Pard s'habituait à la vie trépidante de la cité. Les odeurs croisées de nourriture et d'effluves humaines ou animales la dérangeaient encore un peu, mais même à cela, elle se faisait. Elle avait installé son quartier général dans le grenier d'une riche maison bourgeoise qui avait l'avantage de se trouver tout près de l'académie de magie. C'est là que les chats sylvestres venaient lui rapporter tout ce qu'ils avaient vu et entendu d'intéressant. Nul ne pouvait entrer ou sortir de la cité sans qu'elle ne le sache. Elle tenait particulièrement Gorok à l'œil. Celui-ci s'était résigné à la trouver sur sa route chaque fois qu'il sortait du bâtiment. La métamorphe avait même l'impression qu'il commençait à apprécier sa compagnie.
Ce matin là il sortit de la cité en compagnie d'un autre jeune homme. Ils se dirigeaient vers la forêt. Pard leur laissa de l'avance, puis elle se changea en aigle pour aller se poster dans les bois. Là, sous sa forme féline, elle se glissa de branche en branche à leur suite. Elle constata avec un pincement au cœur, qu'ils se dirigeaient vers la clairière de Ti Anh. Les esprits animaux avaient ôté tous les corps, mais on voyait toujours les traces de la bataille qui s'était livrée là. Des débris jonchaient le sol, l'herbe était piétinée, arrachée et par endroits subsistaient même des traces de ce sang qui avait coulé en abondance. Elle se sentit submergée par le chagrin, ne pouvant détacher son regard de ce bout de terre où Kadis était tombé.
— Hé le chat ! Calme-toi, gronda la voix de Gorok dans son esprit. Moi aussi ça me fait mal, mais nous avons mieux à faire qu'à pleurer. Je cherche des traces de ce Chom, si tu trouves quelque chose, fais-moi signe !
— La dernière fois que je l'ai vu, il se tenait près du rocher, là-bas, à ta droite, répondit Pard. Il n'est pas parti par ses propres moyens. L'esprit loup m'a dit que c'était sûrement le démon Tiamat qui l'avait aidé à fuir.
— Tiamat ? fit le disciple pensif. Merci le chat, c'est un renseignement précieux... C'est bien ce que je craignais. Il n'y a rien à trouver ici. Je donnerais cher pour connaître au moins la direction dans laquelle il est parti !
— Et moi donc, bougonna la jeune fille... Au fait, j'ai un nom : je m'appelle Pard !
Dans la clairière, le jeune homme leva la tête et la chercha des yeux. Il la repéra facilement en dépit de son pelage rayé de brun. Son compagnon s'approcha de lui, la main sur la garde de son épée.
— Il y a un problème ? Tu as vu quelque chose ? demanda-t-il.
— Non Ran, ce n'est rien d'autre qu'un chat ! fit Gorok en désignant Pard du menton. Je vais récupérer quelques affaires dans la cabane de mon maître, puis nous rentrerons.
— Prends tout le temps dont tu as besoin mon ami, dit le jeune guerrier en posant la main sur l'épaule du géant.
Pard attendit qu'ils ressortent. Le guerrier fut dehors en premier, sans doute pour laisser un peu d'intimité au jeune géant qui finit par émerger à son tour, les paupières rougies, serrant un livre épais contre lui.
— Tu as trouvé quelque chose ? demanda-t-elle curieuse.
— Tu es encore là, toi ? fit-il un peu agressif. Rien qui te concerne...
— Tu as vraiment un caractère épouvantable, dit-elle en s'éloignant.
Les jours suivants, tandis qu'elle maintenait sa surveillance autours de lui, elle s'aperçut que Gorok n'était désagréable qu'avec elle. Avec le reste du monde, c'était le plus gentil garçon du monde, doux et serviable. Que lui avait-elle donc fait ? Peut-être n'aimait-il pas les chats ? À moins que ce ne fut Pard et sa nature un peu trouble qui lui posât problème... Malgré elle, cette animosité à son égard la peinait. Elle en avait eu son comptant pendant toute son enfance. Pourquoi fallait-il que la seule personne qui l'aimait ne soit plus là ? Comme chaque fois qu'elle pensait à Kadis, sa poitrine devint douloureuse.
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Pard
FantasyParce qu'elle est différente Pard doit partir sous peine d'être exécutée par les siens... En quête d'identité et d'une place en ce monde, elle se lance dans un voyage sans destination précise.
