Seize

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 Le corps tout entier de la reine se raidit. Elle poussa un autre soupir, plein d'amertume et de colère, avant d'ordonner froidement :

— Soit ! Que vous le fassiez venir ! Je ne me déplacerai point pour un sot pareil.

— Majesté, rétorqua le général Gabriel Young, gêné, êtes-vous sûre de vouloir le recevoir ici ?

— Oui. Mon frère ne me fera rien, normalement. Il est assez dans l'embarras comme ça. Faites vite !

— À vos ordres, Majesté, riposta l'autre général.

L'homme à la chevelure rose le suivit, et ils disparurent dans le labyrinthe. Thémy regarda la reine : elle ne lâcha pas l'horizon des yeux, le regard aussi rigide que ses membres. Elle s'assit abruptement sur sa chaise, tel un automate dépourvu de grâce, avant de croiser les jambes, d'entremêler ses doigts entre eux, le regard sévère. Puis, la reine grogna :

— Gardez votre main proche de votre épée, Thémy. Et restez près de moi. Mon frère est bien un étrange personnage.

— À vos ordres, Majesté.

Les minutes passèrent, mais rien ne se passa. Un calme terrible étouffa la Marionnette, qui eut l'impression de manquer d'air. Comme la souveraine, il ne lâcha pas des yeux l'entrée menant au cœur du labyrinthe. Il entendit son cœur battre dans sa poitrine, qui résonnait dans ses oreilles. Un flot de questions le submergea, et les réponses semblaient enfouies dans la dense vase de l'inconnu. Thémy ravala sa salive difficilement.

Puis, les généraux refirent leur apparition et, cette fois-ci, au complet. La Marionnette aperçut furtivement le regard délirant du général Michel Igalle, qui semblait ne même pas comprendre ce qu'il se passait. Les trois généraux encadraient une quatrième silhouette qui se déplaçait d'un pas léger. Ainsi, la reine se leva alors.

— Yann-Elric. Roi d'Hafalael.

— Ma sœur ! Cela fait si longtemps.

Il prit place sur une chaise, sans en avoir été invité, juste en face de la reine, avant de pousser un long soupir. Puis, le roi d'Hafalael reprit la parole :

— Si tu savais à quel point je suis exténué ! La route a été longue. Et passer tes frontières n'ont pas été de tout repos. On ne peut rien dire, niveau sécurité, ton pays est plus sûr que le Paradis lui-même ! plaisanta-t-il.

— J'aimerais savoir la raison de ta venue ici, dit-elle simplement. Que me veux-tu ?

Les généraux étaient restés en retrait, devant le passage taillé dans les haies, fixant la scène avec méfiance. Entre-temps, Laureline avait refait elle aussi apparition, pour apporter silencieusement un nouveau plateau avec théière, tasses, biscuits. Elle repartit aussi vite qu'elle était venue. La Marionnette se concentra sur ce prénommé Yann-Elric, roi d'Hafalael. C'était un homme grand, fin – étrangement fin. Il avait les mêmes yeux vert-de-gris que sa sœur, et ses cheveux avaient cette même teinte châtain clair. Son visage était plus fin, plus anguleux : sa mâchoire était bien plus prononcée. Sa chevelure était coupée ras sur les côtés, mais bien plus longue sur le haut de son crâne. Il était vêtu comme un simple soldat, dans un uniforme vert sombre sans la moindre décoration militaire, aucune trace de sang royal coulant dans ses veines était visible dans son accoutrement : pas de couronne, pas de fanion. Une longue épée reposait contre sa cuisse gauche, dont le pommeau arborait les deux moitiés d'une étoile à huit branches, séparées par une main, un symbole taillé dans une pierre translucide.

Yann-Elric explosa de rire.

— Mais voyons, ma sœur, où sont passées tes bonnes manières ? Je viens à ta rencontre, la mine digne d'un mendiant, et toi la première chose que tu me réclames, c'est de savoir le pourquoi du comment je suis ici !

Bad Love Cursed RomanceDes histoires addictives. Découvrez maintenant