Éden
— J'espère que t'as du café, annonça Jules en entrant, une pile de feuilles sous le bras. Parce que j'ai pris ma mission très au sérieux.
Je levai un sourcil, surprise, alors qu'Aaron refermait la porte derrière lui.
— Attends, c'est bien toi là ? Jules ? Mon petit frère qui rit dès qu'on parle de mariage et qui fuit dès qu'on mentionne une robe ?
— Ouais, bah... j'me suis dit que quitte à faire le petit frère, autant être utile. Et puis j'veux que ce soit un jour inoubliable pour vous. Et... un peu pour moi aussi, marmonna-t-il avant de détourner les yeux.
Azalée, déjà installée dans le salon, éclata de rire.
— Il a changé, ce gamin.
— J'ai quinze ans, j'suis plus un "gamin", protesta-t-il en posant ses feuilles sur la table basse.
— Bon, on s'organise comment ? demanda Aaron en posant un carnet sur la table. Si on veut éviter de finir en panique la veille du mariage, faut qu'on répartisse les tâches intelligemment.
Je m'installai en tailleur sur le tapis, un stylo en main.
— On a à peu près huit semaines. Alors on note tout, on planifie, et on se partage.
— La nourriture ? lança Jules.
— T'es volontaire ? fis-je, un peu surprise.
— J'peux appeler Tonton Olivier, il bosse toujours au traiteur du port. Il fait des trucs simples mais super bons. Ça colle à l'ambiance plage non ?
— Parfait, répondit Aaron en notant.
— Moi je veux bien m'occuper de la déco du lieu, ajouta Azalée. J'ai déjà des idées. Bohème, un peu déstructuré, avec des fleurs séchées et des tissus légers. Et surtout, rien de trop "girly".
— Je te fais confiance les yeux fermés, soufflai-je.
— Et la musique ? enchaîna Aaron. On fait une playlist ou on prend un DJ ?
— Playlist, tranchai-je. Plus intime. Plus nous.
— J'peux m'en charger, proposa Jules. Mais faudra me dire ce que vous aimez. Je vous promets pas de pas glisser un petit Kendrick ou deux...
— Tant qu'il n'y a pas de hard rock pendant l'échange des vœux, on te laisse carte blanche, rit Aaron.
Les idées fusèrent dans tous les sens. On lista les invités, les horaires, les trajets, les options de plan B en cas de pluie, même si, en août à Nice, c'était peu probable, les chaises à louer, le nombre de guirlandes, le style de photographe, les plans de table et même les desserts.
— On fait un gâteau ? demanda Jules à un moment.
— Franchement, je préfère une grande table avec des gâteaux maison, plein de trucs différents, répondis-je. Des tartelettes, des madeleines, des trucs un peu régressifs...
— Trop bien, j'en parlerai à maman, elle sera ravie de pâtisser, dit Jules.
Je l'observai un instant, un petit pincement au cœur. Il avait grandi. Il prenait sa place dans ma vie d'adulte, avec naturel, avec bienveillance. Et je voyais dans ses gestes, dans ses efforts maladroits, toute l'affection qu'il avait pour nous deux.
— Merci, vous êtes vraiment les meilleurs, soufflai-je en regardant Azalée et Jules.
— C'est pas tous les jours que notre meilleure amie ou notre sœur se marie, répondit Azalée en me serrant brièvement l'épaule.
— Et puis... c'est pas tous les jours que j'vous vois aussi heureux, murmura Jules. Alors ça mérite qu'on se donne à fond.
Aaron posa doucement sa main sur la mienne.
— On va s'en souvenir toute notre vie de ce jour. Et encore plus, parce qu'il sera rempli de ceux qu'on aime.
Je croisai son regard et, à cet instant précis, au milieu des papiers, des stylos, des discussions animées et des miettes de biscuits, je me sentis comblée.
On n'était pas juste en train de préparer un mariage.
On préparait le début d'un chapitre immense.
***
La lumière dorée du soir filtrait à travers les rideaux entrouverts. Le salon était calme, presque silencieux, si ce n'est le bruit léger des pages qu'Aaron faisait tourner, allongé à moitié sur le canapé, ses jambes croisées sous lui. Moi, j'étais assise, calée contre son épaule, un carnet sur les genoux.
— Je promets de te suivre, même quand tu changes de chemin. Même quand le tien croise une plage vide, un salon encombré de cartons ou un bain trop mousseux... lus-je en souriant doucement.
— C'est pas mal, hein ? fit-il avec un air faussement modeste.
— C'est parfait, plaisantai-je.
Je laissai reposer ma tête contre son épaule. Il gratta quelques mots en plus, puis ferma le carnet en soufflant. Un silence confortable s'installa. Nos doigts s'effleuraient sans y penser. Le genre de silence qui veut tout dire.
Soudain, Aaron se redressa.
— Bouge pas.
Je le vis fouiller dans sa poche, dégainer son téléphone, fouiller dans ses playlists... et quelques secondes plus tard, les premières notes d'une chanson douce emplirent la pièce. Une ballade au piano, que je reconnaissais à peine, mais qui me fit immédiatement frissonner.
— Viens, murmura-t-il en me tendant la main. On a encore rien décidé pour la première danse. Faut tester.
Je ris doucement.
— Là ? Maintenant ? Dans le salon ?
— Ici et maintenant. Allez, madame la future mariée.
Je pris sa main, me levai, et il m'attira contre lui. Lentement, il passa une main dans mon dos, l'autre dans la mienne, et nous commençâmes à tourner doucement au milieu du tapis. Les cartons s'empilaient encore dans un coin, la cuisine était à moitié montée, mais à cet instant précis, je n'y pensais plus.
Je sentais juste sa chaleur. Sa main sur mes reins. Son souffle tout près de mon oreille.
— Tu sais que j'ai jamais fait ça ? murmurai-je.
— Moi non plus. Mais c'est pas grave. On improvise. Comme tout le reste.
Il déposa un baiser sur ma tempe, puis un autre dans mon cou. La musique emplissait l'espace, nous enveloppait.
Nos pas n'étaient pas tout à fait coordonnés, on se cognait un peu, on riait doucement. C'était maladroit, mais c'était nous.
À un moment, il recula légèrement, plongea son regard dans le mien avec un sourire malicieux, et sans prévenir, me souleva d'un coup, me faisant tourner légèrement dans les airs.
— Aaron ! m'exclamai-je en riant.
— Un petit porté, c'est toujours classe. Tu devrais t'habituer, j'ai prévu une choré digne des plus grands mariages.
— Ah oui ? Et tu comptes répéter ça quand, exactement ?
— Chaque soir jusqu'au jour J. J'espère que t'as pas prévu de dormir.
Je ris doucement, mes bras passés autour de sa nuque.
Il me redéposa lentement, tout contre lui, et nous reprîmes notre danse, plus lente cette fois. Plus douce. Nos fronts collés, nos cœurs synchronisés.
— T'as remarqué ? souffla-t-il. On est là. À Nice. Chez nous. Et on va se marier.
Je fermai les yeux un instant, savourant l'instant.
— Oui... je l'ai remarqué.
Il m'embrassa tendrement. Puis un deuxième. Puis un troisième, plus long, plus silencieux.
Et on continua de danser, longtemps, comme si le monde avait disparu autour de nous.
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Timeless Love
RomanceTogether Forever • Tome 1 Timeless Love • Tome 2 Twisted Hearts • Tome 3 Peuvent se lire indépendamment ( spoil attention) Résumé : Elle venait d'emménager dans cette nouvelle ville suite au divorce de ses parents. Elle ne se doutait pas qu'elle a...
