Nija POV
Je me dirige pour la deuxième fois vers la maison d'Enes. C'est une grande maison d'ailleurs, blanche avec des fenêtres un peu partout et un garage sur la droite. Un peu comme les maisons américaines qu'on voit dans Desperate. Mais si on m'avait dit qu'Enes Hunt habitait ici, j'aurais été sûrement morte de rire. Ce n'est pas le genre de garçon que je voyais vivre là, il semble avoir si mauvais caractère ...
Je me rappelle de la réaction qu'il a eu ce matin en me voyant devant sa porte : le "Je peux t'aider bébé ?" avant de remarquer qu'il était en pleine érection matinale et que c'était moi qui me tenait là, devant lui. Haha, je ris en y repensant. Il a du être content que je sois muette après, ça a du le rassurer de savoir que . Mais par contre, il va sûrement se dire que je le fais exprès quand il va me voir ce soir.
Malgré le fait qu'il ait été impoli avec moi dès le premier jour, j'ai apprécié le fait qu'il se soit comporté comme s'il se tenait avec une personne normale avec moi. Du moins, c'est ce qu'il semblait faire en me présentant un beau doigt d'honneur quand je me suis assise près de lui. Personne ne m'avait fait ça depuis mon mutisme. En Russie, les gens étaient toujours au petit soin pour moi, toujours à me demander si j'avais besoin de quelque chose ou autre... .
Je trouvais ça très sympathique de leur part, mais je n'aimais pas être vue comme une personne à part avec mon handicap. Les deux premiers mois, c'est assez réconfortant : malgré votre chagrin et votre mutisme, vous êtes le centre d'intérêt de tout le monde et même votre pire ennemi prend de vos nouvelles. Mais au bout d'un moment, vous vous demandez comment aurait été votre vie sans votre mutisme et puis vous vous dites que les gens ne viennent pas vers vous parce que vous êtes restés vous mêmes mais parce que vous êtes devenus ... "handicapé". Et vous ne voyez plus les choses de la même façon. Alors quand il m'a fait ce geste complétement irrespectueux pour me montrer qu'il n'en avait rien à foutre que je sois muette ou pas, je n'ai pu m'empêcher de rire. Et il a du trouver ça bizarre, non seulement de rire lorsque l'on vous fait un doit d'honneur mais par mon rire sans son. C'est juste que ça faisait longtemps qu'on ne me l'avait pas fait. Enes, lui, m'a surpris et je me suis tout de suite dis que je m'entendrai bien avec lui et que je voulais le connaître d'avantage. Et quand Mr Samson, notre prof d'anglais l'a désigné comme tuteur rien que pour moi, j'ai jubilé intérieurement alors que lui était visiblement très irrité à l'idée de devoir, je sais pas, me "supporter" sûrement. Il n'a pas du comprendre pourquoi je n'ai pas riposté, et il ne comprendra sûrement jamais.
Mais bon, plus le temps de se morfondre, j'ai abandonné ça depuis longtemps. Donc je me dirige vers la porte de sa maison en faisant un petit sourire. Mais j'hésite à frapper. Et si cette fois ci il réagissait vraiment mal ? Le premier jour, quand Enes avait voulu parler à Mr Samson à la fin du cours, j'avais compris que c'était pour lui demander de l'ôter de cette "tâche". C'est vrai quoi ? Quel mec voudrait rester avec une muette pendant deux mois ? Mikhail lui-même n'a pas pu supporté de toute façon donc sur le coup, je ne lui en ai pas voulu, et j'irais jusqu'à dire que je m'y attendais. Mais il n'est pas venu le reste de la semaine et je me suis sentie un peu coupable. Le faisait-il pour bien me montrer qu'il n'acceptait pas de rester avec moi ? Je me suis sentie un peu blessée, c'était un peu bâtard de sa part de faire ça, mais quelque chose me dit qu'il l'aurait aussi fait à n'importe qui. Résultat, je me suis retrouvée dans la même situation que quand j'étais en Russie : tout le monde s'est occupé de moi. Le sentiment d'être normale que j'avais ressenti à ce moment là avait aussitôt disparu. Alors lorsque j'ai demandé (par écrit évidemment) à Mr Samson, l'adresse et le numéro d'Enes, pour que j'aille lui donner les cours, j'ai été soulagée qu'il accepte de me les donner. Je veux vraiment essayer de nouer un lien d'amitié avec Enes, sinon je vais revivre ce que j'ai vécu juste après mon mutisme.
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Speechless
Roman d'amourEnes est le genre de garçon qui n'en a rien à foutre de la vie, voir de lui même. Il en a marre d'aller au lycée, qu'il trouve parfaitement inutile et se retrouve souvent dans une baignoire quand il se réveille à la suite d'une soirée. Lorsque Nija...
