Chapitre 18

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"Ok, j'abandonne !"

Je repousse mon cahier de maths et la feuille d'exercices qui sont devant moi et me relâche sur le dossier de la chaise. Nija, stylo en bouche, lève sa tête vers moi.

- J'en ai marre, je rajoute.

Elle rigole doucement puis ferme son livre d'exercices de maths pour venir s'asseoir près de moi. Je me redresse aussitôt. Lorsque son genou touche le mien, je me contracte. Il n'y a pas plus ridicule que mon comportement mais le moindre de ses gestes quand elle me touche me procure une sensation que je n'arrive toujours pas à décrire.

Elle fait passer ses cheveux de l'autre coté de sa tête et je capte tous ses mouvements. Je remarque qu'elle a un grain de beauté juste en bas de son oreille droite et je ressens l'envie de découvrir tous ceux qui se cachent sur son corps. La chemise blanche qu'elle porte la rend aérienne et laisse entrevoir sa peau légèrement bronzée en dessous.

Nija ne remarque pas mon regard insistant sur elle et commence à écrire l'équation. Je porte attention à ce qu'elle fait et elle se retourne souvent en me souriant pour savoir si je comprends. En vérité je comprends que dalle mais ça me plait qu'elle m'explique. J'aime savoir qu'elle souhaite ma réussite, ça prouve son intérêt pour moi.

Après mon speech d'hier, j'avais l'impression que quelques chose avait changé en elle à mon égard. Mais en rentrant hier soir, les avertissements de Maxendre et le rapprochement que Kyle avait voulu opiné avec elle me sont revenus en pleine face. J'étais en train de me foutre royalement dans la merde et je devais obligatoirement mettre les choses au clair avec elle ; autrement dit qu'il n'y avait rien entre nous. Juste de l'amitié. Pas plus.

Je ne le disais jamais mais je la considérais comme une amie. Bien que je la connaissais depuis presque deux mois, comparé aux autres. Ma volonté de rester près d'elle était assez visible et je ne comprenais toujours pas pourquoi elle m'en avait voulu au sujet du surnom - stupide quand on y pense - que je lui avais donné. Je ne m'étais d'ailleurs pas excusé mais sa détresse face à moi m'avait fait réaliser à quel point le poids de son mutisme était lourd sur ses épaules.

Je n'avais pas pensé au fait qu'elle ait pu être victime de moqueries quand elle était plus jeune ou autre. C'est vrai après tout, n'était-elle pas née comme ça ? Je ne voulais pas lui demander parce que je savais pertinemment que ce sujet m'énerverait. Le fait qu'on ait pu se moquer d'elle de quelque façon que ce soit, qu'on l'ait fait souffrir ou même plus : qu'on l'ait approchée de manière plus intime, qui dépasse l'amitié. Pour moi, il était évident qu'elle ait eu un copain, voir plusieurs. Le contraire m'étonnerait. Je refuse de croire que je suis le seul garçon qui a ce désir de ne l'avoir rien que pour lui à chaque fois qu'on croise son regard. Et rien que d'y penser, rien que d'imaginer un mec déposer ses lèvres sur les siennes ou sur sa peau, me révulse.

Je ne m'occupe même plus de l'exercice de maths tant je suis envahi de questions à son propos. Je regarde l'horloge dans la cuisine : 12:30. Ça va faire trois heures et demi qu'elle est là. J'ai faim mais je ne veux pas la déranger pendant qu'elle résout ce truc. Elle aime ça, ça se voit. Je veux dire, pas seulement les mathématiques mais travailler. Il y a une lueur dans ses yeux quand elle bosse et, aussi malheureux que cela puisse être, elle me fait penser à un certain petit garçon qui aimait travailler et voulait toujours être premier de la classe il fut un temps. Époque révolue ...

Quand elle finit enfin, elle se tourne de nouveau vers moi et je hoche la tête pour lui approuver ma compréhension. Elle arque un sourcil. Elle n'est pas conne. On se fixe, puis je lui lance :

- En même temps tu parles pas, comment je fais pour comprendre ?

Elle ouvre grands ses yeux et je me demande si je n'aurais pas mieux fais de la fermer plutôt que de sortir une connerie pareille. Mais non, contre toute attente, elle se met à rigoler. Ce rire sans bruit qui laisse entrevoir ses dents blanches et que je souhaiterais tout de même, constamment voir sur son visage quand elle est avec moi. Un rictus se forme au coin de mes lèvres face à cette vision d'elle, amusée. Elle souffle, sûrement fatiguée par cette matinée, regarde l'heure sur sa montre et se lève.

SpeechlessOù les histoires vivent. Découvrez maintenant