Amélia se réveilla les membres courbaturés et en proie à un pénible début de migraine. De plus, elle souffrait d'un torticolis, probablement parce que son oreiller avait glissé pendant la nuit, songea-t-elle. La journée commençait mal. Elle s'assit sur son lit, s'étira et ouvrit les yeux. Les évènements de la veille de la nuit ne lui revinrent pas à la mémoire. Elle ne se souvenait pas non plus comment elle était arrivée jusqu'ici. La dernière chose dont elle se rappelait était d'avoir demandé au barman une bouteille de champagne. Il lui restait aussi quelques minuscules fragments de souvenir d'un Kyrian tendre et attentionné. Ou n'était-ce que le fruit de son imagination.
Soudain, un haut-le-cœur la prit par surprise. Elle se leva avec une certaine rapidité et se dirigea en courant vers la salle de bain. Elle eut le temps d'arriver aux toilettes avant de régurgiter le contenu de son estomac. Il ne fallu que quelques secondes à Kyrian pour arriver en courant. Celui-ci l'aida en lui tenant tendrement les cheveux. Lorsqu'elle eut finit, elle s'assit contre le mur, ramena ses jambes vers elle et y posa sa tête. Kyrian s'assit à ses côtés.
- Ça va ? lui demanda-t-il, inquiet.
Elle hocha la tête mais ne pu prononcer ne serait-ce qu'un mot.
- Tu ne supportes pas l'alcool à ce que je vois.
Elle secoua la tête en signe de dénégation. Enfouissant son visage entre ses mains, elle laissa échapper un gémissement affolée. Que lui arrivait-il ? Pour avait-elle bu autant, elle qui d'habitude répugnait à toucher une goutte d'alcool ?
- Va t'en ! finit-elle par lâcher après quelques minutes de silence. Je ne veux pas que tu me voies dans cet état.
- Non, je reste. Mais ne t'inquiète pas, je t'ai déjà vu bien pire. Penses-tu que tu te sentiras mieux dans une heure ou deux ?
- Oui. Parce que je serais morte, dit-elle d'une voix à peine audible.
Il esquissa un sourire, ravi de voir que même malade, elle gardait son ironie et son sens de l'humour.
- Pourrais-tu m'expliquer ce qui t'a tant tracassée au point de boire autant ?
Une fois de plus, elle préféra garder le silence. Elle refusait d'avouer tout haut qu'elle avait été jalouse tout simplement car elle n'admettait pas avoir été emportée par ce sentiment négatif d'insécurité. Kyrian avait raison, le baiser, la danse et tout le reste ne devaient en rien changer leur relation. Son cerveau ne voulait voir q'une réponse quant à son soudain changement d'humeur. Elle était en train de disjoncter, trop de travail, trop de stress, pas assez de sommeil...Après tout, quoi d'étonnant ? Elle ne serait ni la première ni la dernière à craquer sous une pression excessive. Car c'était bien ce qui lui arrivait, non ? Elle avait craqué. Sinon, comment expliquer le fait qu'elle aie bu jusqu'à l'ivresse ?
- Combien de verres ai-je bu ? demanda-t-elle à la place.
- Aucun.
Comme elle le regardait d'un air perplexe, il rajouta :
- Tu as bu directement à la bouteille.
- Et...est-ce que...Ai-je fait quelque chose de mal ? De grave ? Ne me dis pas que j'ai vomi sur un invité !
- Si cela peut te rassurer, le seul invité sur lequel tu t'es acharnée, c'est moi. Sinon, les autres invités ont eu droit à un magnifique discours de ta part.
- Oh non ! cria-t-elle affolée, laissant échapper un soupir plaintif. Rassure moi, il n'était pas...catastrophique ?
- Pas du tout, c'était même très divertissant. Tu as commencé par chanter "Joyeux anniversaire" à la mariée, avant de te rendre compte que c'était son mariage, et non son anniversaire. Puis tu leur as souhaité une belle et heureuse vie ensemble, après leur avoir fait la liste des inconvénients d'une grossesse, comme par exemple, je cite, "des seins aussi fripés que des éponges".
