XIII. Sandor Clegane

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      D'un bond, Tyrion Lannister descend du cheval à la robe isabelle que conduit Mériss. Il se poste devant les naseaux de l'animal et lève la tête vers la jeune femme en souriant. Maintenant les rênes dans ses mains gantées, elle fixe son ami depuis le dos de sa monture. Tyrion pose ses doigts sur le chanfrein de l'étalon.

-Il est temps de nous séparer Mériss, annonce t-il, c'était un plaisir de vous revoir et de converser avec vous malgré les circonstances qui sont les nôtres.

Mériss essaie de graver son sourire dans sa mémoire, celui d'un ami d'autrefois.

-Essayez de rester en vie mon ami, dit-elle, j'espère vous revoir un jour.

Tyrion laisse retomber sa main, sans se départir de son sourire.

-Eh bien, seul le temps nous le dira.

Il se tourne vers Sandor Clegane, silencieux, qui attend Mériss à quelques pas.

-Merci également à toi, Limier, ajoute Tyrion, prends soin de cette jeune dame, je te confie sa vie.

Sandor Clegane hoche la tête, son cheval piaffe, impatient de poursuivre sa route. Le chevalier n'aime pas attendre mais prend sur lui pour ne pas s'éloigner de Mériss. Tyrion s'incline une nouvelle fois devant la jeune femme puis prend le sentier qui serpente la colline. Elle regarde sa silhouette s'effacer au loin, le cœur serré ; puis elle presse les flancs de sa monture pour rejoindre Sandor Clegane au petit galop. Jetant un dernier regard derrière elle, Mériss se demande brièvement où se dirige Tyrion Lannister. Elle se tourne ensuite vers Sandor Clegane qui fixe l'horizon sans rien dire.

-Pourquoi Winterfell ? Demande Mériss, qu'est-ce qu'il y a à Winterfell ? D'ailleurs, est-ce que tu m'y emmène vraiment ?

Il hausse les sourcils en soupirant, il commence à regretter sa décision et regarde les alentours pour voir s'il ne pourrait pas l'abandonner dans une ferme du coin. Mais elle l'interpelle en maintenant le pas de son cheval au rythme du sien pour rester à son niveau. Elle est tellement tenace qu'il esquisse un sourire en coin, amusé.

-Parce qu'à Winterfell, dit-il, il y a des gens comme toi. Parce que peu importe, où que tu ailles en ce monde, personne ne pourra jamais te protéger.

Surprise, elle baisse les épaules, elle culpabilise un peu de lui en avoir voulu pour ces hommes assassinés la veille. Il est clair qu'il cherche à la protéger. Ce chevalier solitaire qui a survécu à la mort et qui marche à ses côtés a l'air d'être quelqu'un de bien en fait. Sandor Clegane lui lance des regards désapprobateurs mais elle sent qu'au fond, il est très humain.

-Merci Sandor Clegane, lâche t-elle finalement.

-Me remercie pas, gronde t-il, continue d'avancer.

-J'ai l'impression d'être une enfant avec toi, marmonne t-elle.

-ça, réplique t-il, c'est parce que t'es un petit oiseau naïf et faible.

-Tu me vois sans doute plus naïve que je ne le suis réellement, dit-elle d'un ton égal.

Il hausse les épaules, elle pince les lèvres avec agacement mais se tait. Devant eux, au-delà d'une vaste étendue herbeuse, située au creux d'un long gouffre de pierre, elle aperçoit des ruines. De hautes tours démolies semblent froisser le ciel gris, prêtes à s'écrouler au moindre tremblement de terre. Mériss s'attend à voir surgir un dragon de ces éboulements lointains des sabots de leurs chevaux. Elle lève les yeux vers Sandor Clegane avec surprise.

 Elle lève les yeux vers Sandor Clegane avec surprise

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-C'est ici Winterfell ?L'interroge t-elle.

Ahuri par la réaction de Mériss, il lâche un ricanement moqueur avant de pointer les tours de son index.

-ça ? Winterfell ? Ces vieilles tours défoncées ne sont pas un château Mériss.

Elle se mord la lèvre inférieure, c'est vrai que même elle qui est étrangère, pouvait deviner que ces gravats n'étaient pas habités.

-Ici, annonce Sandor Clegane, nous sommes à Harrenhal et d'aussi loin que je me souvienne, ces foutus lieux ont toujours été mal fréquentés alors ne restons pas ici plus longtemps.

Il plisse les yeux en se souvenant que son frère y était autrefois, satisfaisant ses pulsions de tortionnaire. Il fait un signe de tête à la jeune femme et ils entraînent leurs chevaux dans un galop les éloignant de la forteresse. Le vent fouette leur visage alors que les longues jambes des étalons distancent les ruines. Le soleil perce doucement les épais nuages, annonçant une après-midi plus clémente. L'herbe encore humide de l'averse nocturne ne tardera pas à sécher sous ses rayons.

-Quel merdier ...


Mériss qui fixait son cheval en flattant son encolure, lève les yeux vers Sandor Clegane et écarquille les yeux en voyant arriver vers eux un groupe d'hommes armés qui marchent dans la plaine. Ils doivent être cinq, le plus petit, à l'arrière, porte un étendard rouge avec un cœur enflammé. Elle se rappelle de ceux qui portaient ces symboles dans Meereen, ils étaient à la fois craints et respectés. Les prêtresses rouges élogiaient souvent Daenerys, faisant d'elle le symbole d'un renouveau divin. Elles parlaient d'un être abstrait, un dieu unique, Maître de la Lumière appelé le Dieu rouge. Le culte de R'hllor ... Elles prophétisaient beaucoup et leur religion ressemblait un peu à ses souvenirs d'enfance. Le sacrifice sanglant, l'élection divine d'un sauveur ou encore la parole unique. Mériss serre les rênes de son cheval, autrement dit, tout ce qui lui faisait froid dans le dos aujourd'hui. Ces hommes encapuchonnés progressent dans l'herbe, Sandor Clegane garde les yeux rivés vers eux, méfiant. Mais à cheval, Mériss ne craint rien. Alors qu'il décide de quand même passer par le même chemin, il glapit en voyant l'homme le plus costaud lever une lance. Il n'a pas le temps de se retourner vers sa compagne de voyage que la lance file à travers les airs, sifflant brièvement avant de se ficher dans le poitrail de l'étalon isabelle de Mériss. Sous le coup, il lâche un hennissement de souffrance avant de s'écrouler de tout son long dans l'herbe, projetant la jeune femme à quelques mètres de lui, à terre. Horrifiée, elle se redresse en gémissant de douleur et contemple, impuissante, l'agonie rapide de son cheval. Le sang se déverse sur l'herbe, abondant.  

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