Chapitre 27 • 1e jet

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Chapitre 27

Aaron

Deux mois plus tard.

L'automne avait teinté Londres de couleurs rousses et mordorées. Les feuilles mortes s'amoncelaient le long des trottoirs, et l'air avait pris une fraîcheur sèche qui donnait envie de boire du thé brûlant à toute heure. Deux mois s'étaient écoulés depuis notre arrivée. Deux mois pendant lesquels Éden et moi avions doucement pris nos marques dans cette ville immense.

Elle avait commencé sa licence de Littérature et Civilisation Anglaise à King's College, passionnée, curieuse, toujours les bras chargés de livres et les yeux brillants quand elle rentrait. Elle m'en parlait souvent : de Shakespeare, de la poésie romantique, de l'Angleterre victorienne, du système éducatif britannique qu'elle comparait au nôtre. Et je l'écoutais, fasciné par la manière dont ses mots rendaient tout vivant.

Moi, j'avais choisi une licence de Traduction et Interprétation. Un choix réfléchi. J'aimais les langues, la précision, l'équilibre fragile entre fidélité et liberté dans une bonne traduction. Mais je peinais à me projeter. Ce n'était pas une passion dévorante comme pour Éden, plutôt une direction qui faisait sens. Une corde stable sur laquelle marcher.

J'avais mes petites habitudes, mais surtout avec elle. Le matin, on partait souvent ensemble. Elle, un peu en avance, parce qu'elle aimait arriver tôt en amphi. Moi, plus calme, plus lent, le casque vissé sur les oreilles, à observer cette ville qui me fascinait sans vraiment m'appartenir.

Parce que malgré les lumières, les découvertes, les sourires dans les pubs ou les balades le long de la Tamise... Nice me manquait. D'une manière sourde. Parfois, en marchant seul, je voyais des groupes rire à une terrasse, des couples se disputer dans un parc, des enfants jouer à courir entre les pigeons. Et je me sentais... en décalage. Spectateur. Comme si ma place était ailleurs.

Aujourd'hui, j'avais terminé plus tôt. Il faisait gris, les nuages chargés de cette lumière pâle typique de Londres. Je ne rentrai pas tout de suite. J'avais besoin d'air. Je marchai sans but, les mains dans les poches, et mes pas me guidèrent jusqu'à un terrain de basket grillagé, désert, niché entre deux immeubles. Je m'approchai du portail entrouvert. Le béton humide, le silence. Une scène familière remonta.

***


La chaleur de juillet écrasait le terrain à Nice. Gabriel dribblait en t-shirt, dégoulinant de sueur, son rire résonnant dans l'air chaud.

— T'es rincé, Aaron, souffla-t-il en souriant.

Je levai les bras en signe de reddition.

— J'ai besoin d'une pause.

On s'était laissés tomber sur le bord du terrain, les bouteilles d'eau à la main.

— Tu comptes vraiment aller à Londres avec elle ? demanda-t-il, les yeux plissés face au soleil.

— Ouais. Elle veut y étudier. Et moi... je veux être avec elle.

Il m'avait lancé un regard attendri.

— C'est plus que de l'amour, ce que t'as pour elle.

J'avais haussé les épaules.

— C'est Éden. Je crois que je la suivrais n'importe où, tu vois ?

Il avait souri, en silence. C'était notre dernière vraie discussion. Je ne savais pas encore que ce serait un souvenir que je garderais au chaud toute ma vie.

***

Je me détournai du terrain et repris ma route. Une boule dans la gorge. Pas douloureuse. Juste là. Lourde.

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