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Point de vue de Jasmine

Je n'attendis pas l'accord de mon père.

Je l'entendis encore parler derrière moi, sa voix basse, ferme, pleine de cette prudence qui appartient aux hommes qui ont déjà trop perdu, mais je ne l'écoutais plus vraiment, parce que quelque chose en moi venait de se réveiller, quelque chose de vieux, de brut, de brûlant, et ce n'était pas une idée, ni un plan, ni même une peur... c'était une faim.

Une faim de vérité. Une faim de vengeance.

Mon père : Jasmine. Non.

Je serrai la sangle de ma tenue noire, la Dynastie de l'Ombre collée à ma peau comme une seconde volonté, puis je pris l'arme qu'il m'avait donnée, et je sentis le poids de la lame comme on sent le poids d'un choix qu'on ne pourra plus effacer.

Moi : Tu m'as appris à survivre.

Je levai les yeux vers lui.

Moi : Tu ne m'as jamais appris à oublier.

Il fit un pas vers moi, prêt à m'arrêter.

Mon père : Si tu y vas maintenant, tu ne vas pas chercher une réponse. Tu vas chercher du sang.

Je souris, mais ce sourire ne contenait plus rien de doux.

Moi : Oui.

Le mot sortit simplement, sans tremblement.

Et c'est là que je vis, dans ses yeux, quelque chose de plus dangereux que la colère : la peur.

Pas pour lui. Pour moi.

Mon père : Tu ne contrôles pas encore ce que tu es.

Moi : Alors je vais apprendre en les détruisant.

Il secoua la tête.

Mon père : Tu crois que la vengeance te donnera une paix. Elle ne donne que le goût d'une autre vengeance après.

Je n'avais pas envie de l'entendre. Je n'avais même pas la force d'être sa fille à cet instant. J'étais la conséquence de ce qu'ils avaient fait.

Je tournai le dos.

Mon père : Jasmine !

Je ne ralentis pas. Le retour vers le camp d'Al-Nahir ne fut pas une fuite. Ce fut une marche.

Une marche rapide, tendue, silencieuse, où chaque pas semblait être tiré par une corde invisible qui me ramenait vers ce lieu comme on revient vers une scène de crime qu'on n'a pas terminée.

Le désert me connaissait déjà. Il avait vu mon sang, ma peur, ma course d'esclave.

Cette fois, je revenais autrement. Je sentais mon père derrière, même quand je ne le voyais pas. Il me suivait, parce qu'il ne pouvait pas faire autrement. Parce que malgré sa peur, malgré son refus, il ne laisserait pas sa fille se jeter seule dans les ombres.

Quand les roches noires réapparurent à l'horizon, quand le vent se fit plus froid et que la poussière eut cette odeur de cendre, je ralentis.

Je voulais les voir. Je voulais qu'ils me voient. Je m'approchai à couvert, puis je cessai de me cacher. Mon père, derrière moi, murmura :

Mon père : Jasmine...

Je ne me retournai pas.

Moi : Ne m'empêche pas.

Il ne répondit pas.

Mais je sentis son silence comme une prière. Ils étaient là. Les torches pâles. Les silhouettes. Les gardes immobiles. Et au centre, près du cercle tracé au sol, celui que mon esprit appelait déjà le monstre, même avant qu'il lève la tête, même avant que son visage se torde dans cet étonnement mauvais.

Jasmine: Ce que  nous murmurent le sableDes histoires addictives. Découvrez maintenant