Il scruta la plaine vallonnée qui semblait s'étendre jusqu'à l'infini, sous un ciel assombri, de l'entrée de sa tente. Au loin, des gigantesques arbres dépourvus de feuilles, aux branches levées vers le ciel, déchiraient le firmament. La Servante l'observait en silence. Les étoiles avaient déserté le champ de bataille, comme les troupes hafalaeliennes quelques heures auparavant.
Son armée grignotait du terrain, de jour au jour. Depuis la déclaration de guerre, il y a cela une dizaine de mois, ses hommes foulaient l'Hafalael sans relâche, en harcelant l'adversaire qui ne faisait que se replier vers la capitale, à l'autre bout du pays. Les généraux avaient été clairs, sur cela : s'ils devaient atteindre les portes du château de Yann-Elric d'Hafalael pour lui soutirer l'armistice, ils le feraient. Mais le frère de la reine ne semblait pas décidé à faire cesser cette guerre absurde, qui ruinait ses terres et décimait ses citoyens.
L'objectif suivant était simple : assiéger l'une des villes les plus importantes du pays, Sholia. Avec ses hauts murs et son artisanat dont la renommée était mondiale, elle était l'une des places commerciales majeures de l'Hafalael. La prendre d'assaut serait déterminant pour la suite de la guerre : cela pourrait faire pression sur le roi en lui coupant accès à des ressources primordiales, et en stoppant son économie déjà mis à mal avec le début des conflits et sa tournure peu avantageuse pour le souverain. De plus, cela permettrait aussi aux soldats de faire une halte dans leur périple. L'acheminement des vivres était bien lent, ce qui fatiguait davantage les hommes affamés, en raison des paysages montagneux et des chemins accidentés, mais aussi à cause des nombreux raids organisés par des troupiers ennemis errants, désespérés de voir leur glorieux pays assujetti à un royaume voisin.
Une brise effleura son visage, seule partie de son corps découverte. Une armure noir de jais le recouvrait, des solerets jusqu'aux gantelets. Le vent faisait claquer la sombre cape accrochée à ses épaulettes, décorée des armoiries du royaume de l'Obscurum, accompagnée en dessous d'un singulier cercle habité de multiples triangles étriqués, en rythme avec les pans abîmés de sa tente. Son regard se leva vers les chaînes de montagne qui se dressaient devant lui, à des journées de marche de leur campement temporaire : Sholia s'y situait en son sein, en hauteur, menaçante avec ses tours en pierre élancées et crénelées. Comment s'y rendre en attirant le moins d'attention possible ? Il laissa le déroulement de cette tâche pratiquement impossible à l'esprit retors des généraux.
Soudain, il entendit des pas se rapprocher. Par réflexe, l'une de ses mains se referma sur le pommeau de son épée, reposée contre sa hanche, et l'autre frôla le fusil qu'il portait en bandoulière. Quelqu'un sortait de la tente et allait à sa rencontre. Il se tourna, et rencontra les yeux froids du général Baptiste Lyraispaix.
L'homme le salua, puis effectua une révérence.
— Majesté, lança le général d'un ton monotone, vous avez de la visite. Votre respectable personne est requise.
Thémy hocha simplement la tête, et lui fit signe de se relever. Le général tourna immédiatement les talons et s'engouffra de nouveau dans la tente, suivi de près par la Marionnette qui redressa légèrement la couronne blanchâtre dressée sur sa tête.
La tente était éclairée par des chandelles dissimulées un peu partout, sur tous les meubles. Au centre, se trouvait une table circulaire, où étaient assis autour les deux autres généraux, ainsi qu'un homme d'un certain âge, aux yeux rendus globuleux à cause des verres épais de ses besicles, à la calvitie avancée et au costume d'apparat militaire impeccable. Thémy ne put se retenir de sourire en voyant son Premier ministre – et proche conseiller – malgré la déception amère qui lui pinçait le cœur.
À son arrivée, les deux autres généraux se levèrent et se mirent au garde-à-vous. Le Premier ministre se redressa aussi, en esquissant un sourire bienveillant – voire paternel – à la Marionnette. Il était encadré par deux hommes, dont l'un tenait une oriflamme décorée des symboles de l'Ochas. Les autres rares soldats présents dans la tente imitèrent les généraux, certains après avoir refermé les pans de la tente, les coupant du reste du monde.
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Bad Love Cursed Romance
FantasyProtéger le royaume. Protéger le château. Protéger la reine. Voilà sa vocation. Thémy est une Marionnette, c'est-à-dire une créature dépourvue de conscience façonnée dans le but de servir son créateur. Lui et les cent neuf autres Marionnettes n'ont...
