Deux jours plus tard, ils aperçurent des cheminées.
La Maison, elle, restait inaccessible, mais elle semblait les surveiller d'où elle se trouvait, épiant ces étrangers et les oppressant par sa présence pratiquement mythique. Le vent s'était levé, des nuages de poussière agressaient leur visage et leurs membres découverts, mais personne ne voulut ralentir la cadence. Ces vagues cinglantes brûlaient leurs yeux et meurtrissaient leurs tympans. Les créatures continuèrent toutefois d'avancer, le groupe continua d'endurer sans se plaindre.
Puis, ils ne purent cacher leur stupéfaction en voyant ce qu'il semblait se rapprocher d'un bourg, à l'horizon, s'élevant du néant grisâtre qui les emprisonnait. L'idée qu'une lueur d'humanité leur faisait face, à quelques kilomètres, à travers les nuages de poussière, soulagea étrangement le garde du corps de la reine.
Ils s'arrêtèrent un instant pour savoir s'ils devaient contourner ce semblant de village, ou le traverser. Les cheminées n'échappaient aucune fumée, et aucun brouhaha lointain ne venait chatouiller leur ouïe. Le plus logique était évidemment d'éviter le village – avec le risque élevé de croiser des soldats ochasiens qui pourraient lancer l'appel –, mais Kenji ne fut pas de cet avis :
— Peut-être que le village est abandonné, lança-t-il. Je veux dire... vous pensez que c'est habité, ça ?
— Nous ne sommes pas assez près pour en être sûrs.
— Mais aucune cheminée n'est allumée, Nastya ! Ne me fais pas croire qu'on ne vit pas ici avec un feu allumé en permanence.
— C'est périlleux, rétorqua Eloïse. Des soldats peuvent nous tomber dessus, ou les habitants pourraient lancer l'alerte. Et non, Thémy, nous n'allons point raser le premier village que nous croisons, peu importe la raison !
La Marionnette ouvrit la bouche pour lui répondre, mais la ferma immédiatement.
Il ne pouvait nier le fait qu'Eloïse avait vu juste sur ses intentions.
La Marionnette au troisième œil reprit alors, calmement, en croisant les bras :
— Alors oui, mais non. Si les habitants sont seuls, sans soldat, comment tu veux qu'ils les préviennent ? On traverse le pays avec des foutus chevaux modifiés et super rapides. Comment tu veux qu'ils nous rattrapent, si de potentiels habitants les préviennent ?
— Ils ont une wyverne avec eux, Kenji.
— Et alors ?
Le vent avait commencé à s'intensifier, dégradant la météo. La toux les gagna alors que, obligés de fermer les yeux pour ne pas sentir la poussière leur agresser la rétine, ils furent paralysés pendant des secondes qui parurent être des heures. La visibilité s'était drastiquement réduite : ils ne voyaient rien à partir de cinq mètres devant eux. Quand les rafales se calmèrent légèrement, Thémy lança simplement :
— On ne peut pas continuer comme ça. Il faut qu'on s'abrite.
— Pour une fois que tu proposes quelque chose qui n'incite pas d'incendier des maisons entières ou de trucider des gens !
— Ferme-la deux minutes, Kenji !
— Thémy a raison, renchérit Anastasia après une quinte de toux. Nous n'avons pas le choix. Mon général ?
Les Marionnettes se tournèrent vers l'homme, qui avait gardé le silence depuis le début. Le maître en Sombre Alchimie se contenta de hocher la tête, puis de donner un coup sur les rênes de Venjeto. Tous les autres svadilfaris suivirent le mouvement, et se dirigèrent vers le village.
Les rafales devenaient si violentes que même les créatures avaient du mal à lutter. Malgré ses lèvres pincées, la Marionnette sentait la poussière s'infiltrer dans sa bouche, danser entre ses dents et sa langue, puis lui irriter l'œsophage. Le village prit de l'ampleur – même s'il restait profondément désolé : une rue principale, longée par des bâtisses étriquées en pierre et en bois, parfois même en ruine. Des briques s'étaient écrasées au sol, devant la façade des habitations. Des arbres morts décoraient l'entrée du village, ainsi que des tonneaux et des caisses éventrés, abandonnés à cette nature fatiguée.
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Bad Love Cursed Romance
FantasyProtéger le royaume. Protéger le château. Protéger la reine. Voilà sa vocation. Thémy est une Marionnette, c'est-à-dire une créature dépourvue de conscience façonnée dans le but de servir son créateur. Lui et les cent neuf autres Marionnettes n'ont...
