Je rentre dans la cuisine, Aaron à ma suite. Je connais à peu près les lieux maintenant. Les verres se trouvent donc, si mes souvenirs sont exacts, dans le meuble le plus haut.
Je me dresse sur la pointe des pieds pour essayer de l'ouvrir, mes doigts frôlant à peine la petite poignée noire. J'entreprends donc de sauter... Sans aucun succès.
Je me retourne, blasée, vers Aaron qui, très clairement, se moque de moi. Les lèvres pincées, il se retient de partir en fou rire.
- C'est pas drôle, dis-je d'une voix amère.
Ne se retenant plus, il éclate de rire et plonge sa tête dans ses bras croisés sur l'îlot central. Je lève les yeux au ciel, et me retourne afin de tenter un nouvelle fois d'attraper un verre.
Mais pourquoi diable mettre des meubles aussi haut ? On est dans une maison de géants ici ? Quel était le but de les mettre si loin du sol ?
- Attends, je vais t'aider mon ange, dit-il, son sourire toujours encré sur ses lèvres.
Je croise les bras, la mine boudeuse. Je déteste que l'on se moque de moi.
- C'est Angelina, pas ange, marmonné-je.
Aaron fait quelques pas, pour se retrouver dans mon dos. Il ouvre sans mal le placard et en sort deux verres identiques.
- Tu vois, c'est pas si compliqué, quand on ne fait pas la taille d'un hamster, raille-t-il.
Je souffle et me retourne pour lui faire face. Mauvaise idée. Je me retrouve nez à nez avec lui, ses yeux noirs me scrutant sans retenue, son sourire au coin des lèvres.
Je sens mes joues s'enflammer, ces traîtresses. Ne voulant pas baisser les yeux face à lui, question d'égo, je soutiens son regard, souriant à mon tour.
But du jeu : celui qui détourne le regard perd. Je sais, je suis une enfant. Pourtant, le jeu s'avère plus compliqué que prévu. Parce que d'un coup, Aaron pince sans ménagement ma côte droite, me faisait éclater de rire et, par ailleurs, perdre le jeu. Tricheur.
Mes éclats de rire augmentent en volume lorsqu'il reproduit la même chose sur ma pauvre côte gauche.
- Arr ... Arrête ça ! supplié-je entre deux fous rire. Aaron stop !
Il ne cesse de rire face à ma tête. C'est de la torture ! Il finit par s'arrêter. Je reprends mon souffle sans cesser de sourire. Il sourit lui aussi. Son regard se plonge dans le mien quelques secondes. Une lueur vive éclaire ses iris. Que représente-t-elle ?
Puis brusquement, tout s'éteint. La lumière disparaît, de même que son sourire. Son visage se ferme et il s'écarte de moi.
Je fronce les sourcils.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demandé-je, confuse.
Il secoue la tête quelques secondes, un air perdu sur son visage hâlé.
- Reste loin de moi, Rivera, dit-il d'un ton si froid qu'il me glace le sang. L'ange ne joue pas avec le diable.
Puis il part sur ces mots, me laissant dans l'incompréhension la plus totale. Ai-je dit ou fait quelque chose de mal ? Aucune idée ? Et pourquoi a-t-il si brusquement changé d'émotion ? C'en est perturbant... C'est son côté bipolaire.
Je secoue la tête pour chasser mes pensées et me tourne pour remplir le verre d'eau. Je venais pour ça à la base. Je le bois d'une traite, puis reviens sur mes pas en me dirigeant vers le salon.
À l'écran, une petite fille nommée Lucie découvre une grande armoire qui n'est autre que le passage vers un monde qu'elle ne s'attend pas à découvrir.
Je me tourne vers les autres, actuellement obnubilés par le film. Pas de trace d'Aaron. Je pousse un soupir. Je n'arrive décidément pas à cerner cet homme. Il est clairement la personne la plus lunatique que je n'ai jamais rencontré !
Je n'arrive pas à suivre ses émotions, ni son raisonnement. Mais peut-être ai-je simplement loupé quelque chose ?
Toujours dans mes pensées, je retourne me blottir près de mon grand frère et laisse ma tête retomber contre son épaule. Il ne fait aucun commentaire sur la soudaine absence d'Aaron, comme s'il y était habitué. Il caresse d'un geste doux mes cheveux blonds. Cheveux qui ne cessent de tomber depuis plusieurs jours. Je sais que c'est à cause de mon alimentation.
J'ai aussi compris mon anorexie. Le plus dure sera de la vaincre. Et je ne sais pas si j'en serai capable. Pourtant, je me promets de faire tout ce qui est dans mon pouvoir pour y parvenir.
- Je t'aime, tu sais, murmure alors Jay en me serrant fort contre lui. Je sais que l'on a eu pas mal de différents ces derniers temps et que l'on s'est plus éloigné l'un de l'autre que jamais. Tu me manques. Tu seras toujours mon petit Ange adoré, même si tu ne seras plus jamais celle que tu étais. Tout ce que je veux... C'est que tu sois heureuse.
Ma gorge se serre à ces mots. Je retiens mes larmes cependant. L'heure n'est plus à celles-ci, mais bien à ma guérison. Ça sera dur. Je vais souffrir. Mais peut-être au final qu'un jour, j'irai m'asseoir à table, le cœur léger, et que je mangerai sans peur de regretter mon existence.
Peut-être qu'un jour, je serai de nouveau championne de boxe dans ma catégorie.
Peut-être qu'un jour, je regarderai mes vielles cicatrices, fière de m'en être sortie.
Peut-être qu'un jour, je saurai apprécier chaque seconde que la vie me donne, et profiter de ceux que j'aime.
Alors je vais me battre. Me battre pour ma survie. Me battre pour mon bonheur. Car il n'y a que moi qui puisse le faire. Et cela en vaut la peine.
Je suis la seule à pouvoir m'offrir la joie et l'envie de vivre. Et vous savez quoi ? J'en suis fière.
- Je vais me battre, murmuré-je à Jay. Je suis heureuse d'avoir survécu...
Un sanglot s'étouffe dans sa gorge et il me serre un peu plus fort.
- Moi aussi Ange... Moi aussi...
Je ferme les yeux, bercée par le son de la pluie et du film, par l'odeur des chocolats chauds fumants auxquels personne n'a encore touché, par les respirations respectives de ma nouvelle famille, enveloppée dans la douceur et la protection des bras de mon grand frère.
Oui, c'est vrai... Je suis heureuse d'avoir survécu...
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Angelina
RomanceAngelina a tout d'un ange, comme son nom l'indique. Aussi bien physiquement que mentalement. Une beauté sublime, une douceur exquise, un coeur en or et une vraie rêveuse. Adoratrice de romans, elle tente de fuir sa réalité dans la magie parfaite des...
