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Je me réveille lentement, le soleil du matin se frayant un chemin à travers les rideaux, mais je reste là, dans l'immobilité de la pièce secrète, un vide glacé envahissant mon cœur. Le parfum de la nuit, de l'encens et de sa présence, s'est dissipé, tout comme lui. L'absence de Süleymane est un poids écrasant, un silence que rien ne peut combler. J'aurais voulu qu'il soit encore là, me rassurer de sa tendresse, mais la réalité m'embrase violemment.

Je me lève, le corps alourdi, et pousse la porte discrètement, comme si, en faisant cela, je pouvais conjurer la douleur. Mais le palais semble plus grand, plus vide. Les couloirs, pourtant familiers, résonnent de manière étrange aujourd'hui. J'ai l'impression d'être une étrangère dans ce lieu qui m'était pourtant intime.

Les jours passent dans une torpeur douce-amère. Je me réfugie dans la solitude des pièces discrètes, fuyant les regards curieux des serviteurs, tentant de chasser l'angoisse de la séparation. Mais rien n'y fait. Le vide est là, palpable, entre chaque battement de mon cœur. Et chaque coin du palais me ramène à lui.

Puis, un matin, alors que je me trouve dans l'un des jardins, en proie à mes tourments, j'entends des pas résonner sur le pavé. Un pas ferme, assuré, familier. Je me retourne lentement, et je le vois. Le père de Süleymane. Il est là, devant moi, son regard perçant me scrutant comme s'il me mesurait.

Il n'a pas changé. Son autorité, sa présence imposante, sont les mêmes. Un homme de pouvoir, mais aussi un père, et je vois la lueur de bienveillance qu'il a souvent dans les yeux.

"Jasmine," dit-il d'une voix grave mais calme.

"Tu as été choisie pour être plus qu'une simple compagne. Tu as en toi la force d'être bien plus." Il fait une pause, comme s'il mesurait chacun de ses mots. "Je vais t'occuper, Jasmine. Tu deviendras une véritable princesse, digne de ce palais, digne de ce royaume."

Je reste sans voix. Ses paroles flottent dans l'air comme un défi, une promesse qui me chamboule. Je n'ai jamais rêvé de cela. Être une princesse, moi ? C'est un monde qui m'a toujours semblé hors de portée, comme un conte lointain. Mais les mots du père de Süleymane résonnent dans mon esprit, et je sens une étrange sensation m'envahir, un mélange de peur et d'excitation.

Il s'approche davantage, son regard toujours fixé sur moi. "Je vais t'apprendre tout ce que tu dois savoir. La politique, les manières, la diplomatie, le comportement. Tu apprendras à diriger, à gouverner, à faire face à ceux qui te mettront à l'épreuve. Ce ne sera pas facile, mais tu es faite pour cela."

Je le fixe, une part de moi qui s'élève en défi, mais une autre qui veut y croire. Peut-être qu'il a raison. Peut-être que j'ai cette force cachée en moi, cette capacité à changer, à devenir une autre version de moi-même. Une version plus forte, plus audacieuse.

"Je vais faire de toi une reine, Jasmine," dit-il finalement, ses mots lourds de promesses. "Mais pour cela, tu devras accepter ce défi. Tu devras te transformer."

Je lève les yeux vers lui, un frisson parcourant ma peau. Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais une chose est sûre : ce que je vais devenir ne sera plus jamais le même. La transformation commence maintenant, et je n'ai d'autre choix que de l'accepter.

Je suis déterminée à surprendre Süleymane à son retour. Chaque jour passé à m'entraîner et à apprendre est une occasion de devenir une version de moi qu'il n'a jamais vue. Son absence me pousse à puiser dans une force que je ne soupçonnais même pas. Le père de Süleymane me façonne, mais c'est moi qui décide de ce que je veux devenir. Je veux lui prouver qu'il ne m'a pas sous-estimée, que je peux prendre ma place aux côtés des plus grandes. Lorsque ce moment viendra, je serai prête, forte et pleine d'assurance.

