Point de vue de Jasmine
Voilà plusieurs mois que Suleymane est parti, et son absence pèse sur mon cœur comme un voile sombre. Chaque soir, je m'endors en espérant que les pas furtifs que j'entends dans les couloirs mènent à lui. Mais chaque matin, mon espoir s'évanouit avec la lumière de l'aube.
Son père semble vouloir occuper chaque instant de mes journées pour m'empêcher de trop penser à son fils. Il est exigeant, mais je sens en lui une profonde affection, comme s'il voyait en moi l'ombre de sa propre jeunesse ou peut-être une pièce maîtresse dans le futur de son royaume.
Mes journées sont rythmées avec une précision presque militaire. Après la prière de l'aube, une préceptrice stricte mais juste m'apprend les subtilités de la langue et de la poésie. Ensuite, un vieil érudit m'enseigne l'histoire des grandes dynasties. Je connais maintenant par cœur les conquêtes des califes, les intrigues de palais, et les accords de paix qui ont façonné cette terre.
L'après-midi est réservé à des leçons plus mondaines : le maintien, la danse, et l'art de converser. L'une des dames du harem m'aide à parfaire ma posture, un livre posé sur ma tête. "Tu es la lumière de ce palais", me murmure-t-elle souvent, mais son sourire cache une certaine tristesse. J'apprends aussi à broder et à jouer du qanûn, un instrument que Suleymane aimait particulièrement. Chaque note que je pince sur les cordes me rapproche un peu de lui.
Malgré l'agitation des journées, les nuits sont les plus difficiles. Je contemple le ciel étoilé depuis mon balcon, laissant le vent chaud du désert caresser mon visage. Je me surprends à murmurer des prières, demandant de protéger Suleymane et de le ramener sain et sauf. Mais quelque chose en moi s'inquiète. Que se passe-t-il dans les contrées lointaines où il se trouve ?
Une ombre furtive passa devant ma porte. Je me levai, le cœur battant, espérant que ce soit enfin lui...
Point de vue de Suleymane
Je fus réveillé en sursaut par des bruits confus : des cris, des sabots martelant la terre sèche, et le cliquetis métallique des lames qui s'entrechoquaient. Une embuscade.
Des silhouettes armées surgissaient de toutes parts, leurs torches projetant des ombres inquiétantes sur les parois de la grotte. Naim se battait déjà.
Naïm : Suleymane, reste près de moi !
Mais avant que je ne puisse lui répondre, un coup violent s'abattit sur ma nuque, me plongeant dans un néant glacé.
Quand je repris connaissance, le soleil brûlant du matin m'aveuglait. Mes poignets me faisaient mal, attachés fermement par des cordes rugueuses. Tout autour de moi, des hommes de notre caravane gisaient, blessés ou morts. Naim était à mes côtés, son visage marqué par une profonde coupure à l'arcade sourcilière, mais ses yeux reflétaient une détermination farouche.
Naïm : Nous avons été capturés. Des marchands d'esclaves... Ils nous emmènent vers le sud, probablement pour nous vendre sur les marchés de Basra ou de Kufa.
Moi : C'est tout de même cocasse, je vais enfin vivre une partie de ton histoire.
Naïm : On doit faire en sorte de rester ensemble sinon nous allons finir par être séparer.
Moi : Je promet de ne pas t'abandonner.
Mon cœur se serra. L'humiliation d'être réduit à cet état était insupportable. Nous sommes des hommes libres, fiers héritiers de nos terres et de nos lignées. Comment avons-nous pu en arriver là ?
Les jours suivants furent une épreuve. Nous marchions sous le soleil implacable, pieds nus sur le sable brûlant. Les chaînes qui liaient nos chevilles rendaient chaque pas un supplice. Les marchands nous poussaient avec des coups de bâton si nous ralentissions. Ils ne parlaient que peu, mais leurs regards avares en disaient long : pour eux, nous n'étions que des marchandises.
Naim, malgré ses blessures, ne perdait pas espoir.
Naïm : Nous trouverons un moyen de nous échapper, Suleymane. Nous rentrerons chez nous, je te le promets.
