« Le cri du châtiment, exigu et latent, somnole au fond de l'âme. »
ELIAS
High School Brentwood, Middleton Hall
Thursday, January 6th
10:22 am
La colère, je la traîne encore aujourd'hui, comme tous les jours. Elle est là, accrochée à moi, prête à exploser au moindre truc qui va de travers. Si je ne suis pas déjà en train de coller mon poing dans la figure de quelqu'un, c'est juste parce que, pour l'instant, je me retiens. Un seul pas de travers, et tout pourrait partir en vrille.
Il est dix heures, et pourtant le ciel reste sombre, d'un bleu-gris presque angoissant. Ce mois de janvier, c'est toujours pareil : le froid, la grisaille, ce vent glacial qui s'infiltre jusqu'aux os. La cour est remplie de petits groupes qui s'agglutinent, tête baissée, soufflant dans leurs mains pour se réchauffer. Moi, je me tiens en retrait, les poings serrés au fond des poches de mon sweat, regardant dans le vide.
À cette heure, tout m'agace, tout me gave. Les rires, les murmures, même le bruit de leurs chaussures sur le bitume. C'est comme si tout autour de moi me provoquait, me testait. Le froid, le bruit, cette ambiance pourrie, ça alimente juste ce que je ressens. Ça nourrit cette colère, cette boule noire que je porte dans la poitrine.
Une partie de moi aimerait que quelqu'un vienne m'énerver, me bouscule, me cherche des embrouilles. Ce serait tellement plus simple que de rester là à tout contenir. Mais personne ne me regarde, personne ne s'approche vraiment. Peut-être qu'eux aussi sentent que, aujourd'hui, ça pourrait mal finir.
Alors, aujourd'hui, c'est le jour de Kelly.
Sean arrive, silencieux, et tend sa main vers moi avec la froideur habituelle. Je lui serre la main sans un mot, puis il s'adosse au même muret, l'air absent. Il me passe un joint déjà bien entamé sans même me regarder. J'imagine que ça doit être tendu chez lui, avec sa sœur et sa mère encore en pleine embrouille dès huit heures ce matin. La routine, quoi.
Je tire une première latte. Le silence est lourd, presque pesant, mais je le brise quand même :
— Elle est où, Kelly ?
Il hausse les épaules, toujours le regard fixé devant lui. Ses cheveux blonds dépassent juste assez pour qu'on devine son visage à moitié caché.
— Pas vu ce matin, répond-il d'une voix basse, sans trop de conviction.
Il sait très bien pourquoi je demande, et moi aussi. Kelly traîne toujours quelque part, prête à foutre la merde pour un oui ou pour un non, surtout quand Emrys est dans les parages.
À ce moment-là, Jarrel débarque, lui aussi planqué sous un gros hoodie. On se serre la main rapidement, sans trop de formalités.
— J'ai fait comme tu m'as dit. Elle va venir seule, sans ses suiveuses, lâche Jarrel, l'air ennuyé, en relevant un peu sa capuche pour me regarder.
Je hoche la tête, satisfait. Depuis l'accident avec Cameron, on ne sort plus autant qu'avant. L'Aylesbury Estate, on n'y met plus vraiment les pieds, pas après ce qui s'est passé là-bas. Ce n'est plus notre territoire, et tout le monde le sait.
Jarrel scrute les alentours d'un regard méfiant, ses yeux parcourant la cour. Il siffle entre ses dents :
— Ça caille aujourd'hui. J'me demande bien pourquoi on se gèle ici pour elle.
— Parce que, réponds-je en écrasant le reste du joint, on a des trucs à régler.
Sean esquisse un sourire sans joie, comme s'il savait déjà que ça allait mal finir. Et il a raison, ça va mal finir.
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THE CURSED LOVE
Genç Kurgu"𝘊'𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘶𝘯 𝘴𝘰𝘪𝘳 𝘥'𝘩𝘪𝘷𝘦𝘳... 𝘰𝘶 𝘯𝘰𝘯, 𝘶𝘯𝘦 𝘯𝘶𝘪𝘵 𝘥'𝘩𝘪𝘷𝘦𝘳, 𝘦𝘵 𝘤'𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘭𝘢̀ 𝘲𝘶𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘢𝘷𝘢𝘪𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘤𝘦́.„ Lors d'une nuit perpétuelle, le déni était présent, tout autant que le deuil. Le cim...