...

Point de vue de Süleymane

Trois mois se sont écoulés depuis mon départ vers l'Est, trois mois de combats, de manœuvres politiques et de tensions croissantes. Chaque journée m'éloigne un peu plus de Jasmine, mais je n'ai jamais cessé de penser à elle, de la chercher dans les recoins sombres de mon esprit. La guerre m'occupe, il faut réaffirmer mon autorité, rappeler à ceux qui osent défier mon pouvoir que je suis sultan. Mais tout cela me semble insignifiant comparé à la mission qui m'habite vraiment : découvrir d'où vient Jasmine.

Les rumeurs à propos de son passé se sont intensifiées depuis que je suis parti. Des murmures, des chuchotements entre les marchants d'esclaves et les soldats, des indices éparpillés ici et là. Chaque information que j'ai recueillie me rapproche un peu plus d'une vérité que je ne peux encore appréhender. Ce n'est pas simplement une question d'origine, mais une quête de ce qu'elle représente. Pourquoi sa présence me bouleverse-t-elle autant ? Que cache-t-elle vraiment derrière son regard et son comportement si mystérieux ?

J'ai l'impression qu'elle m'échappe, et c'est cela qui me pousse à aller encore plus loin, à m'enfoncer dans les mystères de son histoire. Je sais qu'elle attend de moi un retour, un retour où je serai changé, affermi dans mon pouvoir, prêt à assumer notre avenir ensemble. Mais avant tout, je dois comprendre d'où elle vient, ce qu'elle cache dans ses silences, car tant que ce voile restera, je ne pourrai jamais être pleinement avec elle.

Quelques part à EMIRABAT

Après des mois de recherches minutieuses, j'ai enfin retrouvé la trace de Jasmine.

La ville d'Emirabat semblait surgir du désert comme un mirage, perdue entre les montagnes escarpées et les dunes ondulantes qui s'étendaient à l'infini. C'était une cité où le temps semblait s'être arrêté, préservant à la fois le souffle ancien des caravanes et la modernité discrète des constructions récentes. L'air, lourd de chaleur et chargé de poussière, faisait vibrer les bords des pierres anciennes qui se dressaient autour des marchés.

C'était ici, je le savais. Les murmures et les bruits de ville étaient devenus plus précis, plus concrets. Mais il fallait encore creuser, poser des questions et, surtout, ne rien dévoiler de ma véritable identité. Ma mission était trop importante.

Je me glissai discrètement dans le marché central d'Emirabat, l'odeur des épices flottait, emportant avec elle le parfum du safran, du curcuma, de la cannelle, mais aussi celle du bois de santal brûlé dans des braseros disposés sur le côté. C'était l'endroit idéal pour interroger sans trop attirer l'attention.

Je m'approchai d'un vieil homme au chariot de fruits, dont les yeux étaient rusés et aiguisés. Il ne me remarqua pas immédiatement, occupé à organiser sa marchandise, mais je savais qu'il en savait beaucoup sur la ville et ses habitants.

Suleymane : (d'un ton calme, mais insistant) Bonjour, mon ami. Ces fruits semblent exquis. D'où viennent-ils ?

Marchand : (levant les yeux et souriant) Ah, un homme de goût. Ils viennent des terres du sud, loin d'ici, là où les rivières sont plus larges et les champs plus fertiles. Vous êtes étranger à Emirabat, n'est-ce pas ? Vous avez le regard de ceux qui viennent chercher quelque chose ici.

Suleymane : (feignant l'innocence) Oui, vous avez raison. Je suis un voyageur, mais je cherche aussi à comprendre cette ville. Il y a beaucoup d'histoires qui circulent, et j'aimerais en savoir davantage sur ceux qui l'habitent. Peut-être avez-vous des informations sur une certaine famille qui vivait ici il y a quelques années ?

Marchand : (ses yeux s'assombrissent, il baisse la voix) Une famille ?

...

Jasmine: Ce que  nous murmurent le sableDes histoires addictives. Découvrez maintenant