Chapitre 19

10.3K 663 104
                                        

Cela fait maintenant trois jours que Nija vient chez moi préparer le bac, trois jours que mon regard est plus porté sur elle que sur mes cahiers, trois jours qu'elle m'aide et qu'elle donne son maximum pour que je sache le nécessaire le jour J. Trois jours de frustration d'être à la fois si proche et si éloigné d'elle.

Avant je m'en moquais pas mal du bac. Le diplôme ne représentait qu'un simple bout de papier qui te donnait l'accès aux études supérieures et au monde du travail et bien que cela puisse choquer, je trouvais ça ridicule que l'on puisse juger tes capacités à travailler en jugeant tes capacités intellectuelles.

Mais maintenant que Nija restait avec moi, j'y trouvais un certain intérêt et elle ne semblait pas s'ennuyer non plus. On travaillait le matin et on préparait le déjeuner ensuite. D'ailleurs je lui laissais souvent le plaisir de le préparer seule uniuement parce que j'aimais la voir cuisiner. Ca me donnait l'impression qu'elle vivait ici. Mais quand, après avoir senti mon regard sur elle, elle se retournait, je rabbatais mes yeux comme un vieux con sur mon cahier et j'attendais quelques minutes avant de la fixer de nouveau jusqu'à apercevoir ses joues prendre une teinte rosée et souvent un petit sourire sur les lèvres.

Je ne ne lui avais pas demandé la cause du petit geste tendre dont elle avait preuve envers moi en m'embrassant sur la joue pour la simple et bonne raison que je ne voulais pas le savoir. D'une part parce que ça aurait créé une gêne entre nous à cause de ce que je lui avais dis un petit peu plus tôt au sujet de notre prétendue amitié, de l'autre parce qu'elle aurait très bien pu me dire qu'elle regrettait son acte et je ne voulais en aucun cas, le savoir. Il avait été si spontané que c'était sûrement pour cela que je l'avais autant apprécié. Un peu comme si elle me prouvait, une fois de plus, qu'au fond, elle m'aimait bien. Pauvre de toi mon pote.

J'observe mon reflet dans le miroir de la salle de bains. Encore humide après avoir passé un peu d'eau dessus, les gouttes semblent faire la course jusqu'à mon menton en dévalant mon visage. J'attrape ma serviette et tamponne doucement. Nija est en bas en train de regarder la télé. Ce matin on a finit de faire les dossiers de langue. Gros bordel d'ailleurs je ne m'y retrouvais pas du tout mais bien sur, elle les avait déjà fait elle, donc c'est allé assez vite. Elle m'a même demandé de présenter un sujet et si au début, je lui ai bien fais comprendre de laisser tomber, j'avais fini par me prendre au jeu, non sans rouler des yeux, après qu'elle m'ait supplié de le faire. Sa bonne humeur me contaminait et j'aimais son côté humble. Elle n'avait jamais cherché à me corriger, et m'avait écris quelques mots quand elle voyait que je restais silencieux. Au cours de mon interrogation, j'avais remarqué la douceur et la joie dans ses yeux quand elle les plongeait dans les miens. Je ne savais pas si c'était parce que j'avais accepté de le faire ou juste parce qu'elle était ici et qu'elle s'y plaisait mais j'en avais été tellement perturbé que j'avais arrêté de parler pendant un moment avant de reprendre après un claquement de doigts de sa part pour me réveiller. Et j'avais fini, l'air grave pour essayer de ne pas lui montrer l'ascendant qu'elle avait sur moi. Au final, je m'étais même rendu compte que je n'étais pas si nul en espagnol et anglais, et intérieurement, j'en étais satisfait.

Quand je descends, je retrouve effectivement Nija sur le canapé, ses jambes, repliées et serrées contre sa poitrine. Elle a l'air captivé par ce qu'il y a à l'écran et elle est morte de rire à certains moments. De dos, je vois ses épaules qui sont légèrement secouées et ses joues qui s'étirent en rigolant et quand je jette un coup d'oeil, je ne peux m'empêcher d'émettre un petit rire moqueur qui la fait se retourner.

" On dirait que c'est la première fois que tu regardes Les Simpson."

Elle rigole elle aussi et c'est quand elle hoche la tête que je réalise ce qu'elle vient de me dire.

SpeechlessOù les histoires vivent. Découvrez maintenant