Ariane

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- J'ai invité ma mère à dîner ce soir

Mon corps se tend et le stress monte aussitôt. Nous passons à la vitesse supérieure. Dionysos me montre son engagement en me présentant officiellement à ses parents. Et pas n'importe qui. Ma belle-famille est... comment dire... très particulière. En tombant amoureuse de lui et en me mettant en couple, j'intègre le gratin divin, de l'Olympe. Mon beau-père se nomme Zeus et mon copain a été récupéré ma belle-mère aux Enfers.

- Et si elle ne m'aime pas ? lance-je soudain

- Pourquoi elle ne t'aimerai pas, me répond aussitôt Dionysos. Quand elle verra le regard que je porte sur toi, la sincérité de notre relation, elle ne pourra que t'aimer. Tu me rends fou Ariane, je te l'ai dit et je te le repête.

Je reste pantoise, comme toujours devant ses déclarations. Malgré mes origines divines, je me sens toujours plus mortelle, plus humaine.

- Dis quelque chose, me susurre Dionysos....

Je baisse les yeux, consciente que Dio attend de moi une réponse. Jusqu'à présent, je lui ai surtout prouvé ma loyauté par des gestes d'affection, je ne suis pas douée pour dire ce que je ressens. Dans un souffle, je murmure :

- Je t'aime...

C'est la première fois que je prononce ses mots et ça fait bizarre. Dionysos accueille ma réponse par un sourire, puis un long baiser. Je me sens bien avec lui, c'est sans doute ce que l'on appelle l'amour. C'est différent de ce que je ressentais pour Thésée. C'est un sentiment plus profond, moins impulsif, qui a pris le temps de mûrir. Il faudra que j'arrête de les comparer sans cesse les deux hommes qui ont partagé ma vie. Dionysos m'éloigne de mes pensées négatives en tentant de me rassurer une fois de plus :

- Ne t'occupe de rien. Je ferais à manger ce soir. Fais toi belle, même si tu l'es déjà.

Malgré son compliment qui me va droit au cœur, je me suis mise la pression et ait tenu à me faire belle. Le stress montait en moi à mesure que les minutes s'égrènent. Et mon cœur s'emballe lorsque j'entends les pas de Dionysos se presser vers l'entrée. On y est. Fini le cocon à deux, on ouvre notre intimité. Et pas à n'importe qui. Une femme avec laquelle je ne peux pas rivaliser mais que je ne peux m'empêcher de jalouser, tant Dionysos l'a mis sur un piédestal : sa mère. Ma première belle-mère. Malgré ses paroles pour me rassurer, je ne peux pas m'empêcher de baliser. Notre équilibre est trop jeune, pas assez mâture, pas assez éprouvé et pour moi ne tient qu'à un fil.

J'entends des voix en bas, signe que notre invitée est arrivée. Je pousse un profond soupir d'encouragement intérieur et me décide à faire mon entrée dans le salon. Sa mère n'est pas seule, elle est accompagnée d'un homme relativement âgé, au ventre bedonnant, un nez épaté et des traits lourds mais au visage joufflu et à l'air jovial.

- Je te présente Thyoné et mon mentor et père adoptif Silène

La présence de Silène aux côtés de sa mère m'aide à apaiser les tensions et me libérer d'un stress qui me consume lentement, probablement sans raison.

Dionysos s'avance vers moi et glisse sa main dans mon dos :

- Et voici l'élue, la femme dont je vous ai tant parlé, Ariane.

Thyoné, le nouveau nom de sa mère depuis son statut d'immortelle, s'avance vers moi avec le sourire. J'esquisse un léger pas en arrière, à peine perceptible, mais Dionysos maintient sa poigne fermement.

- Détends toi, tout va bien, je suis là.

J'enlace à mon tour sa mère, puis Silène avant de passer à table. Le repas se déroule sans accro, sans réelle question sur moi ou mon passé, et sans vraiment évoquer notre couple, les circonstances de notre rencontre. A croire qu'ils sont déjà au courant de tout, que Dionysos les a briefé. En retour, beaucoup d'anecdotes sur la jeunesse de mon homme, ce qui me ravit et me permet d'en apprendre un peu plus sur lui. Il est une tombe avec moi et ne distille que le strict minimum

- Tu te rappelles le jour où j'ai cru t'avoir perdu ? lance Dionysos à Silène

Une grande complicité se dégage entre Dionysos et l'homme qui l'a élevé.

- J'avais tellement bu que j'en avais oublié mon nom ?

- Et comment l'as-tu retrouvé ? m'enquierais-je

- Il s'était égaré dans les jardins du roi Midas, qui m'a contacté pour te récupérer.

- Tu as dû le récompenser pour sa retrouvaille, non ? lance sa mère en riant.

Thyoné est très discrète, presque effacée. Sur ses traits fins, se lit une grande peine, et connaissant son passé, ses difficultés, du moins ce que m'en a dit Dionysos, je lis en elle presque comme un livre ouvert. Les maigres sourires qu'elles esquissent n'en sont pas vraiment, mais juste contextuels, pour ne pas disparaître du paysage.

- Je lui ai offert carte blanche, et vous savez ce qu'il a choisi ?

Je regarde sa mère et l'une comme l'autre, mimons l'ignorance.

Il faut savoir que ce type est plein aux as. Et il a quand même demandé encore plus, il a trouvé un moyen infaillible pour être encore plus riche... en exigeant que tout ce qu'il touche, se transforme en or.

Je n'en reviens pas d'un tel culot. L'argent est le faible des mortels, le sexe celui des dieux.

- J'ai exaucé son vœu tel qu'il me l'a demandé, en compensation à un être cher, Silène. Malheureusement pour lui, il ne s'est pas rendu compte de la portée d'un tel vœu malgré mes avertissements. Il a malencontreusement touché sa fille qui s'est transformée en or. Il est venu me supplier d'annuler son vœu à peine trois jours plus tard.

- Quel gâchis, lance sa mère.

Je confirme en opinant du chef.

- En tout cas, depuis que tu l'as rencontré, Dionysos, je te trouvé changé, plus apaisé. Je ne sais pas ce que tu as lui fait, mais tu as l'air d'avoir une bonne influence sur lui.

- Il a l'air plus heureux...

Dionysos par-dessus son assiette me sourit et mon coeur se réchauffe. Je suis validée par sa famille mortelle, c'est déjà un point de gagné.

God's crushOù les histoires vivent. Découvrez maintenant