Point de vue de Suleymane
Je rentrai au palais comme on rentre sur un champ de ruines, même si les murs étaient encore debout. Les portes s'ouvrirent. Les gardes s'inclinèrent. Les torches éclairaient les couloirs avec la même docilité qu'hier. Tout était à sa place. Trop. Comme si le palais avait appris à mentir.
Je ne descendis même pas vraiment de cheval. Mes bottes touchèrent la pierre et je marchai.
Droit. Sans saluer. Sans respirer.
Naim me suivait, silencieux, tendu, prêt à entendre mon ordre avant même que je le formule. Les serviteurs s'écartaient avec cette rapidité des gens qui sentent la tempête sans oser lever les yeux vers le ciel. Je traversai les couloirs comme si j'avais déjà compris. La nausée ne m'avait pas quitté de toute la journée. Elle était devenue une corde dans mon ventre, tirée de l'intérieur. Et plus je me rapprochais des appartements, plus la corde se tendait, comme si mon propre corps refusait ce qui allait se révéler.
Le djinn, dans ma tête, avait cessé d'être moqueur.
Je ne sens pas...
Sa voix trembla, imperceptiblement.
Je ne sens pas Jasmine.
Je m'arrêtai net.
Mon souffle se coupa.
Moi : Répète.
Un silence.
Puis, comme un aveu arraché.
Je ne la sens pas ici.
Je poussai la porte de nos appartements.
La chambre était calme.
Trop calme.
Les draps avaient été refaits. L'air sentait la lavande, comme si quelqu'un avait cru qu'un parfum pouvait couvrir une absence.
Je fis deux pas.
Puis trois.
Je regardai le lit. Les tentures. Le bassin.
Et je vis.
Pas un corps. Pas une trace de lutte. Juste ce détail invisible aux autres. Un vide qui n'aurait pas dû exister.
Je me retournai vers les gardes postés devant la porte, ceux censés mourir avant de laisser entrer quiconque.
Moi : Où est-elle ?
Le premier garde pâlit.
Garde : Mon sultan... elle... elle était là.
Je m'approchai. Lentement.
Ma voix, quand elle sortit, n'avait plus rien d'humain.
Moi : Répète.
Garde : Nous... nous n'avons vu personne entrer. Personne sortir.
Je le fixai. Je sentais déjà la rage se lever en moi comme une marée noire, et quelque part, au fond de mon sang, quelque chose répondait. Une vibration. Une douleur ancienne. Comme si la colère n'était plus seulement la mienne.
Le djinn souffla, presque paniqué :
Suleymane...
Je ne l'écoutai pas. Je traversai la pièce, ouvrant chaque rideau, chaque panneau, comme si je pouvais retrouver Jasmine derrière un tissu. Comme si l'absence était une porte.
Rien.
Je revins au centre de la chambre et je compris, d'un coup, avec une clarté glaciale. Ils ne l'avaient pas prise dans la panique. Ils l'avaient prise avec méthode.
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Jasmine: Ce que nous murmurent le sable
RomanceUn homme de pouvoir, entre amour et mystère, enquête sur le passé de Jasmine, risquant de bouleverser leur relation et de révéler des secrets dangereux.
