Chapitre 37 • 1e jet

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Aaron

Le moteur ronronnait doucement, la clim soufflait juste ce qu'il fallait, et Jules, assis à côté de moi, n'avait pas fermé la bouche depuis que nous avions quitté l'appartement.

— T'as pensé à te couper les cheveux au fait ? Parce que là, si tu veux que les photos soient cools, va falloir faire un petit effort, hein.

Je souris sans détourner les yeux de la route.

— Je note, coach. Autre chose ? Une liste de recommandations vestimentaires peut-être ?

— Évite le beige, c'est tout ce que je demande. On dirait un rideau d'hôtel. Et je t'interdis formellement de porter des mocassins.

— C'est fou, je croyais qu'on venait choisir un costume pour moi, pas pour toi.

Il rit, à gorge déployée. Ce gamin avait pris quinze centimètres depuis que je l'avais quitté, et une répartie qu'il maniait déjà bien trop bien pour son âge. Quinze ans, mais il en paraissait deux de plus.

— Non mais sérieux, j'ai une réputation moi aussi. Je peux pas accompagner un marié ennuyeux.

— Je vais finir en smoking pailleté si je t'écoute.

— Là, tu serais mon héros.

Je ris à mon tour, le cœur plus léger. Ça faisait du bien de partager ce moment avec lui. D'avoir Jules avec moi pour un truc aussi important. C'était pas mon frère, pas vraiment, mais parfois... c'était tout comme.

On gara la voiture dans une ruelle calme de la vieille ville. J'ouvris la porte d'une petite boutique que je connaissais bien. Pas de néons criards ni de vendeurs trop guindés. Juste des étagères en bois, de beaux tissus, et un air de jazz qui tournait en fond.

— Classe, murmura Jules en observant les lieux. On dirait un repaire de gentleman.

— Je te rappelle qu'on est là pour éviter le beige. Alors garde ta poésie pour plus tard.

Un vendeur s'approcha, sourire accueillant.

— Messieurs, besoin d'un petit miracle vestimentaire ?

— Un costume de mariage, soufflai-je.

— Et un de témoin, ajouta Jules, soudain très sérieux.

Le vendeur hocha la tête, amusé, et nous guida vers les rayons.

Je feuilletai les cintres un moment, cherchant quelque chose d'épuré mais pas trop classique. Jules se jeta sur un costume bleu nuit à fines rayures.

— Celui-là, il crie 'je gère'. Tu peux pas dire non.

— Tu comptes me le faire essayer, ou tu le veux pour toi ?

— Si t'étais pas si large d'épaules, je t'aurais proposé de l'échanger après le mariage.

Il continua ses pitreries pendant que j'enfilais un costume vert foncé dans la cabine. Quand je sortis, il se tut un instant.

— Ok... Bon, faut que je sois honnête. C'est pas mal du tout.

— Juste pas mal ?

— Très bien, d'accord. Ça change. Et puis Éden kiffe quand tu portes du vert, non ?

Je haussai un sourcil, intrigué.

— Comment tu sais ça ?

— Bah je fais attention. J'suis pas qu'un ado relou.

Je ris, posant la veste sur mes épaules une nouvelle fois, l'examinant dans le miroir. Jules, de son côté, essayait une veste ivoire légèrement trop grande pour lui.

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