ce monde, elle se lance dans un voyage sans destination précise.
