Vingt-quatre

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 Les svadilfaris foncèrent vers la Maison. Le cœur du garde du corps de la reine palpitait avec une force herculéenne, prêt à déchirer sa poitrine pour se dévoiler au grand jour.

Le plan était simple : il n'y en avait tout simplement pas. Enfin, pas au premier abord. Ils devaient forcer les portes gigantesques des murs encerclant la Maison : après, le carnage débuterait. Thémy était prêt à tuer femmes et enfants si cela était nécessaire pour ramener la reine en Obscurum.

Il sentait la rage noyait sa raison comme un alcoolique plongeant tête baissée dans sa pinte. La Sombre Alchimie n'avait rien à voir avec son état d'âme.

Les créatures accélèrent la cadence. Puis, l'homme et les Marionnettes entendirent un bruit saisissant, qui résonna jusqu'à leurs os.

— On nous tire dessus ! tempêta Kenji, en se redressant instinctivement et en préparant son fusil, pour riposter.

La haine tiraillait ses traits. Sans attendre un ordre, les svadilfaris se mirent à partir dans tous les sens, comme totalement paniqués par les coups de feu, tout en galopant de plus en plus vite. Ils n'hennirent pas. Les créatures conservaient un calme surnaturel tout en évitant les balles. Thémy força toutefois Seize à se rapprocher de plus en plus des remparts.

Une balle lui frôla le bras, et alla s'enfoncer dans la terre sèche derrière lui, faisant s'envoler de la poussière.

Les pierres sombres des murs étaient dans un piteux état. Certaines s'étaient effondrées, jonchant le sol grisâtre. Les brèches étaient colmatées avec des planches en bois. Le garde du corps de la reine avait l'impression que, en poussant une unique pierre, tout allait s'effondrer comme un vulgaire château de cartes sous la patte nonchalante d'un chat. Les fusils chantaient au-dessus de sa tête.

Puis, Thémy atteignit les portes : lourdes et titanesques, hésitantes à s'ouvrir face à un nabot comme lui. Il sauta par-dessus Seize pour forcer l'ouverture, utilisant son épaule en guise de bélier. Rien ne se produisit. Elles étaient verrouillées de l'intérieur.

En tuant une grimace de douleur et en se massant le haut de son bras, la Marionnette jeta un vif regard dans son dos : les autres svadilfaris poursuivaient leurs pitreries, virevoltant entre les balles des fusils. D'où il était, Thémy pouvait entendre les cris de frustration des hommes du roi d'Ochas. Certains hurlaient d'utiliser les canons. D'autres répondaient qu'ils n'avaient pas assez de munitions. Ses confrères utilisaient l'usure pour mettre en déroute l'ennemi...

Thémy leva les yeux en l'air. Il estima l'hauteur des murs à environ six mètres.

Il lança un dernier regard en arrière. Un frisson parcourut son échine.

Malgré la distance entre lui et les autres, Thémy sentait les yeux du général Michel Igalle se poser sur lui.

Ses sens s'exacerbèrent soudainement. Thémy observa le mur de plus près : le moindre défaut, mais surtout chaque prise potentielle, se présentèrent à lui. Ce fut comme ces pierres apparaissaient plus clairement que le reste des remparts, devenu brouillardeux. Frôlant le mur de la pulpe des doigts, la Marionnette savait spontanément si une pierre risquait de s'effriter ou de le soutenir.

Il s'élança, et escalada le mur.

Malgré la fureur qui brûlait dans ses veines et son impatience qui nourrissait son angoisse, le garde du corps de la reine prit son temps, désirant être le plus discret possible – de plus, il était bien conscient que le moindre mouvement de travers pouvait lui être fatal. Mais les soldats étaient bien trop affairés avec les autres, qui continuèrent à leur filer entre les doigts, pour le remarquer. Thémy continua son ascension. Quand il sentit une pierre se fracturer sous ses doigts, tout son corps se raidit d'une peur primaire : la Marionnette se rattrapa de justesse, en expirant profondément par le nez.

Bad Love Cursed RomanceDes histoires addictives. Découvrez maintenant