Chapitre 22 • 1e jet

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Aaron

Juillet 2024

Ce matin-là, je m'étais réveillé de bonne humeur. C'était les vacances d'été et Éden était à mes côtés à mon réveil. La journée commencé bien. Rien de plus parfait.

— Aaron... débuta ma copine. Azalée a envoyé un message sur le groupe.

Je pris mon téléphone sans vraiment comprendre ce que ça pouvait vouloir dire. Le message d'Azalée était court, simple, mais chargé d'une lourdeur que je ne pouvais pas ignorer :

Besoin de vous voir tous les deux, chez moi, dès que possible.

Éden et moi échangions un regard silencieux. Au fond de nous, on savait. Cela faisait environ quatre mois que Gabriel était hospitalisé à cause de ses problèmes cardiaques, les médecins l'avaient même plongé dans le coma récemment. On s'était préparés à tout, mais jamais vraiment à ce moment. En même temps, qui pouvait se préparer à ça ?

On se changea rapidement, l'atmosphère entre nous était lourde. Le trajet jusqu'à la maison d'Azalée se fit dans un silence pesant. La ville défilait à travers la vitre du bus, le soleil d'été brillé sans éclat dans cette ambiance morose. Le bus qui était habituellement rempli était étrangement vide et silencieux, ce qui n'était pas plus mal au final.

Éden serrait ma main de temps en temps, comme pour me rappeler sa présence, dans ce moment si dur à affronter.

Quand nous arrivâmes enfin, la maison d'Azalée se dressait devant nous, calme, presque paisible. Le genre de maison simple, avec quelques fleurs en pot sur le pas de la porte, des rideaux légers aux fenêtres. Mais à l'intérieur, tout s'annoncé bien plus lourd.

Je sentis mon cœur me serrer alors qu'Éden sonnait timidement.

Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit. Azalée apparut sur le seuil. Elle était en pyjama, le visage marqué, le mascara mal enlevé accentuer ses cernes et les cheveux attachés à la va-vite. Elle ne disait rien. Son regard, rouge et gonflé, brillait encore de larmes.

Rien qu'à la voir, je sus. Avant même qu'un mot ne soit prononcé. Je savais au fond, que ce que je refusais d'admettre s'était produit.

Elle entrouvrit un peu plus la porte, et Éden, sans réfléchir, se précipita vers elle. Azalée s'effondra dans ses bras, d'un coup, comme si elle s'était retenue jusqu'à cet instant. Un cri brisé lui échappa, une plainte déchirante, qui me tordit le ventre. Ses larmes dévalèrent instantanément le long de ses joues, mouillant tout de suite le pull de ma copine.

— Il est... Il est parti cette nuit... souffla-t-elle entre deux sanglots, à peine audible.

Le monde se figea autour de moi. Je sentis ma gorge se serrer brutalement. Mes jambes faiblirent.

Je voulus parler, dire que ce n'était pas possible, qu'elle devait se tromper. Mais rien ne sortit. Juste un bourdonnement sourd dans mes oreilles.

Je reculai d'un pas, incapable d'avancer. Incapable de faire face. Incapable mais forcé de réaliser ce qui s'imposer désormais à moi.

— Non... non, non... balbutiai-je, la voix étranglée.

Je crus que l'air quittait mes poumons. Tout mon corps tremblait. Ce n'était pas vrai. Pas Gabriel. Pas lui.

Je m'approchai enfin, lentement, et entrai dans le salon, comme en apnée.

Les volets étaient à moitié fermés. L'intérieur baignait dans une lumière grise, douce et morne. Azalée s'était effondrée sur le canapé, Éden à côté d'elle, qui la serrait fort.

Je restai debout un moment, face à elles. Je ne savais pas où me mettre. Puis mes jambes me lâchèrent, et je tombai à genoux devant le canapé.

Je posai les mains sur mes yeux, comme pour empêcher les larmes de couler, mais c'était trop tard. Mon visage était trempé.

— Pas encore... murmurais-je, la voix brisée. Pas encore...

Éden tendit une main vers moi et je la saisis comme si j'allais me noyer. Elle me tira contre elle, et je m'effondrai dans ses bras. Azalée se redressa un peu pour se rapprocher. À ce moment-là, nous n'étions qu'un seul corps, qu'un seul chagrin.

Je revoyais Gabriel. Ses vannes, son sourire, sa façon de râler contre tout mais d'aimer tout le monde. Ses silences pleins de sens. Les matchs de basket. Les heures passées à l'hôpital à lui tenir compagnie après son accident. À rire. À espérer. Mais surtout je le voyais plus heureux que jamais avec Azalée. Je voyais le frère qu'il était, être l'homme le plus heureux du monde à côté d'elle. Et ça me faisait putain de mal.

Il n'était plus là.

Et c'était comme si on m'arrachait une nouvelle fois un morceau de moi.

Je repensai à ma mère. Au jour où j'avais vu son corps sans vie, étendue au sol. À cette même sensation de chute, de vide, d'injustice. À ce "pas encore" que je me répétais dans la tête, parce que je n'arrivais pas à croire qu'on pouvait perdre autant de personnes à mon âge.

Azalée avait cessé de pleurer à gros sanglots, mais son visage restait enfoui dans l'épaule d'Éden. Elle tremblait toujours. Moi aussi.

Éden, elle, tenait nos deux mains. Elle pleurait sans bruit, les lèvres serrées. Elle était ce pilier doux qu'on cherchait tous les deux sans oser le dire.

Un long silence suivit. Le genre de silence qu'on ne comble pas. Qui prend toute la place.

Puis, d'une voix éteinte, Azalée ajouta :

— Il était paisible, il était beau à regarder, comme toujours. Et les machines ont commencé à sonner dans tous les sens. Les médecins ont presque bondis dans sa chambre Et... et ils n'ont pas réussi à le réanimer.

Elle se recroquevilla davantage, comme si dire les mots à voix haute les rendait encore plus réels, plus douloureux.

Je ne pouvais plus parler. Je me contentai de fermer les yeux, de sentir les doigts d'Éden se resserrer sur les miens, et de laisser mes larmes couler sans retenue.

On était là, tous les trois, au milieu de ce salon aux murs familiers, et pourtant plus rien n'était pareil. Plus rien ne serait jamais pareil.

On venait de perdre Gabriel. Ce frère, ce petit-ami, ce copain qui comptait plus que tout. On venait de perdre, chacun, une partie de nous, qui ne pourrait jamais être remplacée ni même compensée.

Et tout semblait s'écrouler.

Timeless LoveOù les histoires vivent. Découvrez maintenant