Chapitre 29

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Les quelques jours qui précèdent mon épreuve, je passe une à deux heures dans la salle de musique en compagnie du petit groupe de la dernière fois. Dimitri me file parfois quelques conseils et semble vraiment épaté quand il me voit jouer. Certaines fois je l'écoute, d'autres fois, je fais mine de ne pas le capter parce que ça me saoule. Mais il s'en rend compte très vite et me laisse un peu tranquille.

Ce matin, avant d'aller m'entraîner, je décide de faire un tour chez Maxendre. Quand je lui ai dis que je répétais pour le bac, il s'est foutu de moi. Il n'y croyait pas du tout et m'a demandé si c'était Nija qui m'avait rendu aussi "bon élève". Mais quand il a réalisé que j'étais sérieux, il a cessé de rire et - à mon plus grand étonnement - m'a présenté des excuses.

- T'es bien le seul à avoir continuer tes études, m'avait-il dit avec une pointe d'amertume.

Il avait baissé la tête en fronçant les sourcils et s'était retourné en me disant :

- Va bosser pour avoir ton diplôme. On reprendra quand t'auras fini.

Je savais bien qu'en dehors de moi, il n'avait personne à qui se confier et qu'il redoutait la solitude comme la peste. Mais je n'avais pas objecté. Je m'étais trop battu pour ne pas avoir ce bout de papier qui t'ouvrait les portes des études supérieures et du travail. Je ne voulais pas être comme Nija, ou n'importe quel bon élève qui arrache 17 de moyenne en un claquement de doigts. Je voulais juste prouver à tous ceux qui m'avaient sous-estimés qu'ils n'auraient pas dû le faire. Et je voulais montrer à ma mère qu'elle pouvait être fière de moi ...

Depuis, je n'étais presque pas revenu chez lui. J'étais passé chez lui une ou deux fois mais très rapidement et j'avais vite arrêté. On ne s'était pas contacté non plus, mais pour une raison que j'ignore, j'avais envie de passer voir comment il allait aujourd'hui. Maxendre était du genre à canaliser ses émotions et se cacher derrière l'humour pour faire passer toute sorte de vérité. Mais maintenant qu'il était tout seul, je redoutais qu'il fasse une connerie.

Quand Maxendre m'ouvre la porte, je ne suis pas surpris de voir qu'il n'a pas dormi depuis quelques temps. Les cernes bleues sur son visage et ses yeux un peu jaunis, sont plus que visibles. Un vrai monstre.

- S'lut, me lance-t-il d'une voix grave.

Il n'est même pas étonné de me voir et ouvre la porte avant de retourner s'affaler dans son fauteuil. La maison, elle, est un vrai bordel. Il y a des canettes de soda, et des bouteilles de bière un peu partout. Sans compter les sachets de chips ou autre mal bouffe qui trainent sur la table du salon et dans la cuisine.

- Eh mec, tu pourrais au moins faire du rangement quand tu as des invités, je lance en le fusillant du regard.

Il boit une énième bière sans me regarder. Je soupire lourdement. Il est déprimé et c'est compréhensible. Mais je tiens à avoir mon diplôme et j'ai beau apprécié la compagnie de Maxendre désormais, je ne tiens pas pour autant à tout foutre en l'air.

- Si tu veux manger, tu connais la maison.

Sa voix est pâteuse, et pas agréable à entendre. Je lève les yeux au ciel et le laisse faire sa mini crise le temps d'une matinée. Parce que je ne compte pas le supporter comme ça toute la journée. Je me dirige vers lui et lui lâche un sachet de vêtements, qu'il n'avait même pas remarqué en m'ouvrant la porte.

- Tiens, je lui balance, des vêtements propres. Arrête de t'habiller comme un clodo, t'es pas encore mort.

Je dis ça ironiquement, mais quand je le vois comme ça, je me demande si ce n'est pas la voie qu'il va choisir. Si tout ça n'est pas trop lourd pour ses épaules. Maxendre n'aime pas les affaires sérieuses, il les fuit. Alors qu'il se démène pour trouver le meurtrier d'Am, me laisse sceptique.

SpeechlessOù les histoires vivent. Découvrez maintenant