Chapitre 6 • 1e jet

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Aaron

J'aimais Éden plus que ma propre existence. J'en avais la certitude. Cependant, je savais au fond de moi, que je ne voulais pas la mêler à tout cela. Ma vie et en particulier ma famille serait de trop pour elle. On verra bien ce que l'avenir nous réservera, mais pour l'instant, je ne pouvais pas la combler de bonheur tant que je n'étais pas moi-même heureux dans ma vie.

C'était avec le cœur lourd que j'écrivis ce message aussi dévastateur pour moi que pour elle. Ce message rempli de mensonge, mais qu'il valait mieux envoyer.

Éden, ces baisers échangés furent la plus belle chose qu'il me soit arrivée depuis de nombreux mois, mais je ne peux rien te promettre de plus. En ce moment, ma vie est trop dure à gérer et je ne veux pas te mêler à tout cela, c'est pourquoi je préfère que nous en restions là. Du moins pour le moment. Je suis désolé Éden, sache que si tu m'en veux je comprendrais totalement, et si tu ne veux plus m'adresser la parole , je le comprendrai totalement.

Lorsque mon doigt effleura le bouton "envoyer", une larme s'échappa de mon œil. Je l'aimais tellement, mais ma vie était beaucoup trop complexe pour elle.

Je posais ensuite mon téléphone sur la table de chevet non loin de mon lit et me faufila sous les draps. Les yeux encore mouillés, je les ferma lentement, essayant de faire le vide dans ma tête et de m'endormir. Je n'arrivais pas à penser à autre chose qu'à Éden. Sa réaction face à mon message me terrifiait, mais il fallait tout arrêter avant de la voir souffrir à cause de moi.

***

Éden

Ma nuit avait été l'une des plus douces qui soient. La journée semblait bien commencer jusqu'à ce que je vois ce message s'afficher sur mon écran.

Celui d'Aaron...

Je pensais que nous allions vivre une romance comme je l'avais toujours imaginé. Cette histoire d'amour sortie tout droit d'un livre. Jeunes, insouciants et surtout pleins de tendresse. Mais je m'étais trompée. L'amour ne voulait définitivement pas de moi.

Les larmes coulèrent presque instantanément à la suite de son message. Je me sentais tellement mal. Comment avais-je pu ne serait-ce qu'un instant penser que cela aurait pu fonctionner ? Je connaissais pertinemment la situation familiale d'Aaron, et j'ai bêtement pensé qu'il aurait eu du temps pour moi.

Je ne savais absolument pas comment lui répondre. J'étais quelque peu blessée par son message, mais je le comprenais. Je voulais pas que ma réponse ne ressemble à une lame qui le transperce, mais plutôt à une parole qui l'apaise.

Je fixais l'écran, le cœur lourd, les doigts tremblants au-dessus du clavier. Je lui en voulais certes, mais au fond... je comprenais.

Après tout, on ne s'était rien promis, et notre relation avait très vite pris un autre tournant que celui de camarade de classe. Et vu sa situation, j'acceptais avec tant de bien que de mal sa décision. Certaines batailles sont perdues d'avance, et l'amour, aussi fort soit-il, ne peut pas tout réparer.

Je laissai mon regard se perdre sur les lettres lumineuses de son message, comme si j'espérais y trouver une faille, un mot qui me laisserait penser qu'il regrettait, qu'il voulait encore essayer. Mais il n'y en avait pas. Seulement des mots pesés, sincères, et une réalité que je devais accepter.

Une larme roula sur ma joue, puis une autre.

Je pris une grande inspiration et tapai doucement sur l'écran :

Je comprends Aaron. Et je ne t'en veux pas. Parfois, les sentiments ne suffisent pas.

J'hésitai un instant avant d'appuyer sur "envoyer", comme si ce simple geste marquait la fin de quelque chose de précieux. Et peut-être que c'était le cas.

Mon coeur se serra une dernière fois, puis je posai mon téléphone. Ce soir, je pleurerai encore. Demain aussi, peut-être. Mais un jour, je sais que je finirai par sourire en pensant à lui. Car qui sait ? Peut-être que nous renouerons cette relation à l'avenir.

***

En arrivant au collège, Gabriel se dirigea directement vers moi. Il me salua et me prévint qu'Aaron l'avait mis au courant, ce à quoi je répondis que je m'en doutais. Il me demanda également si je continuerais à traîner avec eux, et je lui répondis que, bien évidemment, oui.

Avant de nous diriger vers la salle où nous avions cours, Gabriel m'assura également que la situation finira par s'arranger, ce n'était qu'une question de temps. Il me confia également que lorsque Aaron lui avait tout raconté, il était inconsolable car il s'en voulait terriblement.

Je me sentais étrangement soulagé d'entendre ça, car cela signifiait que rien n'était perdu.

Nous nous dirigeâmes ensuite vers le bâtiment de notre salle de classe. Arrivés à l'intérieur, toujours pas de blond en vue. Bizarre.

***

La sonnerie retentit, signe que le cours était terminé et que c'était l'heure de la pause. Avec Gabriel et d'autres, nous nous installâmes sur un banc, sous l'arbre central de la cour.Les garçons, déterminés à mettre une ambiance joyeuse, se mirent à raconter diverses blagues.

Alors que je riais à une blague stupide de Gabriel, mon regard croisa celui d'Aaron, qui venait d'arriver devant nous. Il baissa immédiatement les yeux, comme s'il hésitait à venir me parler.

Je pris une grande inspiration et, toujours assise, je planta mon regard sur lui.

— Salut, lui dis-je simplement.

Il releva la tête, surpris, avant qu'un faible sourire n'étire ses lèvres.

— Salut, répondit-il quelque peu embarrassé.

C'était maladroit, fragile, mais c'était un début. Je ne comptais pas laisser tomber notre relation, bien qu'elle était fragilisée. Et je ne comptais encore moins le laisser tomber lui.

Les garçons reprirent alors leurs blagues et Aaron vint s'asseoir sur le banc, juste à côté de moi. Il posa son sac sous l'assise, et commença à se triturer les mains. En me tournant vers lui, je vis une rougeur dissimulée sous du fond de teint trop clair à l'encolure de son pull. Et presque instinctivement, je posai l'une de mes mains sur les siennes, bien que plus petite et les serra. Il tourna la tête, et en regard, il comprit.

Aaron me regarda quelques secondes, un léger sourire aux lèvres, avant de détourner les yeux, visiblement gêné. Je sentais son malaise, mais je n'avais pas l'intention de le laisser fuir. Lentement, je resserrai ma main, juste assez pour lui rappeler qu'il n'était pas seul. Il me rendit ce geste en faisant de même.

Il approcha son visage du mien et, dans un souffle, me murmura "merci", avant de se retourner vers les autres qui continuaient de tenter de faire rire tout le monde sans grand succès.


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