« Nous ne nous aimons pas, nous tombons juste amoureux l'un de l'autre. »
ELIAS
Shenfield Cemetery, Butterfly Meadow
Thursday, January 10th
15:07 pm
Je suis adossée à l'arbre, les bras croisés, et j'entends sa respiration juste à côté de moi. Je sens ses doigts frôler les miens, et ça me fait un drôle d'effet, presque comme si ça me réveillait. Entre la vie la mort du cimetière.
La présence de Lowery, là, si près de moi, ça me chamboule. J'étais persuadée qu'elle allait m'ignorer, qu'elle trouverait une excuse bidon pour ne pas venir. Mais non. Elle est là. Et ça me surprend encore.
Devant nous, les tombes s'étalent, rangées comme des dominos prêts à tomber. Le soleil baisse lentement, laissant un ciel bleu-noir flotter au-dessus de nous. La pluie, qui ruisselait encore tout à l'heure, a complètement séché, mais l'odeur d'herbe mouillée reste collée à l'air.
Mes yeux, eux, ne guette qu'une chose : la dahlia.
La fleur qu'Emrys tient dans ses mains. Celle que je lui ai donnée. Elle la serre doucement, presque comme si c'était quelque chose de précieux. Et moi, je suis là, à me demander si elle capte ce que ça représente pour moi. Ce que j'ai voulu lui dire en lui offrant.
Les mots me manquent, comme toujours. Tout est si lourd ici : l'ambiance, le silence, toutes ces pierres. Et en même temps, rien que le fait qu'elle soit là rend tout un peu moins suffocant.
— La pleurnicheuse, ça me surprend que tu sois venue. Je pensais que t'étais en colère, dis-je, un demi-sourire au coin des lèvres, essayant d'alléger l'atmosphère.
Elle ne répond pas tout de suite. Je la vois esquiver mon regard, ses yeux fixant le sol, ou peut-être les tombes devant nous. Ce n'est pas habituel. Elle est différente, aujourd'hui. Plus silencieuse, plus hésitante. Comme si elle était sur le point de fuir ou de se recroqueviller sur elle-même à tout moment. C'est étrange, presque dérangeant. Je ne suis pas habituée à la voir comme ça.
— Je suis venue juste parce que c'est toi, murmure-t-elle enfin, d'une voix basse et maladroite, comme si les mots avaient du mal à sortir.
Ses doigts replacent une mèche de ses cheveux bruns derrière son oreille. Son geste est lent, presque mécanique, et je remarque enfin la grosse écharpe bleu marine qui l'enveloppe, comme une armure contre le froid, ou peut-être contre moi.
Je hausse un sourcil, intriguée par son ton et par cette hésitation qui ne lui ressemble pas. D'habitude, elle est plus directe, presque brutale. Mais là, elle a l'air vulnérable. Je ne sais pas si c'est le lieu, l'heure, ou peut-être ce que nous avons vécu récemment, mais quelque chose a changé chez elle.
— Juste parce que c'est moi ? je répète doucement, comme pour m'assurer que j'ai bien entendu.
Elle hoche la tête, sans me regarder, et je sens une étrange chaleur se répandre dans ma poitrine. C'est idiot, vraiment, mais cette petite phrase, simple et sincère, a plus de poids que je ne l'aurais cru. C'est peut-être la première fois que j'entends quelqu'un dire ça pour moi.
Le silence revient, lourd mais pas oppressant. Elle ajuste encore son écharpe, la serrant un peu plus autour de son cou, comme pour se protéger. De quoi ? De moi ? Du froid ? D'elle-même ? Je n'en sais rien, et pour une fois, je n'essaie pas de comprendre.
Je me contente de l'observer, de mémoriser cet instant, cette version d'elle qui ne se dévoile presque jamais. Et sans m'en rendre compte, je me surprends à penser que, malgré sa fragilité, ou peut-être à cause d'elle, elle est plus forte qu'elle ne le croit.
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THE CURSED LOVE
Jugendliteratur"𝘊'𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘶𝘯 𝘴𝘰𝘪𝘳 𝘥'𝘩𝘪𝘷𝘦𝘳... 𝘰𝘶 𝘯𝘰𝘯, 𝘶𝘯𝘦 𝘯𝘶𝘪𝘵 𝘥'𝘩𝘪𝘷𝘦𝘳, 𝘦𝘵 𝘤'𝘦́𝘵𝘢𝘪𝘵 𝘭𝘢̀ 𝘲𝘶𝘦 𝘵𝘰𝘶𝘵 𝘢𝘷𝘢𝘪𝘵 𝘤𝘰𝘮𝘮𝘦𝘯𝘤𝘦́.„ Lors d'une nuit perpétuelle, le déni était présent, tout autant que le deuil. Le cim...
