Une flemme de haut niveau m'accable en rentrant de la randonnée. Je dois pourtant passer outre : j'ai prévu une soirée au cinéma de Nantes avec Fabio. La lose ultime.
Je le retrouve devant le Pathé Gaumont vers dix-neuf heures alors qu'il essaie de rabattre correctement le col de sa chemise. Ça me fait pouffer.
— T'aurais pu mettre tes sweats pleins de transpi, ça ne m'aurait pas choquée.
— Content de te voir aussi !
— Ça va, souffle un coup.
Je me hisse sur la pointe des pieds pour l'aider à bien plier son col. Notre proximité soudaine me déroute et je m'écarte brusquement.
— On va voir quoi ? je lance en m'engouffrant dans le cinéma.
— C'est toi la cinéphile, choisis !
— Pff, ton père a une bibliothèque de DVD bien plus grande que le mien. J'suis sûre que t'es plus calé que moi sur le sujet.
Je me mords la joue. Merde. Quelle cruche de parler de son père.
— Ça va, souffle un coup, il me renvoie. On peut prononcer son nom, il reste mon père.
Je me détends et étudie les affiches des différents films qui s'offrent à nous.
— Il est revenu, en plus, me prévient Fabio. Enfin, ils ont parlé avec ma mère.
— Et à toi, il t'a parlé ?
— Je suppose qu'ils veulent régler leurs affaires ensemble avant.
Je pose ma main sur son épaules bossues par les muscles.
— Ça ira.
— J'espère.
Nous choisissons d'aller voir un film d'action américain bien boum boum pour nous changer les idées. Ce n'est pas mon style mais, après tout, n'ai-je pas commencé aujourd'hui mon chemin vers l'abolition de mon égocentrisme ?
On prend un gros paquet de pop-corn sucrés, un choix pour lequel nous sommes d'accord tous les deux. J'essaie durant le film de ne pas être gênée à chaque fois que nos mains se frôlent en prenant une poignée. Par moments, ma concentration s'échappe de l'écran pour se poser sur lui. Je détaille ses traits impliqués par les combats, affligés par les dialogues creux, entrainés par les rebondissements.
Quelle idée bizarre j'ai pu avoir d'être attirée par ce gars, le roi de la jungle déchu. Aimer Lily, j'ai pu le concevoir dès les premiers instants, mais être attirée par Fabio ? La petite Agathe que j'ai été doit bien se demander ce qu'il m'a pris. Et je me le demande aussi. Il est plutôt beau, mais ce n'est pas mon style. Sportif au regard ténébreux, non mais on aura tout vu. Manquerait plus qu'il porte une veste de motard noire.
On disserte sur la pauvreté de ce film et le mauvais jeu des acteurs durant notre trajet de retour. On doit revenir au bahut avant vingt-trois heures ou on est bon pour se faire coller, encore. Je suis étonnée d'avoir passé une agréable soirée. J'en suis presque venue à oublier mes muscles courbaturés par la randonnée et les reste de fiente de goéland sous mes ongles que j'ai retiré des cheveux de Lily.
Alors que nous ne sommes plus qu'à quelques rues du lycée, Fabio ralentit le pas et passe son sac à dos devant son torse pour l'ouvrir.
Il en sort alors un paquet.
— Cadeau.
Comme je n'ose le saisir, il me le lance et je suis bien obligée de le rattraper.
— Pourquoi tu fais ça ? je le gronde presque.
Il enfonce ses mains dans ses poches. Je vois bien qu'il est mal à l'aise, mais qu'est-ce que ça peut bien me faire ? C'est lui qui a choisi de m'offrir un cadeau, je n'avais rien demandé.
— Ouvre, tu verras bien, il me conseille en désignant le paquet du menton.
Nous avons arrêté de marcher et nous nous tenons sous les platanes de la place devant le lycée dont les feuilles commencent à bourgeonner.
J'arrache le paquet, les gestes brusques de nervosité, pour y découvrir un livre très fin. Le regard féminin, une révolution à l'écran d'Iris Brey.
— Je l'ai trouvé dans la bibliothèque de ma mère, l'autre fois, m'explique Fabio. Ça pourra servir à tes nouvelles activités féministes.
Mes sourcils ne sont toujours pas défroncés quand je lève le regard vers lui.
— Ta mère ne va pas se demander où il est passé ?
— Boh, elle dit toujours qu'elle a trop de bouquins.
— Merci, je finis par murmurer en glissant le livre dans mon sac.
Puis je prends une grande inspiration et, le regard droit, je lui avoue :
— Lily et moi, on s'est embrassées.
Je zieute sa réaction, qui est à peu près similaire à celle qu'aurait eu un homme qui se serait pris un boumerang dans la figure : pas beau à voir. Alors je continue.
— Je crois qu'il vaut mieux qu'il ne se passe plus jamais rien entre nous.
Le boomerang revient à vive allure pour l'assener d'un deuxième coup.
— Je t'avais prévenu, Fabio.
Il fourre ses mains à nouveau dans le fond de ses poches et hoche la tête.
— Je sais.
— Tu pourras toujours venir écouter Lana dans ma piaule.
— J'espère.
— Et critiquer avec moi Kélyan et Titouan.
— Pourquoi pas.
— Et m'offrir des livres.
J'arrive à lui forcer un sourire.
— T'exagères.
— Toujours, je lui réponds, lui renvoyant son sourire.
— Agathe, tu me plais.
— Je sais.
— T'es sûre de toi ?
— A 200 %.
— Qu'est-ce qu'il t'as pris de m'embrasser pendant les vacances, alors ?
— Une envie passagère.
— Tu ne t'es pas douté que j'allais en baver ?
— Je sais que t'es coriace. Et puis, tu sais que la baves du crapaud ne devrait pas atteindre la douce colombe.
Il rit.
— Tu crains.
Fabio sort une main de sa poche pour la passer sur son visage. De ce geste, j'ai l'impression qu'il chasse sa peine car quand sa main revient au chaud dans son antre, il se reprend :
— C'est pas comme si je ne m'en doutais pas. Mais tu fais chier.
— C'est ma spécialité !
Il redresse son sac sur son épaule et entre dans le lycée. Je lui emboîte le pas, soulagée de faire un tri dans mes amourettes et de pouvoir à présent me concentrer sur la seule histoire qui valle le coût ! Lily, aka l'amour de ma vie à présent célibataire. Va y avoir de l'amour dans l'air.
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Qui a le coeur serré pour Fabio la crapule ? 🙌👀
Et vous pensez qu'Agathe fait le bon choix amoureux ... ?
Au menu du prochain chapitre : EVA (mouhaha) tenez vous prêts🌴🧡
PS : je viens de me rendre compte que le LA et le DE de la couverture sont inversés mdr, mieux vaut voir ça tard que jamais 🤦♀️

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La Loi de la Jungle
Teen FictionGRAND GAGNANT WATTYS FRANCE 2023 ✨ Au lycée privé Charles Darwin, la loi de la jungle fait régner l'ordre. Les lions au regard ténébreux n'ont qu'un désir : croquer les gazelles à pleines dents. Au milieu de cet environnement hostile, où l'adolescen...