Pard mangea sans même savoir ce qu'elle avalait. L'esprit loup dressé à ses côtés attendait patiemment qu'elle finisse son repas.
— Que vas-tu faire ? lui demanda-t-il enfin.
— Retourner à la clairière et remonter la piste des warts et de leur maître... fit-elle laconique.
— J'ai déjà essayé... Les warts se sont éparpillés dans toutes les directions et leur maître n'a laissé aucune trace. Il n'est pas parti par ses propres moyens. Une puissante magie l'y a aidé... la même magie qui lui a permis d'entrer dans la forêt.
— Un mage l'aurait aidé ? s'étonna Pard.
— Non, répondit l'esprit loup. Aucun mage n'est assez puissant pour forcer nos barrières. Nous y avons veillé. C'est un démon qui a fait ça et je suis prêt à parier qu'il s'agit de Tiamat, la dame du chaos. C'est une vieille ennemie. Ce Chom est sans doute un de ses serviteurs.
— Mais pourquoi voulait-elle attaquer la forêt ?
— Ce n'est pas la forêt qui était visée, mais Ti Anh et seulement elle.
Il baissa la tête accablé.
— J'ai été faible... Je n'ai pas su la défendre. Ni elle, ni mes enfants, ni ton ami...
— Il n'y a qu'un seul responsable de ce massacre et c'est cet homme, gronda Pard. Il va me le payer très cher. Sa mort sera à la hauteur de ses crimes. Où est le disciple de Ti Anh ?
— Gorok ? dit l'esprit loup. Ce garçon ne sait pas plus que toi comment trouver l'assassin de son maître. Il est parti chercher du secours à Drys.
— Alors, je vais moi aussi à Drys... dit Pard. Ce bâtard a dit à Ti Anh qu'il tuerait son disciple quand il en aurait fini avec elle. Si jamais il se montre dans les parages, je serai là ! C'est ma meilleure chance de le retrouver. Mais avant, je dois aller faire mes adieux aux chats sylvestres...
— Il se trouve qu'ils t'attendent, dit doucement le loup spectral. Ils vont rendre hommage à Kadis.
La métamorphe étouffa un gémissement. Kadis... Ce nom creusait comme un trou dans sa poitrine. Elle se mordit la lèvre jusqu'au sang. Elle allait devoir apprendre à vivre avec ce chagrin, jusqu'à ce que sa vengeance soit assouvie.
Les chats sylvestres s'étaient pressés en grand nombre dans leur clairière. Quelqu'un avait porté le corps de Kadis dans la cabane perchée et c'est là que Pard alla le voir pour la dernière fois. Il était sous sa forme de chat, tel que la mort l'avait saisi. Le sang dans son pelage avait été nettoyé, mais elle en sentait encore l'odeur violente. Tendrement, elle caressa sa tête. Froid, inerte, il n'était plus vraiment là. Dire que la veille encore, elle le serrait contre son corps ! Hier, ils avaient un avenir... Aujourd'hui, elle n'avait plus rien. Elle le souleva et le porta à l'extérieur. Un berceau de branches tressées l'attendait. Elle le posa parmi les fleurs et les plumes qui ornaient l'ouvrage. On posa un linge pour le couvrir, quelques pierres sur le linge et l'ensemble fut mis dans le bassin, au cœur de la clairière où il coula.
Un silence de plomb régnait. Tous les chats la regardaient, attendant ses ordres.
— Je m'en vais à Drys, déclara-t-elle.
— Drys, très bien, nous te suivons, dit un gros chat borgne qu'elle voyait pour la première fois.
— J'y vais seule ! répliqua Pard.
— Tu ne peux pas décider à notre place, fit une jolie chatte claire. Nous venons. Nous serons à la fois tes yeux, tes oreilles et ton armée...
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Pard
FantasiParce qu'elle est différente Pard doit partir sous peine d'être exécutée par les siens... En quête d'identité et d'une place en ce monde, elle se lance dans un voyage sans destination précise.
