Quelques semaines plus tard
Cette fois, nous nous tenions hors de la tente, au milieu d'un terrain sablonneux aménagé pour les exercices militaires. Des guerriers s'entraînaient à l'épée, d'autres à l'arc, et certains, plus jeunes, essayaient de manœuvrer un chariot lourdement chargé sur un sol irrégulier.
Le roi m'observait depuis plusieurs minutes alors que je passais d'un groupe à l'autre. Je commentais discrètement les postures des guerriers, analysais la vitesse de leurs mouvements et suggérais des ajustements. Ce n'était pas mon rôle, mais j'avais une fascination pour l'art de la guerre, et il semblait que ma curiosité n'échappait pas à l'œil vigilant du roi.
Roi d'Arabie : Jasmine.
Je me tournai vers lui, m'inclinant légèrement en signe de respect.
Roi d'Arabie : Tu sembles très à l'aise ici, comme si tu avais grandi parmi les soldats.
Moi : Je n'ai jamais été au milieu de soldats, Majesté.
Le roi hocha lentement la tête, croisant les bras devant lui.
Roi d'Arabie : Montre moi alors ce que tu as compris. Tu vois ces chariots là-bas ?
Il désigna un groupe de jeunes hommes qui essayaient de pousser un chariot lourd sur une pente de sable. Leurs efforts semblaient vains ; les roues s'enfonçaient dans le sol meuble, et ils glissaient à chaque tentative.
Roi d'Arabie : Imagine que ce soit des provisions vitales pour une armée en campagne. Comment ferais tu pour assurer leur transport ?
Je réfléchis un instant, laissant mes yeux examiner le terrain et les outils à disposition.
Moi : Le problème, c'est le sable. Les roues sont trop fines pour un tel terrain.
Je m'avançai vers les jeunes soldats, prenant l'initiative sous le regard intrigué du roi.
Moi : Retirez les roues et fixez ces planches en travers du chariot.
Les hommes hésitèrent, mais le roi leur fit signe d'obéir. Ils s'exécutèrent, attachant les planches comme je l'avais suggéré. Une fois fait, je pris une corde et la tendis à l'un des soldats.
Moi : Tirez le chariot en le faisant glisser sur le sable, comme un traîneau. La surface sera plus stable.
Les jeunes hommes suivirent mes instructions. En quelques instants, le chariot, qui semblait impossible à déplacer, glissa avec facilité sur le sable.
Un murmure d'étonnement parcourut les guerriers qui observaient la scène. Le roi, lui, éclata d'un rire grave et puissant.
Roi d'Arabie : Jasmine, tu as montré une capacité rare : l'ingéniosité. Peu de gens auraient vu une solution aussi simple.
Je baissai les yeux, humble face à son compliment, mais il continua, son ton plus sérieux cette fois.
Roi d'Arabie : Tu n'as pas seulement un esprit stratégique. Tu as une aptitude naturelle pour résoudre les problèmes pratiques. Une armée peut survivre sans un bon général, mais jamais sans un logisticien intelligent.
Il s'approcha, posant une main lourde et chaleureuse sur mon épaule.
Roi d'Arabie : Tu es bien plus précieuse que je ne l'imaginais, Jasmine.
Je relevai les yeux, croisant son regard plein de curiosité.
Le roi demeura silencieux un instant.
Il s'éloigna légèrement, se tournant pour regarder ses hommes.
Roi d'Arabie : Peut-être que demain, ce sera toi qui enseigneras à mes généraux. Mais aujourd'hui, montre moi ce que tu ferais si l'ennemi attaquait ces chariots.
Un sourire éclaira mon visage. Ce n'était pas une leçon ordinaire. C'était un défi. Et j'aimais les défis.
La Chambre de Suleymane
La chambre semblait figée dans le temps, comme si les mois qui s'étaient écoulés depuis le départ de Suleymane n'avaient laissé derrière eux qu'un vide oppressant. Tout y était resté tel qu'il l'avait laissé : les tapis soigneusement étalés, les coussins disposés autour de la table basse, et le parfum subtil d'ambre et de musc qui flottait encore dans l'air, une empreinte fantôme de sa présence.
J'étais assise sur le bord du lit, les mains croisées sur mes genoux, regardant la lune pleine briller à travers les voiles des fenêtres. Chaque nuit, je me trouvais là, comme attirée par une force invisible. C'était sa chambre, et pourtant, elle était devenue le sanctuaire de mon espoir.
Les jours s'étaient changés en semaines, puis en mois. Suleymane était parti pour une mission. Une mission dangereuse, disait-on dans les murmures des serviteurs. Et moi, je n'avais rien pu faire d'autre qu'attendre.
Au début, j'avais gardé l'espoir qu'il revienne rapidement. Mais à mesure que le temps passait, cet espoir s'était teinté d'une inquiétude sourde, d'un vide qui s'agrandissait chaque jour un peu plus dans ma poitrine.
Ce soir-là, je me levai et fis quelques pas dans la pièce. Mon regard s'attarda sur une petite boîte de bois finement sculptée posée sur la table près de son lit. À l'intérieur, il avait laissé quelques effets personnels. Une bague simple, ornée d'une pierre noire, un pendentif en forme de croissant de lune, et un morceau de parchemin roulé.
Je pris la bague entre mes doigts, sentant son poids contre ma paume. C'était une bague qu'il portait souvent, un objet presque insignifiant, mais qui maintenant semblait contenir tout ce qu'il était.
Je la serrai dans ma main, fermant les yeux.
Moi : Suleymane... où es-tu ?
Ma voix résonna faiblement dans la pièce vide, comme si même les murs ne pouvaient répondre à mon appel.
Je retournai m'asseoir près de la fenêtre, laissant la lumière de la lune baigner mon visage. Des souvenirs me revenaient en vagues soudaines. Son rire rare mais sincère, son regard intense qui semblait percer jusqu'à mon âme, et ces moments où il baissait sa garde, me montrant une facette plus vulnérable de lui-même.
La porte s'ouvrit soudain dans un grincement. Mon cœur s'emballa, et je me levai d'un bond, le souffle court, mais ce n'était qu'un serviteur.
Serviteur : Dame Jasmine, pardonnez-moi de vous déranger si tard. Le roi a demandé à vous voir demain matin à la première heure.
Je hochai la tête, incapable de cacher ma déception.
Moi : Merci. Tu peux disposer.
Il s'inclina et referma la porte derrière lui. Je restai debout quelques instants, fixant le vide.
Suleymane. Cela faisait des mois qu'il était parti, mais dans cette chambre, je pouvais presque entendre sa voix. Presque sentir sa présence.
Je retournai m'asseoir, attrapant la bague à nouveau. Si je ne pouvais pas savoir où il était, alors je devais croire qu'il reviendrait.
Moi : Reviens vite, Suleymane. Je suis encore là. Je t'attends.
Et dans le silence de la nuit, mes pensées se perdirent entre espoir et désespoir, comme un fil tendu au bord de la rupture.
...
VOUS LISEZ
Jasmine: Ce que nous murmurent le sable
RomansaUn homme de pouvoir, entre amour et mystère, enquête sur le passé de Jasmine, risquant de bouleverser leur relation et de révéler des secrets dangereux.
