La tempête s'était calmée quelques heures plus tard. Le général Michel Igalle en avait informés les Marionnettes lorsqu'il les avait réveillées.
Ils avaient aussitôt repris la route en direction de la Maison. Le cœur de Thémy battait à la chamade. Combien de temps avaient-ils perdu ? Combien de secondes leur avaient échappé ? Pouvaient-ils rattrapé leur retard ? Est-ce que le destin de la reine avait été scellé pendant leur emprisonnement, leur soumission aux vents violents emplis de poussière ?
Le garde du corps de la reine n'avait pas la force d'affronter de telles questions sans réponse, mais son esprit était indocile. Thémy s'était laissé étrangler par son angoisse pendant qu'ils se préparaient à fouler de nouveau les terres stériles de l'Ochas.
Les svadilfaris étaient sains et saufs. On aurait dit que la tempête ne leur avait fait ni chaud, ni froid. Ils montèrent sur les créatures et partirent sur-le-champ, sous un ciel sans étoile, sous une Servante livide. Les chevaux galopèrent à un rythme effréné, leurs sabots battant la terre sèche dans un tempo impossible à suivre. Une mélodie funèbre pour un cortège vengeur.
Les mêmes paysages morts, la même désolation. Thémy avait appris à se désintéresser du monde qui l'entourait. De toute façon, tout ce que ses yeux rencontraient appartenait à l'ennemi : comment pouvait-il admirer cela ? Tout ce que possédait Kim d'Ochas était laid, terrible. Ses terribles fantaisies de dévastation, ses rêves d'une terre brûlée et d'une rancœur apaisée, le berçaient pendant l'intégralité du trajet.
La Maison s'approchait inévitablement. Elle semblait ouvrir ses bras décharnées et malades pour accueillir cette bien étrange escouade, comme une grand-mère gravement malade embrassant pour la dernière fois son enfant.
Mais qui pouvait se douter que sa progéniture cachait un poignard derrière son dos ?
Sur leur gauche, une colline de terre grise, où une vulgaire tour en ruine se dressait. Ils croisèrent des charrettes détruites et pourries sur le chemin, alors que les svadilfaris avaient ralenti la cadence. Même modifiés, les chevaux avaient une limite. La Servante allait céder son trône à la Majeure lorsque le maître en Sombre Alchimie déclara qu'ils avaient à faire une pause. Thémy était bien évidemment contre, mais son corps douloureux lui criait de s'arrêter. Le garde du corps posa le pied à terre dans un grognement lassé.
Soudain, un violent vertige le gagna. Si Kenji ne l'avait pas attrapé par le bras à temps, le garde du corps de la reine serait tombé tête la première sur le sol poussiéreux et dur comme de la pierre.
Ils se trouvaient près d'un ruisseau. Que fut la surprise de Thémy d'apercevoir que de l'eau coulait dans le lit grisâtre et peu profond ! Cela réanima l'agonie de sa gorge desséchée.
— Assieds-toi, ordonna la Marionnette au troisième œil en tirant le bras de son confrère, tout en se baissant pour rejoindre le sol. On doit se poser un peu.
Kenji, lui aussi, semblait exténué. N'avaient-ils pas tous dormi, pourtant ? Thémy regarda les deux autres Marionnettes : malgré son altitude habituellement inébranlable, Anastasia fronçait les sourcils, les yeux plissés et le dos voûté. Eloïse se tenait la tête, comme si sa boîte crânienne s'était alourdie à cause de toutes les craintes envahissantes qui naissaient en elle.
Finalement, tous avaient une mine affreuse.
À son tour, le général Michel Igalle s'assit. Tous étaient positionnés en cercle. L'homme déclara d'un ton détaché, en fouillant dans sa sacoche :
— Le sang. Vous n'en avez pas bu, après l'attaque des soldats.
Un silence. Thémy regarda ses confrères : tous arboraient une mine prudente, les yeux rivés sur le maître en Sombre Alchimie. Ce dernier articula, sans les regarder, toujours en fouillant dans son sac :
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Bad Love Cursed Romance
FantasiProtéger le royaume. Protéger le château. Protéger la reine. Voilà sa vocation. Thémy est une Marionnette, c'est-à-dire une créature dépourvue de conscience façonnée dans le but de servir son créateur. Lui et les cent neuf autres Marionnettes n'ont...