- Oh mon Dieu !
- Tu leur as aussi dit que plus d'un mariage sur deux finissait par un divorce et qu'il y avait beaucoup de chance que ça leur arrive.
- Tu n'es pas obligé de remuer le couteau dans la plaie !
- Ne t'inquiètes pas, les invités oublieront tout ça très vite. Tous éclataient de rire.
Une lueur d'espoir naquit en elle, dissipant ainsi l'inquiétude qu'elle avait.
- C'est vrai ? demanda-t-elle alors.
- Non, répondit-il instantanément. Ils étaient tous choqués. Seule Taliyah explosait de rire en criant haut et fort à qui voulait l'entendre que c'était le meilleur mariage auquel elle avait assisté jusqu'ici.
Amélia laissa échapper un soupir de découragement. À quoi bon nier ? Aucune excuse ne suffirait pour réparer ce qu'elle avait fait. Elle éclata d'un rire nerveux. Au moins ne sera-t-elle pas invitée à d'autres mariages durant les décennies à venir. Il n'y avait qu'à elle qu'une telle chose pouvait arriver.
- Comment vais-je faire pour sortir de cet embarras ?
- Je dois t'avouer que je n'ai pas de réponse, répondit Kyrian. Mais, par contre, j'ai quelque chose qui devrait te remonter le moral. Reste là.
Elle le regarda disparaître dans l'embrasure de la porte. Elle eut le temps de se brosser les dents, puis il revînt, une assiette dans les mains, qu'il lui tendit.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Je pensais que tu aurais faim. La nourriture est le meilleur remède contre les petites peines. Ce sont juste des crêpes, rien de bien difficile.
Elle le remercia d'un hochement de tête, entama sa première crêpe et porta un morceau à sa bouche. Lorsqu'elle eut dévoré les crêpes jusqu'au dernier morceau, elle n'avait toujours aucune idée de la meilleure conduite à tenir. Elle se rabattit donc sur la dernière option : elle enfouie sa tête entre ses mains et ferma les yeux.
- Kyrian, où as-tu appris à cuisiner ? demanda-t-elle, rompant ainsi le pesant silence.
- Ma mère était un vrai cordon bleu. Elle m'a tout enseigné.
"Était"? Au passé. Cela signifiait que sa mère était...Elle ne voulait pas aborder ce sujet tout de suite.
- En tout cas, c'est très gentil de ta part, continua-t-elle. Ça me donne envie de...
- M'embrasser ? dit-il en souriant malicieusement.
- Oui.
- Vraiment ? demanda-t-il visiblement surpris par sa réponse.
- Non, je suis malade, Kyrian, pas folle, ria-t-elle.
- Ravi que tu aies retrouvé ton sens de l'humour, Amélia. Bien, je vais te laisser te doucher.
Il s'apprêtait à tourner les talons quand il entendit :
- Kyrian, merci, murmura t-elle faiblement.
Il resta figé sur place pendant quelques secondes qui lui parurent une éternité. Il voulu répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. C'était bien la première fois qu'il entendait ce mot sortir de sa bouche. Qu'avait dit Jonathan à ce propos ?
"Amélia te remercie ? Surtout ne te pose pas de question et ne t'évanouis pas, elle veut juste te remercier !"
- Il n'y a pas de quoi, finit-il par dire.
Alors il fit volte face et quitta la pièce, un sourire idiot accroché aux lèvres.
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Never Leave Me Again
Roman d'amourSuite à de nombreux échecs amoureux, Amélia Stone n'a qu'une envie: bannir les hommes de sa vie. Lorsqu'elle devient la "gardienne" de l'ancien dealer Kyrian O'Callaghan, elle a alors pour but de l'empêcher de replonger dans ses vices. Mais le ténéb...