Mais les jours passaient, et l'espoir s'amenuisait. La faim et la soif nous rongeaient. La nuit, sous les étoiles, je pensais à elle. À son sourire. À ses mains délicates posées sur les miennes. Elle devait attendre, prier pour mon retour. Cette pensée était ma seule consolation, et ma plus grande douleur.
Un soir, alors que le campement des marchands s'assoupissait, Naim se rapprocha de moi. "J'ai entendu l'un des gardes parler. Nous atteindrons le marché dans deux jours. Si nous devons agir, c'est maintenant."
Mon cœur s'emballa. Il avait raison. Si nous étions vendus, il serait peut-être impossible de retrouver notre liberté.
Moi : As-tu un plan ?
Naim hocha la tête, ses yeux brillant dans l'obscurité.
Naïm : J'ai remarqué qu'ils gardent leurs armes et leurs clefs dans un coffre près de l'entrée de la tente à droite. Deux gardes montent la garde la nuit, mais ils se relâchent juste avant l'aube. Avec un peu de chance et de silence, on pourrait les surprendre.
Je l'écoutai attentivement, mon cœur battant à tout rompre. Les chaînes à nos chevilles semblaient invincibles, mais Naim avait toujours eu un esprit vif.
Moi : Et pour les autres ? en désignant les prisonniers autour de nous, endormis ou résignés à leur sort.
Naïm : Nous ne pourrons pas tous les libérer, Suleymane. Nous devons penser à notre survie. Une fois libres, nous pourrons chercher de l'aide et revenir pour eux.
Ces paroles me laissèrent un goût amer, mais je savais qu'il avait raison. Nos chances de succès étaient déjà infimes.
Les heures suivantes furent les plus longues de ma vie. Naim et moi utilisâmes des éclats de pierre pour user nos liens. Nos poignets saignaient, mais nous n'avions pas le luxe de la faiblesse. Le silence de la nuit était seulement troublé par le souffle lourd des gardes et le crépitement lointain des torches.
Lorsque la première lueur de l'aube teinta les dunes de sable, Naim me donna un léger coup de coude. C'est le moment !
Nous avançâmes à pas de loup, les chaînes à nos chevilles cliquetant à peine. Les gardes étaient assis près de l'entrée, leurs silhouettes affaissées par la fatigue. L'un d'eux somnolait, sa tête tombant légèrement en avant.
Naim, agile malgré ses blessures, attrapa une pierre et s'approcha du premier garde. Je retins mon souffle tandis qu'il l'assommait d'un coup précis. Le deuxième se redressa, mais avant qu'il ne puisse crier, je me jetai sur lui, serrant sa bouche pour l'empêcher de faire un son. Naim acheva le travail d'un coup sec à la tête.
Le silence retomba, oppressant. Nos cœurs battaient si fort que j'avais l'impression qu'ils allaient alerter tout le camp. Naim se précipita vers le coffre, fouillant fébrilement à l'intérieur.
Naïm : Les clefs !
Nous libérâmes nos chaînes en hâte, les maillons tombant au sol avec un bruit sourd. Je pris un sabre près du coffre, sentant son poids rassurant dans ma main. Naïm fit de même.
Naïm : Maintenant, on part !
Mais quelque chose me retint. Les autres captifs, toujours enchaînés, nous regardaient avec des yeux emplis d'espoir et de désespoir mêlés. Mon regard croisa celui d'un vieillard au visage émacié.
Moi : Nous devons en libérer quelques-uns
Naim hésita, mais finit par acquiescer.
Naïm : Fais vite, Suleymane.
Je m'approchai des captifs les plus proches, déverrouillant leurs chaînes une par une. Certains se levèrent immédiatement, prêts à fuir, tandis que d'autres restaient trop faibles pour bouger.
Mais alors que nous libérions le dernier prisonnier, un cri retentit. Un garde venait de découvrir nos actes.
Naïm : Courez !
Nous sautâmes chacun sur un cheval, arraché au camp des marchands d'esclaves. Les bêtes, nerveuses mais robustes, hennirent sous la précipitation, mais elles répondirent à nos ordres. Naim prit la tête, et je le suivis de près, jetant des regards rapides derrière nous.
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Jasmine: Ce que nous murmurent le sable
RomanceUn homme de pouvoir, entre amour et mystère, enquête sur le passé de Jasmine, risquant de bouleverser leur relation et de révéler des secrets dangereux.
