Aaron
Le soleil avait complètement disparu tandis que je luttais contre le sommeil. Éden, elle, devait déjà dormir depuis deux bonnes heures, mais moi, je ne voulais pas succomber. Pourtant, mes yeux finirent pas se fermer, et je plongea de nouveau dans mon passé. Le rêve commença comme une caresse. Douce, familière. L'odeur du café, le grésillement de la poêle. Maman était là, de dos, son tablier noué à la hâte, les cheveux relevés comme toujours le dimanche matin. Elle chantonnait un air banal, celui qui revenait quand elle ne s'en rendait même pas compte. Je me levais, pieds nus sur le carrelage froid, et je la rejoignais dans la cuisine. Elle me souriait sans se retourner.
— Assieds-toi, Aaron. J'ai presque fini les crêpes.
Ma bouche voulait répondre, mais aucun son n'en sortait. Et quand je tendis la main pour attraper la sienne, elle disparut. En une seconde. Comme si elle s'était volatilisée, avalée par l'air.
Je me retrouvai seul, la cuisine plongée dans une lumière trop blanche. L'odeur du café s'était évanouie. La poêle fumait encore, mais plus rien ne bougeait. Et le silence... ce silence-là me hurla à la figure.
Je me réveillai en sursaut, le cœur cognant dans ma poitrine comme un tambour affolé. Mon t-shirt collait à ma peau, trempé de sueur froide. Les draps étaient froissés autour de moi. La pièce encore sombre, comme si le cauchemar avait glissé jusque dans le réel.
Je me levai d'un bond, cherchant l'air. Mon corps tremblait. Je m'appuyai contre le mur, les yeux fermés. Respirer. Juste respirer. C'était terminé. Ce n'était qu'un rêve. Toujours le même. Et pourtant, une partie de moi hurlait encore.
***
La journée passa dans une brume étrange. Je n'arrivais pas à me débarrasser de cette sensation poisseuse. Celle d'avoir été témoin d'un souvenir trop précis. D'avoir touché ce qui me manquait au point d'en être brûlé.
Alors je me refermai. Je fuyais les regards, les mots, les gestes. Éden frappa doucement à ma porte deux fois ce matin. Je ne répondis pas. Pas par colère. Par peur. Peur de la regarder et de salir ce qu'elle représentait.
Je me sentais sale. Pas au sens physique. Mais profondément abîmé. Comme si ce que j'étais contaminait ce qui m'approchait. Et elle... elle était trop lumineuse pour que je l'éteigne avec ma noirceur.
À midi, elle m'attendait dans le salon. Je descendis, dos voûté, regard au sol.
— Aaron, ça va ?
Je hochai vaguement la tête.
— Tu es sûr ? Tu n'as presque pas mangé ce matin, et tu ne dis rien depuis hier soir.
Je haussai les épaules.
Elle se leva, s'approcha doucement.
— Tu me fais un peu peur là. Ne te refermes pas comme une huître. Parle-moi, s'il te plaît.
Je détournai les yeux. Sa voix était douce, mais elle m'égratignait. Je n'arrivais pas à supporter cette inquiétude dans son regard. Pas pour moi. Pas encore.
— J'ai pas envie de parler.
— D'accord, dit-elle doucement. Mais sache que je suis là. Quand tu voudras.
Elle s'éloigna lentement. Et mon cœur se serra encore plus. Elle était là. Et moi, je reculais. Encore. Toujours.
Je passai l'après-midi seul. Dans la chambre. Le dessin de Jules trônait toujours sur le bureau, mais je ne pouvais même pas le regarder sans ressentir une pointe de douleur. Parce que c'était trop beau. Trop simple. Et que je ne l'étais pas.
VOUS LISEZ
Timeless Love
RomanceTogether Forever • Tome 1 Timeless Love • Tome 2 Twisted Hearts • Tome 3 Peuvent se lire indépendamment ( spoil attention) Résumé : Elle venait d'emménager dans cette nouvelle ville suite au divorce de ses parents. Elle ne se doutait pas qu'elle a...
